21.03.2017, 00:01  

Longs courriers, guerre des classes

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Swiss, laissera-t-elle tomber sa première classe, suivant  la tendance  des compagnies asiatiques notamment?
Par Ariane Gigon

Un bar avec des dizaines de boissons alcoolisées à choix pour attendre le départ. Des possibilités de s’étendre. Une limousine qui vous emmène directement vers l’avion. Durant la traversée, un personnel volant aux petits soins, des menus gastronomiques, un système de divertissement dernier cri et plus qu’assez de place pour s’étirer.

Ce sont quelques-uns des privilèges accordés, contre paiement ad...

Un bar avec des dizaines de boissons alcoolisées à choix pour attendre le départ. Des possibilités de s’étendre. Une limousine qui vous emmène directement vers l’avion. Durant la traversée, un personnel volant aux petits soins, des menus gastronomiques, un système de divertissement dernier cri et plus qu’assez de place pour s’étirer.

Ce sont quelques-uns des privilèges accordés, contre paiement ad hoc bien sûr, aux personnes voyageant en «first class» sur des vols longs courriers, de Swiss notamment. Un confort que peu de voyageurs peuvent se payer, mais auquel la compagnie helvète, filiale de Lufthansa, tient mordicus, contrairement à nombre de ses concurrents. Les nouveaux Boeing 777 comptent ainsi 8 sièges de première classe, 62 en classe affaires et 270 pour la catégorie économique.

Un modèle «du passé»

De plus, Swiss est en train d’investir 100 millions de francs pour le réaménagement des cinq Airbus 340, la somme concernant les trois classes (first, business, economy).

Pourtant, chez de nombreux concurrents, la première classe a du plomb dans l’aile. C’est ce que constate Andreas Wittmer, professeur à l’Université de St-Gall, spécialiste d’aviation. «La première classe est un modèle du passé», explique-t-il. «Elle n’est plus rentable, car nombre de personnes qui y voyagent ont, en fait, un billet de la classe affaires et ont pu changer pour la catégorie supérieure grâce à des points accumulés dans un système de fidélité. Néanmoins, les compagnies conservent la première classe pour des questions d’image.»

Chef des opérations commerciales (COO) chez Swiss, Markus Binkert ne donne pas de chiffres sur la rentabilité des différentes catégories. «Il ne faut pas sous-estimer que pouvoir proposer la première classe a une valeur sur le marché», note-t-il. «La First rayonne sur toutes les autres».

Du nouveau au fond aussi

Mais la partie de l’avion réservée au commun des mortels a aussi subi une petite révolution ces dernières années, avec l’apparition (toujours pour les vols longs courriers) d’une nouvelle catégorie, la premium economy. La compagnie chinoise Eva Air serait la première à avoir créé, en 1991, cette classe intermédiaire entre l’economy classique et la business. British Airways a suivi en 2000, Air France en 2009, Lufthansa en mai 2014.

Les sièges y sont plus larges et le passager a la place d’installer un ordinateur portable sans déranger son voisin. Le service y est aussi plus personnel, et les différents objets distribués plus nombreux.

«C’est une option intéressante pour des particuliers ou des personnes voyageant pour leur travail, qui désirent davantage de confort et de service sur les longs vols», indique Neda Jaafari, porte-parole de Lufthansa. Conséquence, pour la compagnie propriétaire de Swiss: «Sur certaines destinations, nous proposons désormais quatre classes de voyageurs», ajoute la porte-parole.

Tout est prêt chez Swiss

Si Swiss y a jusqu’ici renoncé, ce n’est pas faute d’y avoir songé. «La question d’un renouvellement des classes s’est posée lors de l’achat des ‘‘triple seven’’ (réd: le Boeing 777)», explique Markus Binkert. «Mais nous avons décidé qu’il était trop tôt. Toutefois, l’aménagement a été conçu de telle manière que, le jour où nous décidons de créer cette nouvelle division, cela devrait être possible très vite.»

