12.04.2017, 00:01  

«Cela reste une démocratie très vivante»

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Par vincent adatte

«L’OPÉRA DE PARIS» - Dans son nouveau documentaire, Jean-Stéphane Bron montre une institution au travail, avec ses accords et ses désaccords. Brillantissime.

Révélé en 2003 par «Mais im Bundeshuus – le génie helvétique», le Suisse Jean-Stéphane Bron est l’un des réalisateurs documentaires parmi les plus importants du moment. Après «Cleveland contre Wall Street» (2010), sur la crise des subprimes, et «L’expérience Blocher» (2013), où il démythifie un Christoph Blocher solitaire, Bron consacre son septième long métrage à l’Opéra de...

Révélé en 2003 par «Mais im Bundeshuus – le génie helvétique», le Suisse Jean-Stéphane Bron est l’un des réalisateurs documentaires parmi les plus importants du moment. Après «Cleveland contre Wall Street» (2010), sur la crise des subprimes, et «L’expérience Blocher» (2013), où il démythifie un Christoph Blocher solitaire, Bron consacre son septième long métrage à l’Opéra de Paris.

Jean-Stéphane Bron, comment force-t-on les portes de l’Opéra Bastille?

Après «L’expérience Blocher», où je me confrontais en permanence à un individu, j’étais en quête d’un film réparateur sur le collectif qui puisse se tourner à huis clos, comme pour «Mais im Bundeshuus». C’est mon coproducteur français qui m’a lancé sur la piste de l’Opéra de Paris en me disant qu’il y allait avoir des changements au sein de la structure, que ça pourrait être intéressant. J’ai commencé par prendre rendez-vous avec Stéphane Lissner, son nouveau directeur. Il a d’abord été réticent, puis je lui ai montré mes films et nous sommes arrivés à un accord de principe, mais j’ai apprécié qu’il résiste… Pour moi, c’était déjà un signe qu’il y avait un film à faire.

A partir de là, comment avez-vous procédé?

Avant de commencer le film, je n’avais jamais vu un opéra en entier, je n’y connaissais rien. Je me suis donc informé, même si l’ignorance peut être un atout quand on fait du documentaire. Et puis le cinéma, à ses débuts, s’est beaucoup inspiré de l’opéra en puisant dans ses histoires, Hollywood a repris ses divas pour créer le star-system. Du point de vue de la structure, il y a aussi beaucoup d’effets de montage dans l’opéra, avec les tableaux, le découpage en scènes. Après, il m’a fallu des mois et des mois pour arriver à comprendre tous les rouages de cette énorme microsociété que constitue l’Opéra de Paris, en saisir l’esprit, pour identifier ce qui pouvait faire sens et choisir les bons personnages…

A quel moment avez-vous commencé à tourner?

Très vite, dès janvier 2015, mais en filmant très peu au début. C’était une manière de rencontrer les gens, qu’ils s’habituent à notre présence. En montant en parallèle, j’ai peu à peu élaboré une structure qui reprenne la forme du monde, de l’univers que j’explorais… Je me suis concentré à la fois sur l’idée du collectif et de la solitude de l’artiste face à son art, en essayant de constituer, comme dans un opéra, des tableaux et des personnages que l’on retrouve à intervalles réguliers, que l’on repère dans la multitude des gens qui travaillent. C’est pourquoi j’ai formé des couples, comme l’habilleuse et sa diva, le maître de danse Benjamin Millepied et une danseuse anonyme. Avec le jeune baryton-basse russe qui entre à l’académie de chant, je me suis aussi trouvé un personnage qui me ressemble, qui débarque comme moi dans l’institution.

Quelle est la fonction de la scène d’ouverture du film?

Cette scène montre une réunion préparatoire de la conférence de presse de présentation de la nouvelle saison, la première de Stéphane Lissner. Il y a un enjeu énorme. Son équipe détermine ce qu’il faut dire ou non aux journalistes. Avec cette scène, je fais sentir la confiance que l’on m’accorde, mais je préviens aussi le spectateur que le film ne dira pas tout, que nous n’aurons pas vraiment accès au pouvoir. C’est aussi l’idée de commencer avec des gens en cravate, dans un grand bureau parisien, qui pourrait tout aussi bien être celui d’une grande firme, ce qu’est aussi l’Opéra de Paris.

Vous avez quand même pu montrer certains désaccords…

Il fallait aussi montrer la violence de ce monde, fait d’inégalités, de revendications syndicales. Mais ça reste une démocratie très vivante. C’est comme le football au Brésil. Il y a une sorte d’engagement passionné dans cette société, ce qui est une réponse assez joyeuse à «L’expérience Blocher».

de Jean-Stéphane Bron

Durée: 1 h 50

Age légal/conseillé: 6/12

le dur chemin vers la perfection

Avec «L’Opéra de Paris», Jean-Stéphane Bron atteint les sommets. Fidèle à sa démarche profondément éthique, qui passe un contrat clair avec ses protagonistes (je vous filme et vous le savez), le cinéaste a réussi à mettre en récit l’une des institutions les plus prestigieuses et fermées au monde.

Du directeur œuvrant au huitième étage aux techniciens de plateau ou de surface, en passant par les chœurs, ténors, étoiles, danseuses, sans oublier le taureau Easy Rider, figurant de poids dans «Moïse et Aaron» de Schönberg, Bron a su forcer les portes de cette tour d’ivoire, armé de sa seule empathie et de son humour feutré.

A merveille, ce cinéaste accompli restitue cet univers que n’épargnent évidemment ni les conflits relationnels ni les jeux de pouvoir, faisant apparaître l’Opéra de Paris comme un véritable creuset d’humanité. Mais il donne surtout à voir le travail insensé que requiert la création d’une saison d’opéras, captant l’effort mieux que personne, à l’instar de la diva en sueur après son aria ou de cette danseuse qui titube d’épuisement en coulisses. vad


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