17.03.2017, 00:01  

Baselworld, loin des Montagnes

chargement
1/2  

HORLOGERIE - La foire de Bâle, ce n’est plus ce que c’était pour l’économie chaux-de-fonnière et locloise qui gravite autour du salon. Imprimeurs, menuisiers et autres ont dû s’adapter.

J-7, «countdown to» Baselworld. L’édition 2017 du plus important salon international de l’horlogerie et de la bijouterie commence jeudi prochain. A Bâle, donc, en bon français.

Les acteurs de l’économie des Montagnes neuchâteloises qui gravitent autour de l’événement en profitent-ils toujours? Certes oui, mais moins qu’à l’époque où l’on parlait encore de la «foire de Bâle».

«Il y a vingt ans, on bossait jour et nuit pendant les trois à quatre semaines qui précédaient l’ouverture du salon. On faisait des immenses classeurs, on n’arrêtait pas. L’horlogerie représentait 80% de notre chiffre d’affaires. Aujourd’hui, on est au-dessous des 50%», constate David Bouaziz, directeur de l’Imprimerie des Montagnes.

Du «dépannage»

En plus du déplacement des centres de décision de l’horlogerie et de la crise financière de 2008, les imprimeurs ont souffert de l’évolution technologique. «On imprime bien moins de gros volumes, de dossiers de presse, les horlogers travaillent beaucoup par clés USB. Ils veulent aussi un plus petit nombre d’exemplaires pour Bâle, quitte à les faire revivre tout au long de l’année pour d’autres événements. Notre entreprise s’est adaptée, on a mis en place un département numérique dédié aux grandes manifestations. On fait des dépliants, des choses urgentes. C’est du dépannage à court terme», image David Bouaziz.

Plus récemment, c’est la chute de l’euro qui a pénalisé l’entreprise: «Les grands projets, les catalogues, les gros volumes, ils sont imprimés en France, en Belgique. C’est une question de coûts. Il nous est arrivé de perdre des mandats de 50000francs pour 700francs de différence... Mais pour des questions de constance dans la qualité et de respect des délais, les horlogers qui sont allés voir ailleurs commencent à revenir vers nous.»

L’occasion pour David Bouaziz de faire passer un message: «Dans l’imprimerie, la qualité a un coût technologique élevé. Si on veut pouvoir suivre, ce serait bien de pouvoir compter sur les marques horlogères tout au long de l’année. C’est frustrant de ne pas même recevoir d’offre pour des gros mandats quand on habite à quelques mètres l’un de l’autre...»

Chute des commandes

A force, dans les Montagnes neuchâteloises, d’autres corps de métier ont dû apprendre à se diversifier. Les menuisiers par exemple. «A Bâle, on travaillait le bois de cinq à six stands. Depuis deux ans, on ne va plus sur place. Mais on s’occupe encore de deux clients, Corum et Arnold & Son», explique Julien Tièche, patron de la menuiserie Kaufmann, à La Cibourg.

«Aujourd’hui, l’horlogerie représente entre 5 et 10% de nos recettes. Avant 2008, ça remplissait plus de la moitié de notre carnet de commandes. On fabriquait beaucoup de petits présentoirs pour mettre en valeur les montres dans les vitrines. Aujourd’hui, beaucoup de choses se font en Chine, des grandes séries. Quand on fait encore appel à nous, c’est plutôt pour des objets spéciaux.» Du coup, l’entreprise s’est d’autant plus orientée vers le mobilier d’habitation.

Direction l’Asie

Les vitriers aussi ont dû s’adapter. «Il y a dix, quinze ans, on allait à Bâle. On travaillait avec des menuisiers et des serruriers, on posait les stands», raconte Daniel Payot, patron de Vitreries Jost, à La Chaux-de-Fonds. «Mais depuis trois ou quatre ans, on ne reçoit vraiment plus grand-chose. Des fois, il faut vite refaire deux pièces cassées, c’est tout. Aujourd’hui, les marques font appel aux pros des mégastands. Ce sont les marchés asiatiques qui en ont bénéficié.»

