20.04.2017, 00:01  

Le tourisme reprend timidement en Tunisie

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En Tunisie (ici à Sousse, peu après l’attentat qui avait fait 38 morts en juin 2015), les mesures de sécurité ont été renforcées dans les lieux touristiques.

 20.04.2017, 00:01   Le tourisme reprend timidement en Tunisie

Par Maryline Dumas

AFRIQUE DU NORD Après deux années catastrophiques liées aux attentats, ce secteur vital pour l’économie du pays redémarre doucement.

«Ils disent que cela va mieux, mais nous n’avons pas encore vu d’amélioration concrète sur le terrain», affirme Mohamed Brahimi, serveur au café des Délices de Sidi Bou Saïd, dans la banlieue nord de Tunis. L’homme estime avoir perdu 70% de sa clientèle depuis 2015 et les attentats du Bardo et de Sousse. L’établissement, vedette d’une chanson de Patrick...

«Ils disent que cela va mieux, mais nous n’avons pas encore vu d’amélioration concrète sur le terrain», affirme Mohamed Brahimi, serveur au café des Délices de Sidi Bou Saïd, dans la banlieue nord de Tunis. L’homme estime avoir perdu 70% de sa clientèle depuis 2015 et les attentats du Bardo et de Sousse. L’établissement, vedette d’une chanson de Patrick Bruel, «vit aujourd’hui grâce aux Tunisiens».

En ce début d’année 2017, les chiffres annoncent pourtant une relance du tourisme. Entre le 1er et le 20 mars, les entrées de visiteurs en Tunisie ont augmenté de 32% par rapport à 2016. Les arrivées des Européens sont en hausse de 22%.

Pour Mouna Ben Halima, secrétaire générale adjointe de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), «c’est une bonne nouvelle, cela montre que l’on redémarre». La propriétaire de l’hôtel La Badira, à Hammamet, note cependant: «Cela semble énorme. Mais nous sommes tombés tellement bas... Trente pour cent de 0,10 centime, par exemple, ça ne fait pas grand-chose.» Même son de cloche à la Fédération tunisienne des agences de voyages et de tourisme (Ftav), où Nadia Ktata, la secrétaire générale, reste prudente: «Au 31 mars, on a 73000 visiteurs français, soit 35% de plus qu’en 2016. Mais par rapport à 2014, on est 23% en deçà... Alors oui, c’est une bonne nouvelle, mais ce n’est pas la joie.»

Sécurité renforcée

L’année 2014 fait référence en matière de chiffres touristiques dans la Tunisie de l’après-révolution. Avec 7,2 millions d’entrées, ce millésime est considéré comme un bon cru. Au contraire de 2015 et 2016, jugés catastrophiques. L’attentat du Bardo (22 morts), en mars 2015, et celui de la plage de Sousse (38 morts), trois mois plus tard, ont frappé de plein fouet le secteur touristique tunisien. Le nombre d’entrées par année a ainsi chuté de deux millions en 2015 et 2016. Le coup est rude dans ce pays, où le tourisme représente environ 7% du PIB et 400 000 emplois directs.

Les autorités ont mis en place des mesures pour renforcer la sécurité, comme le déploiement de policiers aux abords de lieux touristiques. Aucune attaque terroriste de grande ampleur n’a eu lieu depuis mars 2016. «Si j’avais un micro, je dirais au monde entier de venir. De ne pas s’inquiéter. La Tunisie est sûre et il sera bien accueilli», s’exclame Mohamed Brahimi, le serveur du café des Délices, qui surplombe la Méditerranée. Peut-être pourrait-il déjà trouver des oreilles attentives.

Après l’annulation de toutes les escales de croisières, en 2015, un premier navire s’est arrêté au port de La Goulette, près de Tunis, le 6 octobre dernier. «Nous en avons eu six autres depuis», signale Maha Ben Slimen, directrice marketing de l’entreprise La Goulette Shipping Cruise, qui exploite le terminal de croisières. «Malheureusement, nous n’avons plus de bateau annoncé avant décembre. Les croisiéristes sont prêts à revenir, mais les sondages auprès de leurs clients montrent une mauvaise perception de la Tunisie. Ils craignent que la croisière ne se vende moins si elle comprend une escale en Tunisie.»

Le terminal de La Goulette est donc aujourd’hui vide. Ouvert en 2010, il devait accueillir plus de 70 magasins et seuls 20 ont été loués. Les rideaux ne sont levés que lors de l’arrivée d’un navire. Le 23 février, la Belgique a levé partiellement les restrictions de voyage dans le pays (sur l’axe côtier de Mahdia, à 220 km au sud de Tunis, jusqu’à Bizerte, à 70 km au nord de la capitale). Restent le Royaume-Uni et les Pays-Bas, qui, depuis les attentats de 2015, déconseillent fortement à leurs ressortissants de se rendre en Tunisie.

«On sait convaincre les visiteurs»

Des mesures que Mohamed Brahimi ne comprend pas: «Il y a eu des attentats partout. Ils n’interdisent pas les voyages à Paris, si?» Le serveur reprend son plateau de fer gravé avant de conclure: «Tous ceux qui repartent sont heureux de leur voyage. Une fois ici, on sait convaincre les visiteurs. Il faut juste qu’ils viennent.» Le Figaro


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