27.07.2017, 00:01  

«Il a vraiment un ton, décalé»

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 27.07.2017, 00:01   «Il a vraiment un ton, décalé»

CINÉMA - Jean-Claude Mézières apprécie «Valérian et la cité des mille planètes».

En visite au Nifff (Neuchâtel international fantastic film festival) début juillet, Jean-Claude Mézières, créateur dès 1967 avec Pierre Christin des BD de Valérian et Laureline, nous a confié son sentiment sur l’adaptation cinématographique qu’en a tiré Luc Besson. Charmant, lucide et un brin caustique, le génial dessinateur ne se montre pas avare de compliments sur le film le plus...

En visite au Nifff (Neuchâtel international fantastic film festival) début juillet, Jean-Claude Mézières, créateur dès 1967 avec Pierre Christin des BD de Valérian et Laureline, nous a confié son sentiment sur l’adaptation cinématographique qu’en a tiré Luc Besson. Charmant, lucide et un brin caustique, le génial dessinateur ne se montre pas avare de compliments sur le film le plus coûteux de l’histoire du cinéma français, à découvrir en salles depuis hier.

Jean-Claude Mézières, quel est votre rapport au cinéma?

Christin et moi, sommes incontestablement des cinéphiles. Mais pour les petits banlieusards que nous étions à l’époque, la réalisation était inabordable, alors nous avons fait notre cinéma de papier qui avait quand même de la gueule! Et il se trouve qu’on a eu un petit lecteur du nom de Luc de Besson, dix ans à l’époque (rires). Mes idées et mes images m’ont rarement été inspirées par le cinéma. Le dessin, c’est de la suggestion, tandis que le cinéma c’est là, ça montre. C’est très différent!

Avant que vous ne collaboriez avec Luc Besson, George Lucas vous a un peu pillé…

Dans le premier «Star Wars», il n’y avait pas de quoi hurler. Par contre, à la sortie du deuxième, c’est devenu plus flagrant: ah tiens, c’est marrant, ce machin dans la carbonite ou ce mec qui dévoile ses brûlures en retirant son casque, et un tas d’autres petits trucs… Alors j’ai écrit à Lucas. Pas de réponse, ni de lettre en retour non plus, rien! Du coup, j’ai profité d’un numéro de «Pilote», intitulé «BD et cinéma», pour faire le dessin où l’on voit Han Solo et princesse Leia face à Laureline et Valérian dans un bar. Les premiers disent: «Comme c’est amusant de nous rencontrer ici!» et les seconds rétorquent: «Oh, nous sommes des habitués de cette boîte depuis longtemps!». Si ce dessin a fait le tour du monde, je n’ai jamais eu aucune nouvelle de Lucas. Mais des copains américains qui ont travaillé chez lui m’ont dit que nos albums traînaient dans le coin.

Comment avez-vous fait la connaissance de Luc Besson?

Ça remonte à vingt-cinq ans. Besson m’a demandé de travailler sur «Le cinquième élément». Il avait écrit son scénario, mais il n’avait aucun visuel. Or on ne peut bâtir un film de ce genre sans avoir de dessins qui donnent une idée de l’ambiance souhaitée. On était dix dessinateurs, dont Moebius, alias Jean Giraud, à plancher sur des idées, à réagir… On illustrait des séquences du scénario en se disant qu’on les verrait bien comme ci ou comme ça! Besson choisissait après coup et nous faisait ses remarques par rapport aux possibilités de la mise en scène et aux angles de prises de vues.

Vous n’avez pas travaillé sur l’adaptation de «Valérian», pour quelle raison?

Un jour, mon éditeur m’apprend que Besson veut prendre une option sur les droits de «Valérian». Avec Christin, on s’est dit que s’il y avait bien un mec capable de faire ce film, c’était lui… Alors, on l’a laissé tout faire (rires). Pendant quatorze ans, Besson a renouvelé l’option, jusqu’au jour où il nous a donné vingt-quatre heures pour lire le scénario et lui dire ce qui nous convenait ou pas. On lui a fait quelques petites remarques… Plus tard, nous sommes allés quelquefois sur le tournage, où Besson nous a toujours bien accueillis, avec une tendresse quasi filiale.

Vous avez vu le film de Besson, avez-vous retrouvé un peu de votre univers?

Pas un peu, beaucoup! Son adaptation, qui raconte l’histoire à sa manière, avec une totale liberté, est très proche de notre BD, mais sans que ça soit une imitation scolaire. Il a restructuré le récit selon de nouvelles idées qui sont souvent excellentes. Je pense que le film a vraiment un ton, je ne dirais pas franchouillard, mais décalé. Je crois qu’il arrive au bon moment… Y en a marre des moulinettes Marvel et compagnie, où on sait dès le départ qui est bon, qui est méchant et qui va gagner! Dans «Valérian», les Terriens n’ont pas le beau rôle et j’attends de voir ce que le public américain va en penser. Ça promet d’être intéressant.

INFO +

«Valérian et la cité des mille planètes», Neuchâtel, Arcades; La Chaux-de-Fonds, Plaza. Avec Carla Delevingne, Dane DeHan, Clive Owen, Rihanna, Alain Chabat…

Une adaptation qui tient la route

L’on ne donnera pas tort à Jean-Claude Mézières! L’adaptation cinématographique des aventures de Valérian et Laureline par Luc Besson est plutôt réussie, à l’exemple de la séquence d’ouverture qui retrace le développement de la mégapole Alpha, gigantesque agglomérat de civilisations initié, à l’origine, par l’arrimage des navettes Apollo et Soyouz.

Optant pour une légèreté de ton qui le situe à des années-lumière des raideurs manichéennes de la galaxie Marvel, le réalisateur de «Lucy» restitue de façon convaincante l’univers foisonnant de diversité sorti des imaginaires un brin libertaires de Christin et Mézières.

Avec une jubilation perceptible, Besson complète leur bestiaire déjà haut en couleur en ajoutant aux Shingouz, Groubos et autre transmuteur grognon, quelques créatures de son cru, dont une sublime glamopode qui s’approprie l’enveloppe corporelle sinueuse de Rihanna…

Bref, le «Valérian» de Besson l’emporte haut la main sur les dernières et sinistres moutures de «Star Wars»… Las, il semble que le public américain ne partage pas notre engouement. Sorti aux Etats-Unis il y a une semaine, le film a connu un démarrage mitigé!


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