Corum ne sera plus seule

Allez, un scoop: après Corum à La Chaux-de-Fonds, une manufacture horlogère locloise acceptera elle aussi d’ouvrir ses portes au tourisme. C’est le directeur de Tourisme neuchâtelois, Yann Engel, qui nous l’annonce. Cela dit, il nous confirme que rien de spécial n’est mis sur pied pour Baselworld: «Nous avions essayé de distribuer des dossiers de presse, mais nous avions vite compris que le tourisme n’a pas trop sa place dans un moment où les marques ont pour but de rentabiliser au maximum...»

Durant Baselworld, une poignée de marques horlogères qui produisent dans les Montagnes neuchâteloises proposent une visite personnalisée des deux villes à leurs clients. On le sait par le voyagiste Croisitour et le Musée international d’horlogerie (MIH).

«Notre chiffre d’affaires sur un mois augmente de 20% grâce à Baselworld», déclare Sabrina Lehmann, responsable du département transports chez Croisitour. Le voyagiste sort surtout ses limousines, mais aussi les minibus et les autocars. «Il me semble que la ville pourrait en faire plus pour mettre en avant les grandes marques et attirer les visiteurs du salon ici», avoue la Chaux-de-Fonnière.

Du côté du MIH, les aiguilles s’affolent doucement à quelques jours de l’événement. «Nous avons plus de visites de groupes avant et pendant Baselworld. Trois ou quatre réservations supplémentaires durant la semaine qui précède et autant durant la manifestation», explique le directeur, Régis Huguenin-Dumittan. Là aussi, il s’agit d’une poignée d’entreprises horlogères, souvent les mêmes, qui s’organisent elles-mêmes pour leurs clients. Ceux-ci parlent souvent anglais ou japonais. Le MIH reçoit aussi beaucoup plus de journalistes que d’habitude durant cette période. Mais il ne s’agit pas de tourisme de masse. «Nous avions essayé de mettre en place une navette entre la foire et le musée, mais c’était un peu loin pour la visite d’un seul musée. Le plus efficace, c’est encore de tenir un stand d’information à Bâle. Les gens reviennent plus tard à La Chaux-de-Fonds.»

Bâle se régale

«Risotto à l’encre de seiche et brochette de fruits de mer». «Tartare de bœuf et pommes de terre pont-neuf». «Agnolotti frais à la ricotta et ses sauces». Ce sont quelques exemples alléchants de ce que les Cinq Sens proposent depuis cinq ans aux clients de deux horlogers de l’Arc jurassien présents à Baselworld. Patron du traiteur basé à Fontaines, Sébastien Maye parle d’un «défi. Nous sommes une douzaine d’employés sur place, entre la cuisine et le service, à travailler de 7h30 à 19h30, voire 20h, voire jusqu’au milieu de la nuit.» Il arrive en effet qu’à Baselworld les soirées se prolongent, mais «rien d’extravagant chez nos clients. Ce sont des marques familiales qui ont bien les pieds sur terre».

Dans cet univers du luxe, la cuisine est forcément raffinée. En dehors des repas, les rendez-vous s’enchaînent à l’intérieur des stands, les clients défilent, voient passer les collections, et tout à coup on commande du champagne, «sur tablettes tactiles, pour déranger le moins possible. On finit par connaître les habitudes alimentaires des uns et des autres, on essaie de changer le moins possible le personnel. Les cuisines ne sont pas grandes, mais on arrive à jongler», assure Sébastien Maye. L’horlogerie, «qui nous sollicite tout au long de l’année», représente «environ 20% du chiffre d’affaires» des Cinq Sens, «c’est très stable».

Patron du restaurant La Croisette, au Locle, François Berner se souvient avec un brin de nostalgie des épopées bâloises: «Nous avons travaillé durant neuf ans pour un grand groupe, qui louait tout un étage. Nous étions 28 en cuisine, une vraie machine de guerre. On sortait 1500 à 2000 articles chaque jour. De très belles choses. C’était très intense. On connaissait les petites habitudes, ça roulait. Mais la crise de 2008 est passée par là...»


  Vous devez être identifié pour consulter cet article

Top