21.03.2017, 00:01  

Il planche quand vous êtes à table

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Le professeur Juergen Burger partage son temps entre les labos de La Chaux-de-Fonds et ses cours à l’Université de Berne.

SANTÉ - La HE-Arc développe des inventions venues tout droit de la salle d’op’.

Juergen Burger fait souvent des allers-retours entre l’hôpital de l’Ile, à Berne, et les laboratoires de la HE-Arc dans les locaux de Neode, à La Chaux-de-Fonds. Il est un des arbres de transmission entre l’ingénierie de l’Arc jurassien et la médecine du Plateau.

Son travail? Développer des produits d’ingénierie médicale. La matière première, il la trouve auprès des chirurgiens: «J’aime fréquenter les blocs opératoires. Nous discutons avec les médecins qui, en dehors, ont rarement le temps de nous parler. C’est comme ça que nous pouvons élaborer des solutions qui améliorent la prise en charge des patients. Les conditions sont optimales ici, car le soutien aux start-up est important. La multidisciplinarité est favorisée par la proximité entre entreprises et institutions, ce qui profite à l’innovation.»

De l’horlogerie à la médecine

Juergen Burger est un des fondateurs du master en ingénierie biomédicale de l’Université de Berne. Il partage aujourd’hui son temps entre ses cours à Berne et les laboratoires de La Chaux-de-Fonds. La formation, ouverte aussi bien aux médecins qu’aux ingénieurs, est le produit d’une évolution de la médecine où les dispositifs techniques, et notamment électroniques, prennent de plus en plus d’importance.

S’il convient qu’il est «parfois difficile de motiver des collaborateurs à venir dans les Montagnes», il trouve ici «des contacts avec la production qui facilitent le développement de produits», qui sont pour certains développés en partenariat avec des entreprises de la région. Les hôpitaux sont aussi mis à contribution: c’est à La Chaux-de-Fonds, par exemple, que certains dispositifs implantables ont été testés pour s’assurer de leur compatibilité avec les scanners avant qu’ils ne soient implantés chez les patients.

Ces jours, c’est une palette assez variée de produits qui sont à différents stades de développement (voir ci-dessous) dans les labos. Ils font tous appels à des compétences historiques «liées aux connaissances développées par l’industrie horlogère en matière de précision et de fiabilité». «L’usinage joue un rôle important», explique Juergen Burger: «Dans certaines valves pour le cerveau, nous avons besoin de lame d’acier d’une épaisseur de 10 microns (un centième de millimètre). C’est extrêmement délicat à produire, nous avons besoin de partenaires qui maîtrisent cette opération.»

Ce qui compte aussi, c’est l’expérience de développer des produits spécifiquement médicaux. Les processus et la réglementation à respecter pour pouvoir les mettre sur le marché sont complexes.

Le laboratoire des dispositifs médicaux de la HE-Arc devrait obtenir la norme ISO 13 485 cette année, ce qui, pour le professeur, «permettra de collaborer plus facilement avec les entreprises».

Il voit les artères

En cas d’anévrisme aortique abdominal, (une faiblesse des parois artérielles) il est parfois nécessaire de placer un stent, un tube qui renforce la paroi de l’artère afin qu’elle ne cède pas. Cependant, placé au mauvais endroit, le dispositif pourrait boucher les artères menant aux reins. Pour effectuer la pose au bon endroit, les médecins injectent habituellement un produit opaque aux rayons X qui permet de visualiser la circulation sanguine. Conçu pour éviter l’usage d’un tel liquide, relativement toxique, le cathéter (en photo) est capable de mesurer le débit sanguin. Ce faisant, il permet de repérer l’endroit de l’artère où il se trouve, et donc de poser le stent au bon endroit sans risque de boucher d’autres artères.

Il incise et referme

Depuis quelques années, les chirurgiens peuvent utiliser un scalpel à ultrason pour opérer la cavité abdominale par laparoscopie. Sa lame ne coupe pas lorsqu’il est à l’arrêt. Dès qu’il est enclenché, il devient coupant comme un scalpel ordinaire. Autre avantage, en retournant le plat de la lame contre la plaie, une faible chaleur cautérise l’incision, si bien que l’hémorragie est limitée sans occasionner de brûlures qui peuvent rendre plus difficiles les suites d’opérations menées avec des moyens plus invasifs. A la demande de chirurgiens qui travaillent notamment sur la tête et le cou, le laboratoire s’est lancé dans la fabrication d’un scalpel beaucoup plus petit (en photo), dans l’espoir que sa précision puisse éviter plus efficacement la dispersion de cellules cancéreuses lors du retrait d’une tumeur.

iso 13 485

Les normes ISO sont des critères de qualité utilisés dans l’industrie. La 13 485 concerne les dispositifs médicaux.

Il s’agit de faire reconnaître par un organisme de contrôle que la manière de travailler du labo respecte les normes légales et que les processus permettent de tracer tous les matériaux utilisés, par exemple. Ainsi, en cas de problème, il est plus facile de retrouver la source d’un défaut et de le corriger.

Elle débusque une valve

Certains patients présentent un problème de pression à l’intérieur du crâne, suite à un choc ou une infection, par exemple. Pour contrôler ce phénomène appelé hydrocéphalie, il est possible de placer une valve sous la peau à l’arrière du crâne, permettant de régler la pression en évacuant le liquide vers le système digestif grâce à un cathéter.

Le réglage de la valve s’effectue grâce à un aimant, à travers la peau. Une difficulté peut survenir si l’emplacement de la valve n’est pas précisément évalué, le réglage pouvant être faussé. La HE-Arc a donc développé un boîtier électronique (en photo) qui permet au médecin de localiser l’emplacement exact de la valve. Ainsi, le risque de mal régler le dispositif est limité.


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