15.07.2017, 00:01  

Faillites bancaires en série

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Le 10juin dernier, la banque centrale a retiré sa licence à la banque Yugra (photo).
Par le figaro

RUSSIE - L’effondrement de la banque Yugra illustre la difficulté à assainir le secteur.

Jamais un établissement bancaire russe de cette importance n’avait sombré depuis près de vingt ans. Le 10 juin, la banque centrale a retiré sa licence à la banque Yugra, devenue à cette occasion le plus lourd fardeau jamais supporté par l’Agence d’assurance des dépôts russe, un organisme d’État garantissant...

Jamais un établissement bancaire russe de cette importance n’avait sombré depuis près de vingt ans. Le 10 juin, la banque centrale a retiré sa licence à la banque Yugra, devenue à cette occasion le plus lourd fardeau jamais supporté par l’Agence d’assurance des dépôts russe, un organisme d’État garantissant les avoirs des clients particuliers. L’Etat devra leur verser 169,2 milliards de roubles (2,5 milliards de francs), un montant équivalent au budget de la région de Khanty-Mansiisk, où est basée Yugra, qui est l’une des plus riches du pays grâce aux nombreux champs pétroliers.

«Durant les derniers mois, il nous a semblé que les déclarations fournies par la banque étaient fausses», s’est justifié le président adjoint de la banque centrale russe, Vassili Pozdychev. Il a également fait état de suspicions de manipulations sur les dépôts et observé des «signes de démembrement des actifs» par les actionnaires principaux.

Talon d’Achille

Trentième banque du pays en termes d’actifs et quinzième pour les dépôts, Yugra appartient à Iouri Khotine et à son fils Alexeï. Selon le quotidien «Vedomosti», les deux hommes d’affaires ont construit leur fortune en s’appuyant sur leurs liens avec des dirigeants influents, en particulier Boris Gryzlov, un proche du président Vladimir Poutine.

Depuis la fin des années 2000, le régulateur russe s’emploie à assainir un secteur financier considéré par les experts comme le talon d’Achille de l’économie nationale. Le nombre faramineux d’établissements bancaires a presque été divisé par quatre en dix ans. Il s’agissait principalement d’éliminer les «banques de poche» et les «blanchisseries» d’argent douteux qui pullulaient. Mais le ménage est loin d’être achevé.

Parmi les 581 banques russes aujourd’hui en activité, près d’un tiers (166) ont clôturé l’année 2016 avec des pertes. «Yugra est la troisième secousse dans le secteur au cours des six derniers mois», confie un banquier européen basé à Moscou. «La banque centrale se prend souvent les pieds dans le tapis ou réagit trop tard, à cause d’interférences politiques.»

Des conséquences sur l’inflation

C’est ce qui s’est probablement produit avec la banque Peresvet, surnommée la banque de poche du patriarcat orthodoxe, dont les comptes ont été nettoyés par le gendarme bancaire avant de la revendre. Une crise systémique a également frappé la République du Tatarstan avec l’effondrement de sa principale banque, Tatfondbank, laquelle en a fait chavirer dans son sillage toute une série de moindre importance.

D’autres établissements du top 30 (VnechPromBank et Uralsib) ont également connu de graves problèmes. La première a perdu sa licence à cause de pertes énormes (3 milliards de francs, non couverts par la garantie d’Etat), tandis que la seconde a été contrainte en toute urgence de trouver de nouveaux investisseurs. Les péripéties traversées par le secteur ne vont pas restaurer la confiance entre les banques et le régulateur.

Les économistes s’alarment en outre des conséquences sur l’inflation: l’Agence d’assurance des dépôts ne disposant pas de fonds suffisants pour rembourser les déposants, il faut donc faire appel à la banque centrale russe... qui fera fonctionner la planche à billets. le figaro


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