21.03.2017, 00:01  

«C’est le débat de notre monde»

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Par nicolas joray

FESTIVAL DU SUD - Un tour de la planète, dès ce soir sur les écrans neuchâtelois.

Entre lever le poing et empoigner la caméra, le documentariste Daniel Schweizer a choisi de ne pas choisir. Ce cinéaste suisse sera de passage au Festival du Sud, dimanche prochain à La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel pour y présenter «Trading Paradise». Un film qui gratte là où ça fait mal: à l’endroit où certaines multinationales basées dans notre pays s’enrichissent...

Entre lever le poing et empoigner la caméra, le documentariste Daniel Schweizer a choisi de ne pas choisir. Ce cinéaste suisse sera de passage au Festival du Sud, dimanche prochain à La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel pour y présenter «Trading Paradise». Un film qui gratte là où ça fait mal: à l’endroit où certaines multinationales basées dans notre pays s’enrichissent sur le dos de populations locales, de la Zambie à l’Amazonie en passant par le Pérou. Entretien avec un réalisateur résolument engagé.

Votre documentaire s’ouvre sur des images de cow-boys suivies par un drapeau suisse. Est-ce que vous dénoncez une forme de colonialisme helvétique par l’économie?

C’est assez juste parce qu’aujourd’hui, effectivement, de nombreuses grandes sociétés extractives ou de trading ont leur siège en Suisse. Donc cette image, elle est symbolique. On pourrait dire que ce Far West économique a débuté en 1492 avec la volonté de découvrir de nouveaux territoires pour extraire des ressources. Et cette volonté impérialiste de contrôle des ressources retrouve aujourd’hui toute son actualité.

Vous avez donné la parole aux populations locales qui souffrent des effets négatifs de ce commerce: problèmes environnementaux et de santé. N’y a-t-il pas une partie de cette population qui bénéficie de ces activités?

Alors, ce qu’il faut savoir, c’est que dans ces pays du Sud qui ont une faible gouvernance, les entreprises qui extraient les importantes richesses du sous-sol redonnent très peu, en réalité, à la société civile, aux communautés locales ou à l’Etat. Elles investissent dans les appareils de production, investissements qui sont déduits des bénéfices. Et en raison de ces déductions, les régions ont très peu de contreparties. Il y a donc une forme de malédiction des ressources qui plane sur ces pays.

Donc ces entreprises n’emploient personne, là-bas?

En règle générale, elles essaient de moderniser les outils de production au maximum. Ce qui veut dire qu’elles ont besoin de personnel qualifié qu’elles font venir d’autres régions.

Comment les multinationales réagissent-elles à votre documentaire?

Deux membres haut placés de Glencore étaient présents à l’avant-première, récemment à Genève. Ils ont tenté de faire entendre leur voix. Mais c’est de la communication. Je pense que le film dérange parce que les aspects qui y sont présentés ne peuvent pas être contestés. Donc ils essaient de minimiser, de prétendre qu’ils ne savaient pas, de faire comme s’ils découvraient cette réalité. Leur présence était néanmoins une surprise. Lors du tournage, j’ai promis à une paysanne seule et menacée de mort que le film serait vu par les dirigeants de Glencore. Ma promesse est donc tenue.

Un mot à dire à quelques jours de votre venue au Festival du Sud?

Pour moi, ça sera une première fois. C’est vrai que le film a déjà été montré dans des festivals plus grands, mais c’est important de participer aux plus petits festivals. C’est également important de venir dans les différentes régions de Suisse romande pour fertiliser le débat. Parce que c’est le débat de notre pays, de notre société, de notre monde.

repères

Le festival Du 21 au 28 mars, à Neuchâtel, cinéma Rex, à La Chaux-de-Fonds, cinéma ABC et Scala (soirée d’ouverture). Programme complet: www.passioncinema.ch

à l’affiche Quinze films pour un «tour de la planète» moins cher qu’un tour du monde en avion mais qui permet néanmoins l’évasion. Tout en soulevant quelques réflexions. Tous les films sont projetés en version originale sous-titrée et précédés d’une présentation.

Les invités Outre Daniel Schweizer, le festival accueille l’actrice Mirjana Karanovic pour son premier film en tant que réalisatrice, «A Good Wife». Celle-ci accompagnera aussi Andrea Staka lors de la projection de «Das Fraülein», Léopard d’or du Festival de Locarno en 2006.

«Trading paradise» Dimanche 26 mars en présence du réalisateur, à 16h à La Chaux-de-Fonds, à 18h à Neuchâtel.


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