19.04.2017, 00:01  

«Un ami s’est fait enlever par son père»

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 19.04.2017, 00:01   «Un ami s’est fait enlever par son père»

«UNE VIE AILLEURS» - Isabelle Carré joue une mère qui tente de récupérer son enfant, Ramzy un assistant social. Inattendu, le duo porte un film sensible signé Olivier Peyon. Entretien.

Producteur, notamment sur des films d’Idrissa Ouedraogo, Olivier Peyon a réalisé sa première fiction en 2007, «Les petites vacances», un portrait de femme intimiste avec Bernadette Lafont. Le cinéaste français s’est ensuite illustré avec «Comment j’ai détesté les maths», son premier long-métrage documentaire, Il revient avec «Une vie ailleurs». Rencontre.

Olivier Peyon, qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser «Une...

Producteur, notamment sur des films d’Idrissa Ouedraogo, Olivier Peyon a réalisé sa première fiction en 2007, «Les petites vacances», un portrait de femme intimiste avec Bernadette Lafont. Le cinéaste français s’est ensuite illustré avec «Comment j’ai détesté les maths», son premier long-métrage documentaire, Il revient avec «Une vie ailleurs». Rencontre.

Olivier Peyon, qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser «Une vie ailleurs»?

J’avais deux envies. La première, c’était l’Argentine. Même si j’ai finalement tourné en Uruguay, je cherchais une idée de film à tourner là-bas. La deuxième envie, c’est un fait divers: un ami très proche s’est fait enlever par son père lorsqu’il était tout petit. Deux ans après, sa mère a retrouvé sa trace et a envoyé un ami pour le «contre-enlever». Dans mon film, ce n’est pas un ami, mais un assistant social, et les choses ne se passent pas du tout comme prévu. Dans la vraie vie, ils ont repris l’enfant et sont tout de suite repartis. Il avait été kidnappé par son père et caché en Suisse…

Comment vous êtes-vous documenté à propos des «contre-enlèvements»?

En France, il y a deux services qui s’occupent de ça aux ministères de la Justice et des Affaires extérieures. Il n’y a pas énormément d’affaires comme celle-ci en Amérique du Sud, beaucoup plus en Allemagne et au Canada, peut-être parce qu’il y a plus de couples binationaux. En Uruguay, j’ai rencontré une mère française restée sur place parce que ses enfants ne pouvaient pas être séparés de leur père. Plusieurs de ses répliques sont dans le film.

Ce genre de fait divers est-il plus courant qu’on ne le pense?

Il y en a régulièrement, mais dans 90% des cas, cela se règle rapidement. Lorsqu’un parent enlève son enfant, il finit par réaliser qu’il n’en a pas le droit et le rend. Après, il reste 10% des cas où ça se passe mal. Ce sont des affaires délicates, parce qu’il y a non seulement une rivalité entre le père et la mère, mais aussi au niveau des systèmes judiciaires des différents pays. Ça dépasse la justice pour toucher à la fierté nationale. Et plus le temps passe, plus l’enfant s’installe dans une nouvelle vie et plus c’est dur de le faire revenir dans son ancien pays, parce que c’est le droit de l’enfant qui prime. C’est pour ça que le personnage interprété par Isabelle Carré veut le «contre-enlever»: elle n’a plus confiance et elle sait qu’une procédure légale prend des plombes.

Votre caméra est très mobile. Pourquoi ce choix?

Dès le départ, j’ai souhaité quelque chose de fluide et organique, proche des personnages. Ramzy et Isabelle Carré n’avaient pas l’habitude de tourner aussi vite. Ils devaient tout le temps être prêts à jouer. On a pu se servir du soleil, qui est particulier en Uruguay parce qu’on est proche de l’équateur. C’était important qu’une atmosphère chaleureuse contrebalance cette histoire, qui peut paraître dure. On a calé toute l’organisation du tournage en fonction de la lumière, pour aller vite et obtenir une cohérence artistique.

A travers l’assistant social, vous rendez justice à un métier peu reconnu…

Oui, c’est un métier que j’admire beaucoup. Dans le scénario, il y avait des scènes très explicatives, notamment sur le système légal. J’ai décidé de les enlever au montage pour laisser du mystère et faire confiance au spectateur. Le personnage joué par Ramzy se sent impuissant. Comme beaucoup d’assistants sociaux, il a l’impression que ce qu’il fait ne sert à rien. C’est pour ça qu’il décide d’aider cette mère, tout en sachant qu’il n’en a pas le droit.

Contre-enlèvement et contre-emploi

Arrivée en Uruguay en compagnie de son assistant social Mehdi (Ramzy Bedia), Sylvie (Isabelle Carré) entend bien y retrouver son fils, enlevé il y a quatre ans par son ex-mari, et le «contre-enlever» en passant illégalement en Argentine. Medhi, qui sait bien les difficultés d’une telle situation, tente d’arranger les choses et parvient à prendre contact avec l’enfant, qui vit avec sa tante et sa grand-mère…

Inspiré d’un fait divers, «Une vie ailleurs» est un drame familial intimiste, qui aborde avec délicatesse les relations de filiation et l’amour maternel. Tourné caméra à l’épaule sous la lumière chaleureuse de l’Amérique du Sud, le film rend très bien le trouble et la perte de repères de ses personnages, toutes et tous aux prises avec une situation qui les dépasse et dont ils ne sont pas responsables. Grâce à Isabelle Carré, toujours parfaite dans ce genre de rôles, et Ramzy, qui se révèle excellent à contre-emploi, le réalisateur Olivier Peyon réussit le pari d’aborder avec réalisme et sincérité les multiples enjeux du sujet, sans jamais tomber dans le mélo tire-larmes. rch

d’Olivier Peyon, avec Isabelle Carré, Ramzy Bedia, Maria Dupláa… Durée: 1h36. Age légal/conseillé: 10/16


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