13.06.2017, 00:01  

La maladie d’amour d’un Japonais

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 13.06.2017, 00:01   La maladie d’amour d’un Japonais

Par Alain Prêtre

HORLOGERIE - Kenji Tsuchiya est sous le charme de La Chaux-de-Fonds depuis trois ans. Actif au sein de la Manufacture La Joux-Perret, c’est la mort dans l’âme qu’il fait ses valises pour retourner à Tokyo.

Dans l’appartement d’hôtes que ce Japonais de 39 ans occupe depuis trois ans, il n’y a étonnamment pas la moindre référence ostensible à son pays d’origine. «Je n’ai pas accroché de photo du mont Fuji au mur», lâche cet homme de 39 ans. Kenji Tsuchiya n’a pas le mal du pays, bien au contraire. Le sourire irradiant son...

Dans l’appartement d’hôtes que ce Japonais de 39 ans occupe depuis trois ans, il n’y a étonnamment pas la moindre référence ostensible à son pays d’origine. «Je n’ai pas accroché de photo du mont Fuji au mur», lâche cet homme de 39 ans. Kenji Tsuchiya n’a pas le mal du pays, bien au contraire. Le sourire irradiant son visage en permanence s’éclipse à l’évocation de son prochain départ. «C’est vraiment dommage. Je suis triste.» Il a vécu une véritable histoire d’amour avec la Métropole horlogère malgré le souvenir d’une première visite en 2006 qui ne lui avait pas laissé un souvenir impérissable. «J’avais profité d’un déplacement à la foire horlogère de Bâle pour venir visiter le MIH et me promener dans les rues. Je n’ai pas ressenti alors de coup de cœur pour La Chaux-de-Fonds.»

Premiers pas difficiles

Huit ans s’écoulèrent au cadran de sa montre Citizen avant qu’il ne revienne en 2014 dans la Métropole Horlogère. «La direction du groupe Citizen à Tokyo m’a affecté à la Manufacture La Joux-Perret pour une période d’un an.» Il y restera trois ans. «Je suis prototypiste de métier. J’avais acquis pas mal d’expérience dans la montre à quartz au Japon. A La Joux-Perret, j’ai pu me former à la montre mécanique.»

Les premiers pas de Kenji dans sa ville d’adoption n’ont pas toujours été évidents, au sens propre comme au sens figuré. «Je n’avais pas l’habitude de la neige. J’ai chuté plusieurs fois en me rendant à pied à mon travail, car je n’étais pas équipé de chaussures adaptées. J’ai dû surmonter ma timidité naturelle pour entrer en contact avec les habitants de la ville.»

Vive émotion

Le Japonais se rapprocha de deux de ses compatriotes travaillant dans des entreprises horlogères de la place mais, petit à petit, il noua des relations avec des gens du cru. Son amour de la ville grandira au fil de ses pérégrinations sur les traces de l’histoire horlogère de La Chaux-de-Fonds. «Je vois et j’aime La Chaux-de-Fonds à travers l’horlogerie. J’ai fait beaucoup de promenades avec l’aide de la brochure ‘La Chaux de Fonds - Urbanisme horloger’ pour me rendre sur les lieux fondateurs de cette industrie. Je me souviens avoir été très ému en repérant sur la façade d’un immeuble à Serre 24 la mention ‘Chronomètres’.»

Abonné au MIH

C’est au Musée international d’horlogerie que Kenji passe le plus clair de son temps libre: il consacre des dizaines d’heures à une minutieuse auscultation des garde-temps. Il prend alors la pleine mesure de la prééminence de l’horlogerie sur la ville et aspire à en savoir davantage. «J’ai acquis une cinquantaine d’ouvrages spécialisés que je traduis dans ma langue.» Kenji engage même des recherches historiques, notamment sur la pendule électrique de précision de Mathias Hipp ou sur la Prolétaire de Georges-Frédéric Roskopf. Il explore par ailleurs la vie de l’horloger Frédéric Houriet et se passionne pour le parcours d’Alexis Marie Piaget. Le Japonais profite aussi de ses week-ends et congés pour visiter la Suisse, en long en large et en travers. «Ce fut un grand plaisir, mais c’est à La Chaux-de-Fonds que je suis très attaché.»

Habitants ouverts

Outre sa passion pour l’horlogerie, il a développé des relations d’amitié avec plusieurs habitants. «Historiquement la ville a accepté volontiers les immigrés qui ont participé à son développement. Je peux témoigner de l’ouverture des gens d’ici à l’étranger. Ils sont très sympathiques.» Kenji a volontiers répondu à plusieurs sollicitations de gens désireux de découvrir le pays du Soleil-Levant. «J’ai par exemple construit un programme touristique pour deux amies des Montagnes.»

Fan de la fondue

Au gré de ses rencontres et de ses fréquentations, Kenji a appris la langue de Molière qu’il parle et écrit avec aisance. Il a pris goût aussi aux produits locaux. «Je raffole de la fondue et des fromages ainsi que du saucisson neuchâtelois.» Il a adopté avec autant de gourmandise les vins du Littoral et le chasselas en particulier.

A trois semaines de son retour au Japon, il est envahi par la mélancolie. «Je reviendrai au moins passer une semaine de vacances chaque année à La Chaux-de-Fonds

Kenji espère toutefois secrètement qu’une opportunité se présentera au sein du groupe Citizen pour réintégrer La Joux-Perret définitivement.


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