08.03.2017, 00:01  

Ça va peut-être arriver près de chez nous

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Par vincent adatte

«CHEZ NOUS» - A travers la trajectoire d’une citoyenne lambda, le cinéaste Lucas Belvaux montre comment un parti extrémiste sait se faire séducteur.

A l’heure fâcheuse où Marine Le Pen se sent pousser des ailes, l’excellent cinéaste belge Lucas Belvaux («Rapt», «38 témoins», «Pas son genre») s’immisce dans la campagne présidentielle française avec un film très résolu, qui ne craint pas de restituer, de façon à peine voilée, les stratégies et mécanismes de séduction insidieux du parti de la candidate d’extrême droite à l’élection présidentielle française.

Dans la petite ville du Nord-Pas-de-Calais, où elle a toujours vécu, Pauline (Emilie Dequenne) est une infirmière à domicile très appréciée, aux idées plutôt libérales. Mère célibataire, elle s’occupe seule de ses deux enfants et de son père, un ancien ouvrier métallurgiste communiste, laminé par des années de labeur. Sa figure et son parcours attirent l’attention de son médecin de famille (André Dussollier), un extrémiste subtilement camouflé, qui voit en Pauline une incarnation providentielle de la Française d’origine déclassée, de celle que son parti rêve de brandir en étendard!

A force de propos roués et flatteurs, le praticien manipulateur réussit à la convaincre de se présenter en tête de liste du «Bloc patriotique», dont la blonde dirigeante (Catherine Jacob) est en quête de respectabilité.

Commence alors pour Pauline un processus de radicalisation «soft» qui ne laissera pas d’inquiéter tout spectateur démocrate…

Avec une acuité remarquable, Belvaux collecte les appâts réducteurs utilisés par les extrêmes, mettant en lumière la capacité de ces derniers à exploiter le climat de tension et de désarroi social qui prévaut actuellement en France (et dans bien d’autres pays européens).

Cris d’orfraie

Plutôt que de faire polémique, le réalisateur a préféré déconstruire à travers le glissement de sa protagoniste une vaste opération de charme, dont on pressent qu’elle tient plutôt d’un habile ravalement de façade, entrepris à des fins purement électoralistes, et dont le but réside bien évidemment dans la seule conquête du pouvoir.

Marine Le Pen et son très «honorable» Front national ont bien senti le danger, vouant au plus vite aux gémonies ce film «poil à gratter», sans même l’avoir vu.

Ses auxiliaires ont poussé des cris d’orfraie en dénonçant à tue-tête une œuvre odieuse de propagande ennemie financée avec «nos impôts», alors que son auteur n’a même pas bénéficié de l’avance sur recettes, une aide dispensée par l’Etat français.

de Lucas Belvaux, avec Emilie Dequenne, André Dussollier, Guillaume Gouix…

Durée: 1h58. Age légal/conseillé: 14/14

trois raisons de voir le film

Une fiction d’actualité

Il est trop rare qu’un cinéaste ait l’audace de passer la politique au tamis révélateur de la fiction. Le Belge Lucas Belvaux a osé.

Pour Catherine Jacob

Traitée de pot à tabac par un élu furibard du Front national, l’actrice compose une cheffe de parti dont la blondeur fait penser à une certaine… Chut!

AUcun dédain

Le cinéaste ne fait montre d’aucun mépris pour sa protagoniste happée par les extrêmes, sans pour autant lui manifester de la compréhension. Une ligne morale très bien tenue. vad


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