28.03.2017, 00:01  

L’horlogerie à l’heure rock’n’roll

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L’horlogerie à l’heure  rock’n’roll

A l’aube des années 1970, les Rolling Stones tirent, symboliquement, la langue à la société bien pensante. «Rebel, Rebel», entonne David Bowie sur son album «1984», paru en 1974. Aujourd’hui, les légendes du rock n’hésitent plus à conclure des partenariats, posthumes ou non, avec des grandes marques horlogères de luxe.

Le célèbre logo des Rolling Stones prend place sur des modèles Zenith à grandes complications. HYT, spécialiste des montres à fluides, compte un modèle dessiné par Axl Rose, le chanteur des Guns N’Roses. Les Beatles sont mis à l’honneur par Raymond Weil. Il semble loin le temps de la révolte.

La démarche paraît davantage logique pour David Bowie. Mort il y a un peu plus d’une année, l’Anglais ne dédaignait pas toucher à diverses disciplines. Raymond Weil, encore, lui rend hommage. «Nous avons été très investis dans l’univers de la musique depuis nos débuts», relève Elie Bernheim, le directeur général de la société familiale, fondée il y a 41 ans. «Il n’y a pas plus légitime que la musique chez Raymond Weil.»

Après la musique classique – des modèles lui sont toujours dédiés avec les collections Sonata ou Tango –, la marque élargit son horizon. Elle entend ainsi toucher une clientèle plus jeune. La montre David Bowie sera limitée à 3000 pièces à 1950 francs. «Nous sommes complètement dans le cœur de cible de Raymond Weil», juge Elie Bernheim. «C’est le propre d’une société familiale et indépendante. Nous pouvons exprimer notre passion.»

Codes distinctifs

La richesse de l’œuvre de l’artiste britannique n’a pas simplifié la tâche des concepteurs de la montre. «Nous avons repris deux-trois éléments distincts», explique le directeur général. «L’éclair à 12 heures est une inspiration de l’album ‘Aladdin Sane’. Surtout, son ami de toujours le photographe Terry O’Neill nous a fait cadeau de l’illustration qui est imprimée à même le saphir du fond du boîtier de la montre.»

Cette édition limitée intègre la ligne Freelancer. Elle abrite un mouvement automatique. Le cadran noir évoque un disque en vinyle avec son microsillon gravé.

Pour réaliser cette montre, un partenariat a été conclu avec la fondation qui gère l’héritage artistique de David Bowie. «Une rencontre juste après Baselworld l’an dernier. Les responsables de la fondation étaient aussi présents. J’ai pu en parler», précise Elie Bernheim. «C’est un travail qui prend du temps, mais la signature n’est pas le point le plus compliqué.»

Hommage à «Abbey Road»

Avant David Bowie, Raymond Weil s’est «attaqué» à d’autres mythes. Notamment, les Beatles depuis l’an dernier. Les 3000 pièces de la première édition ont toutes trouvé preneur. Une deuxième édition est présentée cette année. Les silhouettes de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr sont gravées sur le cadran. Ils semblent le traverser comme le passage piétons sur la pochette mythique de leur album «Abbey Road».

«Assurément un succès. Après deux jours, nous avons tout vendu», se réjouit Elie Bernheim. Ce modèle, dont le prix s’élève à 1395 francs, s’inscrit dans la collection Maestro et est équipé d’un mouvement automatique.

Les deux membres vivants du groupe de Liverpool, Paul et Ringo, sont intervenus dans le processus d’élaboration des modèles. «Les femmes des deux autres aussi», précise le directeur général de Raymond Weil. «Apple Corps, la société qui gère leurs droits, consulte, discute avec les ayants droit. Ils sont extrêmement professionnels dans la maîtrise de l’image, dans l’égalité de traitement qu’ils accordent aux quatre. C’est un plaisir de travailler avec eux.»

Pionnier du rock

Raymond Weil a aussi mis en avant la légendaire guitare Gibson Les Paul et le rocker Buddy Holly, mort en 1959 et dont on a célébré les 80 ans de la naissance l’année dernière. «Un pionnier. Il avait des lunettes extraordinaires», relève Elie Bernheim. Des lunettes qu’on retrouve sur l’aiguille de la petite seconde dans un guichet à 6 heures.

«Ce sont quatre vraies éditions qui en amèneront d’autres. Une porte en ouvre une autre», juge-t-il. Raymond Weil entend bien nous réserver quelques surprises. «Nous nous adressons à des fans. Ceux qui achètent une Beatles, une Bowie, ce sont des fans.»

Indépendante et familiale

Petit-fils de Raymond Weil, Elie Bernheim représente la troisième génération à la tête de la société. Celle-ci a été fondée par son grand-père en 1976. Le siège de la société, qui emploie environ 150 personnes, se trouve au Grand-Lancy dans le canton de Genève. «Il compte un bureau de recherche et développement extrêmement pointu et j’en suis très fier», dit Elie Bernheim. «Nous avons une usine d’assemblage à La Chaux-de-Fonds et le contrôle de qualité. Nous couvrons tout sauf la production. Nous n’avons jamais prétendu à être une manufacture. Nous ne le serons jamais.»

Dans ce contexte, Raymond Weil peut compter sur des partenaires fidèles. Notamment le fabricant chaux-de-fonnier de mouvements Sellita. Ce dernier produit d’ailleurs le premier mouvement développé et conceptualisé à l’interne de la maison genevoise (notre édition du samedi 25 mars). Celle-ci écoule environ 150 000 pièces par année. «Nous nous adressons à une clientèle large de 18 à 70 ans ou plus.»

Les prix des montres se situent, en général, entre 1000 et 2500 francs. «C’est ce que nous sommes sur les marchés où nous sommes présents. Nous ne nous en écartons pas», explique le directeur général.

Les Etats-Unis sont de loin le débouché principal de Raymond Weil avec 700 points de vente. Le Royaume-Uni suit avec 300. La marque est aussi développée en Asie et en Australie. «La Suisse reste un marché important pour tout le monde. Mais, c’est un petit marché», complète Elie Bernheim.


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