18.05.2017, 00:01  

«Je n’ai rien écrit par hasard»

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JOËL JENZER - Le Valaisan publie un premier roman. «Enflammés» suit l’enquête d’un jeune journaliste sur les traces d’une secte incendiaire et d’une femme fatale. Rondement mené.

Un jour d’octobre 1974, réveillé par l’appel de son rédacteur en chef, Marc Verner est sommé de se rendre fissa à l’interview d’un artiste peintre. Puis, troublé par ce personnage énigmatique, il apprend dans un restaurant qu’un incendie fait rage. Dans l’espoir d’être le premier journaliste, il se précipite sur les lieux, avant de se rendre compte qu’il n’a pas de pellicule dans son appareil photo. Plus tard, il apprend que ce crime sinistre qui a fait plusieurs victimes est le fait d’une secte.

Le soir même, au vernissage de Francis Lüger, il rencontre une belle jeune femme. Mais pourquoi lui ment-elle à propos de sa relation avec Lüger? Avec «Enflammés», le journaliste culturel du «Nouvelliste» livre un roman policier bien ficelé, à lire pas trop près du feu, mais pourquoi pas au bord de la piscine. Interrogatoire.

Comment l’idée de ce livre est-elle venue?

Ce qui est étonnant avec ce livre, c’est qu’il sort maintenant alors que sa première mouture a été écrite en 1995, deux mois après les événements du Temple solaire à Cheiry (FR) et à Salvan (VS). A la base, je voulais écrire un scénario. J’étais à Paris pour faire un stage que je n’ai finalement jamais fait. Je me suis imaginé un journaliste qui s’ennuie et fait sa propre enquête. C’était deux ans avant que je devienne stagiaire au «Nouvelliste».

Et vous avez repris cette première mouture?

Oui, après, elle a beaucoup changé. A l’époque, je l’avais écrit dans des fast-foods, c’est plus pratique que dans les cafés où on doit sans cesse recommander une boisson. Tous ceux qui ont relu le texte n’aimaient pas la fin. Il y a une année, on m’a suggéré de décaler les événements en 1974 pour prendre de la distance avec les faits réels. Par rapport aux preuves, ça m’arrangeait que les techniques actuelles, du genre de la série des «Experts», n’existaient pas. Il n’y a pas les ordinateurs ni les caméras, ce qui donne un aspect vintage à mon roman. Donc, le livre a pas mal changé.

Pourtant, la langue et la structure de votre livre sont fluides.

Pour la structure, j’avais toute une trame avec les moments où les différents indices seraient révélés avant d’écrire, parce que je savais comment l’histoire allait se terminer. L’idée de la fin n’a pas changé, mais elle est moins abrupte, et il y a une cabine téléphonique à la place du téléphone portable. Pour tout le livre, j’ai remonté le temps de vingt ans, donc à la place d’une Ford Fiesta, j’ai mis une Ford Capri, et une machine à écrire à la place d’un ordinateur, par exemple.

Et donc l’idée de l’intrigue vient du drame de l’ordre du Temple solaire?

Oui, elle m’est venue quand j’ai lu l’affaire dans les journaux comme tout le monde. Bien sûr, il y avait une part macabre et triste, mais aussi une part de mystère. Est-ce que tout le monde était mort? De plein gré ou pas? Je ne sais même pas si on a résolu l’histoire aujourd’hui. A l’époque, j’avais justement envie d’écrire une enquête policière, et je suis parti de ça. Je me suis demandé si un journaliste aurait trouvé plus d’indices que la police.

Est-ce que vous lisez beaucoup de romans policiers?

Non. Je suis plus inspiré par le cinéma, les thrillers, les enquêtes policières. Souvent, je me dis que l’intrigue ne tient pas la route. C’est pour ça que j’ai d’abord écrit un synopsis très précis. Pour le roman, je voulais que le lecteur n’en sache ni plus ni moins que le personnage, mais je ne voulais pas écrire «je», parce que ça me semblait une solution de facilité. J’ai donc écrit à la troisième personne. Ce qui m’énerve souvent, ce sont les descriptions gratuites, donc je n’ai décrit que les personnages que le journaliste rencontre, mais pas ceux qu’il côtoie quotidiennement et dont il connaît déjà l’apparence. Idem pour les lieux. Je n’ai rien fait par hasard.

Est-ce que votre expérience du journalisme et celle de votre personnage se ressemblent?

J’ai écrit ce livre deux ans avant de devenir journaliste, donc je m’étais projeté. En lisant des comptes rendus d’assemblée, je me disais que je m’ennuierais peut-être en faisant ce métier. Effectivement, quand j’étais à la rubrique locale, mon expérience n’était pas très lointaine de celle de mon personnage. Mais son rapport avec son chef, je l’ai imaginé. C’est presque caricatural, j’ai dû voir ça dans une série, ce personnage paternaliste qui dirige un journal beaucoup plus petit que «Le Nouvelliste», pris dans les magouilles et les traditions de la région pour préserver son journal.

«Enflammés», 180° Editions, 272 pages, 23 francs

Dédicace samedi 20 mai de 14 h 30 à 16 h chez Payot à Sion.

Trois bonnes raisons de lire «Enflammés»

Suspense Meurtre ou suicide? La belle Marielle est-elle en danger? Ou dangereuse? Quand Marc s’interroge, nous aussi. Et quand il tremble, nous aussi, grâce au point de vue unique adopté par Joël Jenzer.

Personnages Certains frisent la caricature, mais ils n’en sont que plus pittoresques.

Efficace Une écriture fluide, qui fait tourner les pages.


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