04.08.2017, 00:01  

«Ils ne se sont pas sentis trahis»

Abonnés
chargement
Samuel Chalard est allé à la rencontre des habitants d’une favela de Rio.

 04.08.2017, 00:01   «Ils ne se sont pas sentis trahis»

Par vincent adatte

CINÉMA - «Favela Olímpica», de Samuel Chalard, présenté en première à Locarno.

Demain après-midi, une année pile après l’ouverture des Jeux olympiques de Rio, Samuel Chalard, qui vit à La Chaux-de-Fonds, où il enseigne à l’Ecole d’arts appliqués, présentera «Favela Olímpica» en première mondiale dans le cadre de la très relevée Semaine de la critique. A deux ans des Jeux, les habitants de la favela Villa Autódromo voient jour après jour...

Demain après-midi, une année pile après l’ouverture des Jeux olympiques de Rio, Samuel Chalard, qui vit à La Chaux-de-Fonds, où il enseigne à l’Ecole d’arts appliqués, présentera «Favela Olímpica» en première mondiale dans le cadre de la très relevée Semaine de la critique. A deux ans des Jeux, les habitants de la favela Villa Autódromo voient jour après jour leurs maisons détruites pour faire place à des infrastructures. Certes pauvres, mais combien dignes et déterminés, certains résistent à l’expropriation. Avec une pudeur qui n’exclut pas l’émotion, le cinéaste fait de leur lutte obstinée une chronique mémorielle admirable de lucidité.

Ruines olympiques

Jubilant d’être au Locarno Festival, Chalard revient pour nous sur la genèse de son premier long-métrage documentaire: «Les villes m’ont toujours intéressé dans l’idée du vivre-ensemble». Un jour, j’ai découvert sur internet des images fascinantes de ce qui restait des Jeux olympiques dans les villes où ils se sont déroulés… souvent de vraies ruines! En faisant des recherches, j’ai constaté qu’il n’y avait pas de films sur le sujet, je me suis lancé!» Malgré tout son enthousiasme, il peine à trouver le financement et commence à se décourager.

A un jet de pierre

Indirectement, les Brésiliens qui descendent dans la rue pour protester contre les coûts exorbitants de la Coupe du monde de football vont relancer son projet: «Il y avait en particulier un slogan, ‘On veut des hôpitaux aux standards de la Fifa’, qui faisait complètement résonner ce que j’avais dans mon dossier… Dès que j’ai intégré Rio, tout est devenu plus facile!» Chalard a alors les moyens de se rendre sur place et découvre les habitants de la communauté de Villa Autódromo, qui vivent à un jet de pierre du Stade olympique en construction, et dont les maisons, absolument légales, doivent être rasées. «Ils n’aiment guère le terme de favela, assimilé à la violence et à la drogue, et lui préfèrent celui de communauté.»

Un acte de mémoire

Peu à peu, le cinéaste et son caméraman Patrick Tresch gagnent leur confiance. «Dès notre arrivée, on a essayé d’être très francs avec eux. Au début, ils ont pensé que notre projet servirait leur cause, au même titre que les autres reportages qui étaient faits sur eux. On leur a tout de suite expliqué que le film n’allait pas leur servir puisqu’il ne serait pas fini avant que les JO commencent…» A force de voir revenir le tandem, les résidents de Villa Autódromo comprennent qu’il y a un autre enjeu. «Un jour, un de nos protagonistes nous a demandé si on avait les images de sa maison avant et après avoir été démolie. Lui et les siens réalisaient qu’on avait suivi toute l’histoire et que nous étions les seuls à pouvoir raconter toute leur lutte. S’ils n’arrêtent pas de se filmer ou de se photographier avec leurs smartphones, ils sont très mal organisés, finissent par perdre leur téléphone, et il ne reste au final que très peu d’archives».

Le rêve de Locarno

Il y a quelques semaines, Chalard a montré le film terminé à la communauté. «Ça s’est fait dans une église. J’étais très nerveux. Ils en attendaient tellement! Mais ils ne se sont pas sentis trahis». Le CIO, lui, ne l’a pas encore vu. «Les plus hautes sphères olympiques sont au courant mais n’en savent pas vraiment plus. Pour le CIO, c’est sans doute déjà du passé, et c’est peut-être là que ça devient intéressant.» Aux yeux du cinéaste, la première à Locarno revêt une importance particulière. «Ma mère vient du Tessin et c’est à Locarno que j’ai présenté mes premiers films. Pendant le tournage, mon cameraman me demandait parfois de regarder dans le viseur pour lui dire si ça me convenait ou pas. J’essayais alors de m’imaginer cette image projetée sur l’écran à Locarno. C’était un peu le rêve, l’objectif ultime!»

Premiers films sous les dorures

Aiguillonné par la curiosité, le soussigné, sitôt arrivé à Locarno, a rallié le PalaCinema. Inauguré au premier jour de la manifestation, il a fière allure et frappe par l’ampleur de ses espaces, intérieurs comme extérieurs, et sa structure supérieure dont les moirures dorées rappellent les taches mouvantes de la robe du léopard. Dessiné par les architectes espagnol Alejandro Zaera-Polo et tessinois Dario Franchini, qui ont réhabilité un bâtiment de la fin du 19e, le palais du cinéma version locarnaise est bel et bien l’écrin dont avaient rêvé maints directeurs du festival.

Reste à y voir des œuvres méritant ses dorures. Sur ce plan, nous avons été séduits par le film présenté en ouverture sur la Piazza Grande. Septième long-métrage de Nomie Lvovsky, «Demain et tous les autres jours» décrit la lutte obstinée d’une petite fille pour garder à tout prix sa mère auprès d’elle, alors que celle-ci est guettée par la déraison. A la frange du conte fantastique, la cinéaste réussit à restituer la psyché mystérieuse de l’enfance (en salles dès le 27 septembre).

Las, nous n’en écrirons pas autant des deux premiers films présentés en compétition internationale qui ont plutôt déçu. Description de la relation de dépendance qui lie deux frères trimant dans une mine, «Vinterbrødre» du jeune cinéaste danois Hlynur Pálmason peine à convaincre. Idem pour «Freiheit» de l’Allemand Jan Speckenbach, déconstruction laborieuse de l’échappée (pas toujours) belle d’une avocate mariée et mère de famille… Mais le meilleur est sans doute à venir! vad


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top