11.08.2017, 00:01  

«C’est lié au plaisir d’écrire»

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Adrien Kuenzy sur le tournage de «Madame Hyder», où il a officié en tant qu’assistant personnel de Serge Bozon.

 11.08.2017, 00:01   «C’est lié au plaisir d’écrire»

CINÉMA - A Locarno, le cinéaste neuchâtelois Adrien Kuenzy se fait critique.

S’il en est un qui s’affaire au Locarno Festival, c’est bien Adrien Kuenzy. Détenteur d’un master en réalisation à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (Ecal) et d’un bachelor en histoire et esthétique du cinéma, cometteur en scène de pièces de chambre avec l’homme de théâtre Karim Bel Kacem, ce Neuchâtelois de 28 ans participe à la huitième Locarno Academy,...

S’il en est un qui s’affaire au Locarno Festival, c’est bien Adrien Kuenzy. Détenteur d’un master en réalisation à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (Ecal) et d’un bachelor en histoire et esthétique du cinéma, cometteur en scène de pièces de chambre avec l’homme de théâtre Karim Bel Kacem, ce Neuchâtelois de 28 ans participe à la huitième Locarno Academy, projet de formation pluridisciplinaire destiné aux jeunes réalisateurs, professionnels du secteur, étudiants et critiques de cinéma.

A la Critics Academy

Plus précisément, Adrien s’est inscrit à la Critics Academy. Nous lui avons volé un peu de son temps pour lui demander ce qu’il y faisait. «Avec plusieurs autres jeunes provenant du monde entier», explique-t-il, «je me forme à la critique sous la supervision de professionnels du domaine, qui sont surtout issus de la sphère anglosaxonne, ce que je trouve un peu dommage. Alors je m’essaie à la critique en anglais, mais ce n’est pas facile!» Mais pourquoi a-t-il voulu rajouter cette corde à un arc déjà bien fourni? «C’est lié au plaisir d’écrire. C’est une sensation que je n’ai pas souvent ressentie dans le milieu académique. En discutant avec les intervenants de la Critics Academy, je me suis rendu compte qu’une bonne critique doit s’appuyer sur un vrai fond d’analyse. Et cela implique un développement qui va plus loin que la description de l’histoire et la restitution du plaisir que le film a pu ou non me procurer.»

Assistant personnel

De fait, Adrien a une autre très bonne raison d’être à Locarno. Il accompagne la première mondiale de «Madame Hyde» du Français Serge Bozon, qui concourt en Compétition internationale, avec une Isabelle Huppert excellente dans le rôle d’une prof de physique égarée dans un lycée de banlieue. Outre qu’il y fait une courte apparition, Adrien est crédité au générique du film comme assistant personnel. «C’est une fonction un peu particulière! L’assistant personnel est directement en lien avec le réalisateur. J’ai eu de la chance parce que Serge Bozon m’a donné une grande place. J’ai pu lui faire des propositions d’écriture en amont, comme, par exemple, le contenu scientifique des scènes qui concernent la cage de Faraday que l’enseignante construit pour ses élèves. Ça m’a conduit à faire pas mal de recherches avec l’EPFL, pour savoir comment on pouvait présenter la chose à des élèves peu doués pour la physique!»

Improvisations

Et Adrien de se souvenir: «Avant d’être cinéaste, Serge a été professeur, mais pas de physique. Il m’a tout de suite averti qu’il ne connaissait rien à cette cage de Faraday, que c’était une idée de sa coscénariste, et qu’il souhaitait que je travaille là-dessus. Tout ce qui touche à cette cage a été vulgarisé pour le film et ça a été très intéressant de construire ce dialogue où les lycéens essayent d’y comprendre quelque chose.»

Mais son travail d’«assistant personnel» ne s’est pas limité à la préparation. «Sur le tournage, je me suis beaucoup occupé des rôles secondaires. Je faisais répéter leurs textes aux élèves. En amont j’avais organisé des improvisations avec eux pour donner de la matière première à Serge. J’en faisais alors des montages où il piquait ci et là ce qui pouvait l’intéresser…»

Différents tons

Nous suggérons alors à Adrien de remettre sa casquette d’étudiant à la Critics Academy pour lui demander ce qu’il pense du film. «Bien sûr je manque de recul, mais je l’aime beaucoup. Je trouve que sa grande force est de mélanger différents genres, différents tons. Et Isabelle Huppert est étonnante, j’ai l’impression qu’elle a trouvé dans le registre comique des petits détails dont elle ne disposait pas encore dans sa palette de jeu.»

Notre conciliabule s’achève. Adrien Kuenzy reprend sa course, peut-être pour aller peaufiner l’une ou l’autre scène des deux scénarios de film qu’il est en train d’écrire, les siens, cette fois!

Des documentaires qui sauvent la mise

Jadis, la Compétition internationale était dévolue aux seuls films de fiction. Depuis quelques éditions, des documentaires sont aussi en lice. Cette année, ceux-ci n’auront jamais été si nombreux (4 sur 18 titres). Mieux encore, ils sauvent de l’anonymat une sélection 2017 à l’imaginaire peu fourni, à l’exception du délirant «La telenovela errante», film posthume du regretté Raúl Ruiz.

Après le bodybuildé «Ta peau si lisse» du Canadien Denis Côté, dont nous avons déjà souligné l’intérêt, «Good Luck» de l’Américain Ben Russell a aussi retenu notre attention. Divisé en deux parties, ce documentaire nous claustre au fond d’une mine de cuivre serbe, avant de nous faire patauger dans l’eau croupie d’un gisement d’or à ciel ouvert au Surinam. Plasticien d’origine, Russel ne cède en rien à la tentation esthétique, rivant sa caméra aux hommes qui s’échinent dans ces univers dévitalisés.

Une plaque sensible

Considéré comme l’un des plus grands cinéastes du genre, le Chinois Wang Bing n’a pas déçu avec «Mrs. Fang». Atteinte de la maladie d’Alzheimer, une vieille dame agonise pendant dix jours sous le regard et les commentaires de sa famille et des voisins qui la visitent en curieux. Prostrée, elle devient peu à peu une sorte de plaque sensible où vient s’impressionner la photographie d’une Chine contemporaine fort peu jouasse.

Enfin, d’une puissance assez inouïe, «Did You Wonder Who Fired The Gun?» («Avez-vous deviné qui a tiré?») de Travis Wilkinson voit son auteur enquêter sur un meurtre raciste commis par son arrière-grand-père à la fin des années 1940, en Alabama… Le jury, dont fait partie Jean-Stéphane Bron, osera-t-il décerner son Léopard d’or à un documentaire, chose qui ne s’est encore jamais produite à Locarno?


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