16.03.2017, 00:01  

Les pratiques de la SSR mécontentent les députés

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La SSR, Swisscom et Ringier se sont associés pour former Admeira, afin, selon la SSR, de combattre l’évasion des montants publicitaires vers des chaînes étrangères.

 16.03.2017, 00:01   Les pratiques de la SSR mécontentent les députés

Par philippe boeglin

PLATEFORME ADMEIRA - Le média helvétique vend des fenêtres publicitaires à des TV étrangères. De gauche à droite, la politique grimace.

La rengaine est connue: si la SSR s’allie avec Swisscom et le groupe de médias Ringier pour commercialiser de la publicité, c’est pour combattre l’évasion de juteux montants vers les chaînes concurrentes étrangères. Or, que fait la société publique de radio-TV? Elle vend justement, avec ses deux partenaires et via leur plateforme Admeira, des fenêtres publicitaires aux télévisions françaises...

La rengaine est connue: si la SSR s’allie avec Swisscom et le groupe de médias Ringier pour commercialiser de la publicité, c’est pour combattre l’évasion de juteux montants vers les chaînes concurrentes étrangères. Or, que fait la société publique de radio-TV? Elle vend justement, avec ses deux partenaires et via leur plateforme Admeira, des fenêtres publicitaires aux télévisions françaises TF1, TMC et NT1.

La pratique se fait clairement vilipender par la conseillère nationale UDC Natalie Rickli (ZH), pourfendeuse notoire de la Société suisse de radiodiffusion et télévision. Mais elle est loin de laisser les autres parlementaires de marbre. Pour une fois, un consensus fait même mine de régner de gauche à droite.

Garder la pub en Suisse

Le conseiller national Jacques-André Maire (PS, NE) envoie une salve. «Cela ne va pas! La SSR doit rester cohérente. Je n’en reviens pas.» Au PDC également, pourtant fidèle soutien du groupe audiovisuel, on fait la moue. «L’objectif d’Admeira était de garder l’argent de la publicité en Suisse. Commercialiser des fenêtres à l’étranger ne correspond pas à ce but louable», déplore Viola Amherd, conseillère nationale valaisanne.

«Cette façon de faire heurte, ne serait-ce qu’au vu de la crise traversée par les médias privés, notamment la presse écrite», assène Hugues Hiltpold (PLR, GE). En effet, depuis le début, l’alliance de la SSR, de Swisscom et de Ringier inquiète de larges cercles. La distorsion de concurrence est évoquée. S’y ajoute la circulation de données personnelles entre un acteur parapublic, Swisscom, et un grand groupe privé, Ringier.

Toujours au PLR, même les députés plus conciliants avec la SSR veulent creuser la question. Il en va ainsi de Kurt Fluri. «Ce sujet devra faire l’objet d’une discussion lors de la prochaine séance de la commission compétente du National, mardi prochain.» Le Soleurois est rejoint par ses collègues de commission, Viola Amherd (PDC) et Jacques-André Maire (PS).

Controversée dès le début

La SSR admet le caractère «paradoxal» de la situation. Mais elle se justifie. «Les trois partenaires (SSR, Swisscom et Ringier) ont apporté dans Admeira les médias qu’ils commercialisent. NT1, TF1 et TMC l’étaient auparavant par Ringier», avance Daniel Steiner, porte-parole.

Le groupe audiovisuel helvétique estime qu’aujourd’hui, le débat s’est déplacé. «La régulation privilégie les fenêtres publicitaires étrangères par rapport aux télévisions suisses, et elle ne les oblige pas à réinvestir dans des offres destinées au public suisse», comme le cinéma indigène.

Retour au Palais fédéral. Avec un constat: sur le front politique, tout peut aller très vite. Avant-hier, la SSR gagnait une manche au National ; morcelé, le bloc UDC-PLR échouait à donner au Parlement des compétences dans l’octroi de la concession radio-TV. Hier en revanche, le ton s’est durci, les élus ne faisant pas mystère de leur désapprobation à l’égard de la stratégie d’Admeira, déjà relevée par l’hebdomadaire alémanique «SonntagsZeitung».

La régie publicitaire polarise depuis l’annonce de sa création en été 2015. Active depuis près d’une année, elle se situe au cœur d’une féroce bataille entre éditeurs privés et la SSR. Les éditeurs alémaniques, réunis dans l’association Schweizer Medien, ont d’ailleurs récemment remporté un succès au Tribunal administratif fédéral. Un arrêt aussitôt contesté par la SSR, via une plainte auprès du Tribunal fédéral. L’affaire est en toujours en cours.


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