Idem pour le réaménagement, en cours, des A340. Le travail pourrait être terminé au deuxième trimestre 2018, précise Markus Binkert. Là aussi, pas de premium economy, mais un ajustement aisé en temps voulu.

Changements en 2022

La gestion des différentes catégories pose des problèmes particuliers aux petites compagnies comme Swiss. «Nous ne pouvons pas avoir des prestations sur certains vols et pas sur d’autres», ajoute le COO. «Que ferait un passager ayant acheté un billet en classe premium, qui doit repousser son vol et se voit affecté à un avion n’ayant pas cette classe? Les grandes compagnies, comme notre maison mère Lufthansa, ont davantage de marge de manœuvre.»

La prochaine étape est déjà là: Swiss devra prendre des décisions stratégiques pour le réaménagement de ses quatorze avions A330. «2022 serait, en principe, un bon moment pour introduire la classe premium economy», annonce Markus Binkert.

Pour le spécialiste d’aviation Hansjörg Bürgi, rédacteur en chef de la revue «SkyNews», Swiss freine le changement vers une premium economy car «elle a peur de perdre les clients de la classe affaires. Toutes les compagnies gagnent de l’argent à l’avant des avions, avec les classes chères, pas à l’arrière… Et Swiss est manifestement toujours très demandée par des voyageurs qui ont les moyens de se payer les sièges les plus confortables..»

Un avis que ne partage pas Andreas Wittmer. «Au début, j’ai été sceptique sur la premium economy», explique-t-il. «Mais aujourd’hui je suis convaincu qu’elle a une chance sur le marché. De nombreuses entreprises ne permettent plus à leurs voyageurs d’utiliser la classe business, sauf pour les vols de nuit de plus de six heures. Si Swiss instaurait une classe premium economy, de nombreux voyageurs de l’actuelle catégorie économique s’y précipiteront.» Il faudra apparemment attendre 2022 pour le savoir.

La «business» peut être quasiment plus luxueuse que la «first»

Début mars à Berlin, lors de la foire du tourisme ITB, la compagnie Qatar Airways a fièrement présenté «le premier siège au monde dans l’industrie aéronautique à déployer un lit double en classe affaires.» Des panneaux modulables permettent encore d’aménager un espace, privé, pour quatre personnes.

Cet exemple s’inscrit dans la course au luxe et au confort que se livrent les compagnies pour séduire les passagers les plus fortunés. Etihad propose ainsi un petit appartement, appelé «The Residence», dans ses Airbus A380. Son prix dépasse 20 000 francs. Mais le luxe n’est plus réservé à la première classe: «Les compagnies du Moyen-Orient ont tellement amélioré leurs compartiments affaires qu’elles y offrent pratiquement, désormais, plus de confort que dans des premières classes classiques», explique le professeur de l’Université de St-Gall Andreas Wittmer. «Avoir une cabine privée n’était possible, auparavant, que dans les premières classes de Singapoure et d’Emirates.» Pourtant, en général, la première classe coûte, grossièrement dit, le double de la classe affaires. «La business est progressivement devenue la première classe d’autrefois, qui a tendance à disparaître», diagnostique le professeur. Dans le même temps, du côté des voyageurs moins fortunés, la classe économique se divise en deux. Résultat: plusieurs grands noms – Air France, British Airways et Lufthansa notamment, en Europe – comptent actuellement quatre classes de voyageurs.

Les aménagements de classes de voyageurs toucheront-ils aussi cet autre transport collectif qu’est le train? Une distinction supplémentaire de catégorie de voyageurs n’a pas grand sens à l’échelon d’un pays comme la Suisse, où la plupart des voyageurs effectuent des trajets de moins de deux heures, ajoute Andreas Wittmer. «Mais sur des distances plus longues, des personnes en déplacement professionnel peuvent être intéressées par une classe intermédiaire. C’est le cas du Railjet, qui relie notamment Vienne et Zurich, où des compartiments business sont proposés.»

fait du jour

Les classes de passagers évoluent. La célèbre première classe a même tendance à disparaître. Toutefois, Swiss maintient sa catégorie reine. Combien de temps encore?


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