06.02.2017, 00:01  

Un Neuchâtelois crée une montre rare, mais pas chère

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Thierry Clottu dans son atelier de Cormondrèche.

MONTRES - Done Watches défriche une nouvelle économie de l’horlogerie.

Conçues dans un atelier de Cormondrèche, les montres «Done» se baladent désormais sur des poignets de la région. Thierry Clottu, concepteur d’habillage horloger indépendant de 37 ans, a réalisé un vieux rêve: créer sa propre marque de montre. Il veut un produit bon marché, mais «de qualité», et «Swiss made».

Armé d’une solide expérience en développement de produit, il a inventé son garde-temps et l’a dessiné en 3D dans son atelier.

Au début de l’histoire, il y a une Auguste Reymond, que Thierry Clottu a reçue de son père pour ses 18 ans. Un déclic qui le fait basculer dans l’horlogerie. Au Locle, il acquiert la formation d’ingénieur HES en microtechnique, avec une option en construction horlogère.

Il fait ses armes au sein du groupe Festina, est embarqué dans l’équipe qui relance la marque Perrelet, puis sera un temps responsable du développement produit de la collection Carrera, chez Tag Heuer. Une expérience qui lui permet d’ouvrir son propre bureau de développement horloger en 2012. «Les marques avaient souffert de la crise de 2008 et ont moins réengagé à l’interne. Une fois le creux de la vague passé, il y avait beaucoup de travail externalisé».

Quand il décide de se lancer, il jette son dévolu sur un calibre à remontage manuel, le 6497 Unitas d’Eta: «Simple, robuste, très fiable, avec beaucoup de couple. C’est ce que les horlogers appellent un tracteur. Je l’aime bien, parce qu’on entend bien son tic-tac. Il est présent dans de très belles montres». Autre avantage: ses ponts larges autorisent une belle décoration.

Difficile de se fournir directement chez le constructeur du groupe Swatch. À supposer qu’il soit en mesure de livrer une telle série, les calibres auraient eu un état de finition qui ne convenait pas à Thierry Clottu.

«Je voulais pouvoir désosser le mouvement, et le décorer avec des Côtes de Genève en éventail». Sa chance: il reste des stocks d’ébauches chez d’autres horlogers. Ses contacts lui permettent de les trouver. D’autres pièces sont commandées en Asie, cependant «le Swiss made est respecté».

Mais rien n’est simple. Au départ, il vise une cinquantaine de montres, qu’il compte proposer surtout à ses proches. Il a beaucoup de travail pour ses clients et ne peut pas se disperser. Cependant, réaliser une aussi petite série semble irréaliste pour une montre bon marché. Il prévoit finalement 250 pièces.

Son modèle unique, de 43,8 mm, se décline en deux couleurs: acier, ou avec un traitement PVD en or rose. Le cadran est noir, blanc, ou bicolore. Les montres sont équipées d’un bracelet cuir à boucle déployante, livrées avec un bracelet supplémentaire Nato. Le fond est vissé avec une glace saphir qui laisse apparaître le mouvement décoré.

Pour financer le lancement, il réalise une campagne sur le site de financement participatif Kickstarter. Un succès, puisqu’il récolte plus que nécessaire. Mais «il ne faut pas compter ses heures». Une telle campagne se révèle difficile: il faut réaliser textes, vidéos et photos. Il se fait aider par de jeunes communicants débutants, à qui il promet des montres contre des prix doux. «Ça a joué formidablement bien. Finalement, c’est un travail d’équipe, et une aventure humaine!». Montées dans la région, ses montres sont écoulées par vente directe, notamment sur son site internet. C’est ce qui permet des prix minuscules en comparaison avec les marques établies: 859 francs (889 pour le modèle or rose).

«Comment fais-tu?» lui demandent certains. Peu se montrent agacés. Lui est conscient qu’il faudra trouver les financements pour continuer, et que ce prix bas n’est possible qu’à des conditions bien particulières. Mais il n’est pas fâché de prouver que c’est possible. Pour lui, «Le plus gros problème de l’horlogerie, c’est la distribution: l’énorme fossé entre le prix de revient d’une montre et son prix sur le marché». Plus d’infos: www.donewatches.ch


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