13.04.2017, 00:01  

La marque Yendi a ouvert une procédure de faillite

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Les malheurs de Yendi ont commencé en 2011, lorsque le franc s’apprécie soudainement face à l’euro.
Par François Mauron

ÉCONOMIE - La société gruérienne de prêt-à-porter est en situation d’insolvabilité. Ses deux patrons sont forcés de déposer le bilan.

Les efforts désespérés des patrons pour sauver l’entreprise n’ont pas suffi. Le groupe de prêt-à-porter Yendi, basé à Bulle, dépose son bilan. Ses dirigeants ont en effet demandé mardi soir l’ouverture d’une procédure de faillite. Le personnel (450 collaborateurs) a été informé hier de cette démarche, lors d’une réunion en ce qui concerne les 90 collaborateurs du siège gruérien, et par courrier électronique pour les employés des 96 boutiques éparpillées dans toute la Suisse, dont six enseignes dans le canton de Neuchâtel.

«Nous avons nourri jusqu’au bout l’espoir de trouver un repreneur, en tout cas pour une partie de notre réseau de vente. Nous étions à bout touchant, mais nous avons finalement échoué. Yendi est en situation d’insolvabilité. Nous avons donc déposé une requête de faillite auprès du Tribunal civil de la Gruyère», confirme Jean-Marc Nicolet, directeur général de la société gruérienne.

Les malheurs de Yendi ont commencé en 2011, lorsque le franc s’apprécie soudainement face à l’euro. Coïncidence: la même année, Zalando lance son offensive dans notre pays, où les consommateurs peuvent désormais massivement acheter en ligne vêtements et chaussures. C’est le début d’un tsunami, qui va finalement emporter l’enseigne fribourgeoise comme d’autres acteurs du commerce de détail helvétique.

Baisse des prix

L’instauration du taux plancher par la Banque nationale suisse permet de conjurer le sort durant un laps de temps, mais son abandon au début de 2014 va précipiter la déconfiture de Yendi. Après un chiffre d’affaires record de 87 millions de francs en 2012, la société recule. «Nous avons été enfermés dans une logique de baisse de prix et de soldes perpétuelles pour continuer de vendre. Nos marges se sont effondrées», raconte Jean-Marc Nicolet.

L’impact sera terrible. «Ces trois dernières années, le chiffre d’affaires s’est contracté de moitié. L’an dernier, nous pensions que la situation allait se stabiliser, mais ça n’a pas été le cas. Et le début de 2017 a été pire encore», poursuit-il.

Un franc symbolique

Jean-Marc Nicolet ne baisse pourtant pas les bras. Avec Jean-Baptiste Deillon, il rachète en 2016 l’entreprise, fondée quarante ans plus tôt par Noël et Patricia Wicht. «Nous l’avons reprise pour un franc symbolique», précisent les deux hommes, qui faisaient déjà partie de la direction de Yendi.

Leur objectif est de déployer une stratégie définie par un cabinet d’audit. «Elle tournait autour de trois axes: baisser nos prix, supprimer certains points de vente et développer le commerce en ligne», note Jean-Baptiste Deillon.

Mais il est trop tard, d’autant plus que le groupe ne parvient pas à imposer la carte digitale qu’il veut mettre en place auprès de sa clientèle. «Nous nous sommes rendu compte que la moyenne d’âge de cette dernière dépassait les 35 ans. Nous nous sommes progressivement éloignés des jeunes», constate Jean-Marc Nicolet.

Des mesures sont prises, comme la vente de deux boutiques ou la fermeture de quelques points de vente, mais elles auront l’effet d’un emplâtre sur une jambe de bois. Yendi joue par ailleurs de malchance. L’armateur qui achemine la marchandise depuis la Chine – où le groupe a une usine de production et une centrale d’achat – fait faillite, ce qui péjore l’approvisionnement des magasins. La société manque bientôt de liquidités. Les salariés continuent à être payés. En revanche, les loyers ne peuvent plus être honorés, entraînant un bal de mises en poursuites de la part des bailleurs.

Le dos au mur, Jean-Marc Nicolet et Jean-Baptiste Deillon ne restent pas les bras ballants. Ils vendent leurs deux immeubles (administratif et logistique) de Bulle à la Suva, ainsi que le terrain industriel adjacent à la Tôlerie industrielle de Bulle, pour dégager du cash. Mais une grande partie de cet argent est bloquée par leur banque, qui veut des garanties. Ils entament également des négociations avec d’éventuels repreneurs. Trois concurrents, basés en Suisse, en France et en Hollande, montrent de l’intérêt pour une partie du réseau de vente, avant d’y renoncer.

Magasins à vendre

Jean-Marc Nicolet espère à présent que les infrastructures de Yendi trouveront preneur après la faillite, qui doit être prononcée dans la quinzaine selon la loi. D’ici là, le personnel poursuivra son travail, et les magasins resteront ouverts. «J’espère qu’une reprise, même partielle, des boutiques permettra de sauver des emplois. Et notre centre logistique, situé à côté de l’autoroute, pourrait intéresser une société comme Ikea, qui doit renoncer à son projet d’Avenches», lance le directeur général.


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