07.08.2017, 17:05

Fanny Ardant: "Je me dis que tout m’émeut"

Abonnés
chargement
"Lola Pater", film de Nadir Moknèche, est littéralement sublimé par l'interprétation de Fanny Ardant.

 07.08.2017, 17:05 Fanny Ardant: "Je me dis que tout m’émeut"

cinéma Présenté à Locarno, "Lola Pater" avec l'actrice française Fanny Ardant sort en salles ce mardi.

Applaudi sur la piazza Grande jeudi soir, "Lola Pater" sort en salles ce mardi. L'argument de cette comédie dramatique due au réalisateur franco-algérien Nadir Moknèche est plutôt du genre casse-gueule, jugez plutôt: à la mort de sa mère, Zino renoue avec son père qui l’a abandonné voilà 25 ans. Médusé, le jeune homme découvre alors qu’il est devenu une femme répondant au prénom de Lola…

Un rôle de composition

Toujours juste, le film est littéralement sublimé par...

Applaudi sur la piazza Grande jeudi soir, "Lola Pater" sort en salles ce mardi. L'argument de cette comédie dramatique due au réalisateur franco-algérien Nadir Moknèche est plutôt du genre casse-gueule, jugez plutôt: à la mort de sa mère, Zino renoue avec son père qui l’a abandonné voilà 25 ans. Médusé, le jeune homme découvre alors qu’il est devenu une femme répondant au prénom de Lola…

Un rôle de composition

Toujours juste, le film est littéralement sublimé par l’interprétation habitée de Fanny Ardant qui y joue Lola, une transsexuelle à des années-lumière de tous les clichés du genre. Rencontrée à Locarno, l’actrice chère à François Truffaut nous a confié ce qui l’avait attirée dans ce grand rôle de composition, avant de revenir sur sa carrière: "Cela commence par un scénario que je reçois dans ma boîte à lettres. En le lisant, je me dis que tout m’émeut, tout m’intéresse. Je rentre dans un monde qui m’est inconnu, mais me touche. Curieusement, au fur et à mesure de la lecture, l’histoire me semble de plus en plus familière, comme si l’essentiel des choses humaines était là."

Crédit: Keystone

Cinéma-vérité

Plus qu’intriguée, Fanny Ardant demande alors à rencontrer Nadir Moknèche: "Je l’ai rencontré dans un café et j’ai tout de suite aimé sa façon d’être, sa grande maîtrise du sujet, sa façon d’en parler, sans penser politique ou défi." Plus tard, en jouant Lola sur le plateau de tournage, elle ressent "au plus profond le sentiment que le plus important n’est pas d’être homme ou femme, mais humain. Les qualités inhérentes à un être humain sont des qualités qui glissent d’un genre à l’autre. Une femme peut être plus violente qu’un homme, un homme peut être plus doux qu’une femme. Oui, tout à coup, on s’aperçoit de l’extrême porosité de ces prétendues catégorisations. Voilà pourquoi j’aime beaucoup ce titre, ‘Lola Pater’..." 

L'une des qualités du film, déjà relevée, c'est qu’il évite les lieux communs. "Nadir Moknèche avait remarqué que je me rongeais les ongles, ce qui est très vilain. Mais, au lieu de rentrer dans le cliché du transsexuel aux ongles bien manucurés, il a décidé que Lola se rongerait les ongles. C’est grâce à ce genre de détails que la fiction réussit à produire de la vérité."

Besoin d’amour

Celle qui a été dirigée dans plus de 70 films par des cinéastes aussi prestigieux que Truffaut, Resnais, Delvaux, Deville, Scola, Ozon ou Sorrentino choisit ses rôles en fonction de leur capacité à l’émouvoir. "Je n’ai pas besoin qu’on m’aime, mais j’ai besoin d’aimer le personnage que je joue. Je pourrais très bien jouer un personnage de terroriste s’il existe en dehors du cliché de l’enfumage médiatique."

Crédit: Keystone

Ce qui la séduit chez un metteur en scène? "C’est la passion qu’il met à conduire son film. Ce n’est pas un métier comme un autre. Les grands réalisateurs avec lesquels je travaille se remettent toujours en question. Ils ont cette sorte de vulnérabilité qui les rend inestimables. Ensuite, j’attends d’eux qu’ils me regardent. Je n’ai aucun problème à recommencer une prise. Ça ne me remet pas en question. Au contraire, je me dis que le metteur en scène cherche quelque chose. Il voit quelque chose que je ne vois pas et que je pourrais peut-être lui donner. Je prête à tout le monde une nature obsessionnelle et un bon cinéaste est celui qui te dit: rentre dans mon obsession."

Aussi réalisatrice à ses heures (trois longs-métrages à son actif), Fanny Ardant n’a rien perdu de sa passion d’actrice. "Je rêve de tourner avec André Téchiné parce qu’il s’intéresse aux recoins obscurs de l’être humain, ou avec Martin Scorsese, s’il me dit que le rôle est celui d’une femme qui devient... un homme!"

Quand le fantastique nous sauve (un peu)

Pour l’instant, à Locarno, la Compétition internationale ne fait guère battre le cœur du cinéphile, loin de là! Au mitan de cette dernière, c’est en effet un sentiment mêlé qui domine. Ainsi, "Goliath" de Dominik Locher, seul film suisse en concours, intrigue par son propos (un jeune homme se gave de stéroïdes pour se sentir en mesure de protéger sa copine enceinte), mais irrite par son abus de stéréotypes. Traitant aussi du culturisme, mais de façon documentaire, "Ta peau si lisse" du Canadien Denis Côté déçoit un peu, malgré un final bucolique d’une inquiétante étrangeté.

Enième dénonciation des effets pernicieux du star-system sur notre belle jeunesse, "Gemini", polar de l’Américain Aaron Katz, tourne rapidement au whodunit ("qui l’a fait?") laborieux. Attachant mais sans plus, "Lucky" de John Carrol Lynch vaut surtout pour Harry Dean Stanton qui joue avec gourmandise le rôle d’un nonagénaire rogue et athée du Middle West en quête de sérénité.

La nounou du loup-garou

Terminons ce bilan de mi-parcours sur trois notes positives: "Wajib" de la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir décrit avec acuité la difficile réconciliation entre un père et un fils au cœur de Nazareth en désespérance.

Fable sociétale narrée sur un mode ironico-fantastique, "Madame Hyde" du Français Serge Bozon voit une prof de physique assez particulière (Isabelle Huppert) venir à bout d’une classe à problèmes. Même inspiration fantastique pour "As Boas Maneiras" ("Bonnes manières") des Brésiliens Juliana Rosas et Marco Dutra, qui décrit la relation ambiguë liant une nounou à un enfant loup-garou de bonne famille.


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top