13.04.2017, 00:01  

Le tissu économique se déchire

chargement
La crise prolongée dans le secteur des microtechniques est peu favorable aux innovations rendues nécessaires par la digitalisation.

INDUSTRIE - Les patrons de quatre régions vent debout contre l’inaction fédérale.

Franc fort, morosité de certains marchés d’exportation, baisse de régime de l’horlogerie: après deux ans de conjoncture économique difficile, beaucoup de petites entreprises de l’Arc jurassien, particulièrement dans le domaine de la sous-traitance, arrivent à bout de souffle.

Deux ouragans se rencontrent

Un climat «froid», dans lequel l’industrie doit, de surcroît, faire face aux premiers effets de la digitalisation. Machines interconnectées, données d’usage récoltées par des capteurs: toutes ces nouveautés technologiques devraient permettre d’innover dans la fabrication comme dans le service aux clients.

Mais l’effort à fournir se présente à un moment où, précisément, la trésorerie fait défaut. La concurrence, notamment internationale, se renforce.

«Il faut agir pour soutenir l’industrie», ont réclamé de concert hier quatre associations économiques. La Chambre d’économie publique du Jura bernois, la Chambre économique Bienne-Seeland, la Chambre de commerce et d’industrie du Jura et la Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie (CNCI) ont tenu pour la première fois une conférence de presse commune, hier, à La Neuveville.

«Hémorragie stoppée»

Selon leurs représentants, il est possible qu’une stabilisation, voire une amélioration de la marche des affaires se fasse sentir en cours d’année. «L’Hémorragie est stoppée, mais le niveau des affaires est bien trop bas», estime par exemple Patrick Linder, directeur de la chambre du Jura bernois. Quant au Jurassien Jean-Frédéric Gerber, il estime «que la chasse aux coûts a déjà entraîné des entreprises à se fournir à l’étranger».

Des conséquences sur l’emploi pourraient se faire sentir durant le second semestre 2017.

Menace stratégique

De nombreuses entreprises, notamment dans le secteur de la sous-traitance, seraient en difficulté: «Certaines d’entre elles revêtent une importance stratégique pour l’Arc jurassien», explique Florian Németi, directeur de la CNCI. Certains fabricants de composants très spécialisés, ou de moyens de production comme les machines, sont importants pour toute la région en dépit de leur taille réduite. «Leur disparition ferait peser un risque sur des pans entiers de la micromécanique», plaident les représentants des patrons.

Accords politiques?

Ils réclament d’urgence la prolongation du chômage partiel (RHT), des défiscalisations en faveur de l’innovation, ou encore l’allégement des conditions d’octroi de crédit par les banques (lire encadré ci-dessus).

Gilbert Hürsch, directeur de la Chambre économique Bienne-Seeland, indique que la région est une donneuse d’ordre importante pour toute la région et que le canton de Berne y réalise un tiers de toutes ses exportations. «Il est indispensable que la Berne fédérale prenne conscience rapidement de l’importance de l’industrie de l’Arc jurassien pour l’ensemble de l’économie suisse», estime-t-il.

Une conviction et des propositions qui devraient être relayées encore une fois, prochainement, au Parlement fédéral. Le Conseil fédéral a cependant déjà répondu qu’il souhaitait le rejet par les élus de l’adaptation des RHT dans les entreprises formatrices (proposition de l’UDC jurassien bernois Manfred Bühler qui doit arriver au plénum lors de la prochaine session). Le Conseil fédéral sera aussi saisi d’une interpellation de la conseillère aux Etats saint-galloise PLR Karin Keller-Sutter demandant de prolonger les mesures extraordinaires en faveur du chômage partiel, à la suite d’une démarche des chefs de départements cantonaux de l’économie. Le Conseil fédéral n’y a pas encore répondu.

«Berne sous-estime la situation»

Pour les directeurs des chambres du commerce et de l’industrie Jean-Frédéric Gerber (Jura), Patrick Linder (Jura bernois) Florian Németi (Neuchâtel) et Gilbert Hürsch (Bienne-Seeland), Berne «sous-estime la situation de l’industrie de l’Arc jurassien». Constat partagé par Silvia Locatelli, chargée de mission auprès du Département de l’économie et de l’action sociale du canton de Neuchâtel dirigé par le socialiste Jean-Nat Karakash. «Berne se tient à une vision de la marche des affaires basée sur l’ensemble de la Suisse, alors qu’en raison des particularités de l’Arc jurassien, nous sentons les effets d’une évolution avant le reste du pays. Il serait regrettable que les autorités fédérales réagissent à la dernière minute, voire trop tard.» En l’occurrence, la spécialiste fait référence à la demande du chef de département de prolonger l’exception en cours actuellement autorisant le chômage partiel pour 18 mois au lieu de 12. Possibilité qui s’éteindra au 31 juillet 2017. La «prolongation de la prolongation» a été refusée par le département de Johann Schneider-Ammann.

«Les autorités des cantons insistent depuis longtemps et sont satisfaites de voir les chambres du commerce sortir du bois», indique Silvia Locatelli. «Les propositions formulées pour adapter le dispositif très rigide des RHT méritent également d’être évaluées.»

Les propositions des patrons

rht La réduction des horaires de travail ou «chômage partiel» devrait être «possible deux ans au lieu de 12 ou 18 mois».

laci La loi sur le chômage pourrait être modifiée pour «autoriser les ingénieurs (pour l’innovation) et les maîtres d’apprentissage (transmission des compétences) à continuer à travailler lors de RHT».

fiscalité Favoriser l’innovation par des allégements fiscaux ciblés tels que ceux prévus par la défunte RIE 3.

innovation Les dispositifs de soutien fédéraux à l’innovation comme les fonds CTI sont «trop lourds». Il faut soutenir celle-ci «telle qu’elle se déroule dans les entreprises».

crédit Les banques sont «trop frileuses lorsqu’il s’agit de crédits destinés à innover», estiment les patrons.


  Vous devez être identifié pour consulter cet article

Top