31.03.2017, 00:01  

Tissot et Bâle, une saga centenaire

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HORLOGERIE - La marque locloise exposait déjà à la Foire d’échantillons en 1917.

«En 2017, la première exposition comptait seulement 29 marques horlogères suisses, alors que, cette année, 220 marques suisses exposent leurs nouveautés», relève François Thiébaud, président du comité des exposants suisses de Baselworld. Et, ce qui rend aussi fier le président de Tissot, la marque était déjà présente en 1917.

Le contexte, évidemment, n’est plus le même. Il y a cent ans, la présence des horlogers suisses se limite à une présentation collective de quelques montres. Elles agrémentent les vitrines de la foire. Ce n’est qu’en 1931 qu’ils participeront à l’événement de manière plus affirmée.

«Dès 1931, Tissot participe à la grande manifestation annuelle, s’insérant sans heurts dans le contexte collectif, puis définissant de manière plus personnalisée sa présence, à travers des constructions d’espaces originaux», relate l’historienne Estelle Fallet dans son ouvrage consacré à l’histoire de Tissot*. Les stands de marques font leur apparition.

De plus en plus importante

Au fil des décennies, la foire évolue. Tissot aussi. «Alors que, durant les trente premières années de son existence, l’exposition horlogère est vouée à la présentation des collections et à l’accueil improvisé des clients habituels, rencontrés au gré de leurs déambulations dans les halles immenses de la Muba, la Foire d’horlogerie prend, dès 1965, une importance de plus en plus grande», écrit Estelle Fallet.

Pour Tissot, l’événement est l’occasion de «montrer l’esprit qui anime la maison, en suivant deux principes: ne pas montrer autre chose que ce qu’on fabrique; ne pas montrer ce qui se vendra beaucoup plus tard. La Foire de Bâle joue alors un rôle déterminant pour le marché suisse, tandis que les clients étrangers viennent régulièrement à la fabrique du Locle et sont de fait renseignés in situ sur les collections.»

Entre 1950 et 1980, la proportion d’affaires réalisées par Tissot avec les détaillants suisses passe de 3,17% à 10,6% en volume et de 3,93% à 32,23% en valeur. En 1973, l’exposition horlogère, toujours au sein de la Muba, devient la Foire européenne de l’horlogerie et de la bijouterie. En 1984, elle s’extrait de la foire et devient, tout simplement Basel. Deux ans plus tard, l’événement s’ouvre au monde entier.

Petite bouderie

Justement, en septembre 1986, la SMH – l’ancêtre de Swatch Group – annonce que six de ses marques, dont Tissot, se retirent de la foire. Elle invoque un coût trop élevé et veut se recentrer directement sur les marchés. La bouderie durera jusqu’en 1995. Tissot fait alors son retour avec une toute nouvelle image et une campagne promotionnelle mondiale. Depuis, la marque s’est imposée comme un acteur incontournable du rendez-vous annuel sur les bords du Rhin.

Périple mouvementé

Pour célébrer les 100 ans du salon, elle réédite une montre, Heritage Banana, qui a connu un périple mouvementé entre la Russie et Le Locle en 1917. «La collection d’aujourd’hui raconte l’histoire d’une montre-bracelet exportée en Russie en 1916, puis confiée à Tissot pour un entretien un an plus tard, en août 1917. Suite aux restrictions à l’importation de montre en or et au déclenchement de la révolution, en octobre, Tissot n’avait pas pu la renvoyer.» La pièce actuelle fait la même taille. Son cadran arbore des chiffres Art nouveau. «Une pièce presque unisexe aujourd’hui. A l’époque, elle était plutôt garçon», confient ses concepteurs. Son prix? 440 francs en version PVD avec mouvement à quartz. * «Tissot: 150 d’histoire», Estelle Fallet

Salon raccourci en 2018

Le mécontentement bruissait: prix de location trop cher, contraintes exagérées, etc. De nombreux exposants en ont fait part de manière plus ou moins confidentielle durant la semaine. Des réunions d’urgence se sont même tenues certains soirs. La direction de Baselworld, alors que le salon a fermé hier, en a tiré les conséquences. «L’industrie horlogère et bijoutière traverse actuellement une période pleine de défis, affectant en particulier les petites entreprises», indique la directrice Sylvie Ritter. «A l’écoute de nos exposants, et en accord avec les membres des divers comités concernés, nous avons décidé de réduire la durée du salon et d’ajuster les prix en conséquence. Ainsi, Baselworld 2018 se tiendra du jeudi 22 au mardi 27 mars 2018, avec la traditionnelle journée de la presse le mercredi 21 mars.»

Hermès ne sera pas de la partie l’année prochaine, la maison horlogère du sellier français rejoint le SIHH, le Salon international de la haute horlogerie de Genève. «Cette décision intervient au moment où la division horlogère d’Hermès achève son intégration industrielle et précise son image. Elle est motivée par des valeurs communes et l’esprit d’ouverture affiché par le SIHH depuis deux ans», a indiqué mercredi le groupe à l’Agence télégraphique suisse. A Bâle, des rumeurs font état d’autres départs. Aucun nom ni aucune confirmation n’ont pu être obtenue.

L’édition de 2017 a réuni plus de 106 000 acheteurs (–4% par rapport à 2016), venus de cent pays. «Au cours de la dernière semaine, nous avons pu mesurer la valeur de cet événement incontournable pour l’ensemble de l’industrie, en particulier dans les moments difficiles. Son statut de plateforme globale la rend encore plus convaincante à un moment où tous les acteurs recherchent des valeurs pérennes et de la stabilité», dit Eric Bertrand, président du comité des exposants.

Sistem 51 pour l’Everytime

«Nous voulons capitaliser sur les jeunes», indique-t-on chez Tissot. Les inciter à acheter des montres mécaniques. Qui sait? Un jour, ils achèteront peut-être un modèle plus luxueux. Pour y parvenir, la marque locloise mise sur le Sistem 51, mis au point d’abord pour Swatch. Ce mécanisme révolutionnaire, qui compte 51 composants, tourne sur son axe et se remonte grâce aux mouvements du poignet. Il dispose d’une réserve de marche de 90 heures, selon ses concepteurs. Les premières montres ont été dévoilées en 2014.

Le modèle Tissot Everytime (photo SP) se différencie des modèles Swatch par sa boîte et la décoration du mouvement. «Nous avons modifié la finition. Nous avons souhaité avoir la masse oscillante en matériau solide, des ponts noirs.» Il se décline en cadrans blanc ou noir, sur bracelet acier ou cuir. Premier prix? 380 francs.

CONTEXTE

Baselworld a fermé ses portes hier après-midi. Si le salon est séparé de la Foire d’échantillons depuis 1984, il n’en a pas moins fêté sa 101e édition. Parmi les exposants horlogers, Tissot, tout comme Longines était de la partie en 1917.


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