18.03.2017, 00:01  

«L’inspiration vient à moi,je ne la cherche pas»

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Noëlle Revaz, un style, une force de création et une aura qui grandissent sans cesse.

 18.03.2017, 00:01   «L’inspiration vient à moi,je ne la cherche pas»

LIVRE - Noëlle Revaz sort un recueil de nouvelles où se mêlent violence et tendresse.

La directrice d’un orphelinat doit s’absenter un instant, laisse ses petits livrés à eux-mêmes, et l’instant se prolonge. Un fils joue au mariage avec sa mère alors qu’une jeune fille naïve attend que son futur mari se présente à elle. Par contre, les poupées n’attendent rien de spécial, enfin une petite fille laisse son esprit s’évader, imaginer qu’elle est...

La directrice d’un orphelinat doit s’absenter un instant, laisse ses petits livrés à eux-mêmes, et l’instant se prolonge. Un fils joue au mariage avec sa mère alors qu’une jeune fille naïve attend que son futur mari se présente à elle. Par contre, les poupées n’attendent rien de spécial, enfin une petite fille laisse son esprit s’évader, imaginer qu’elle est une hermine blanche, et donne son titre au recueil. Vingt-neuf nouvelles qui parlent de la relation homme – femme, de l’enfance, qui prennent des allures de contes ou les revisitent, toujours dans un style différent, parce qu’ écrites entre 1996 et 2006, parfois pour la radio puis le théâtre, parfois pour le plaisir, parce que l’écriture de Noëlle Revaz a évolué, et parce que «trouver la bonne forme, c’est aussi coller le plus possible au propos, et que l’intention du texte modèle les mots».

La cruauté de vos nouvelles m’a frappée.

Ce n’est pas la première fois qu’on me le dit. Cela me surprend beaucoup, parce que c’est un mot fort. Je vois plutôt des personnages dans une situation particulière, comme ça nous arrive à tous, et qui essaient de la gérer. A quelle nouvelle pensez-vous?

Je pense à «L’écureuil», où un grand-père et son petit-fils abrègent les souffrances d’un écureuil avant de commettre un acte encore plus terrible.

Je ne dirais pas cruel, plutôt violent. Dans la cruauté, il y a une notion de méchanceté volontaire qui n’est pas le propre de mes personnages. Ils ont souvent un côté innocent et sont en proie à la violence de la vie, parce que la vie est violente et donc leur réponse est violente. Malgré cela, certains personnages vivent la douceur, qui vient peut-être en contrepoint à une violence sourde ou à une menace. Dans la dernière nouvelle, l’enfant vit quelque chose de magnifique avec sa grand-mère.

Où trouvez-vous l’inspiration?

Je dirais qu’elle vient à moi. Je ne la cherche pas. Ce sont des mots qui arrivent, des personnages, des ambiances ou des situations qui me touchent, que j’ai envie d’étudier. J’ai envie de voir comment ces situations se développent, et c’est toujours une surprise. Mes deux premiers romans sont des nouvelles qui ont grandi. «A la ferme» n’est pas vraiment devenu «Rapport aux bêtes», parce que ces textes sont tout de même devenus différents, mais c’est comme si je m’approchais de la campagne. Le nom de Georges est resté, la nouvelle est comme un embryon du roman. Pour «Efina», je pensais écrire une petite nouvelle sur le lien entre une spectatrice et un comédien, et elle a grandi.

Et la nouvelle «Marie», où toutes les sœurs s’appellent Marie, quelle situation raconte-t-elle?

Marie est un texte particulier pour moi, parce qu’il est un peu autobiographique, mais pas tout à fait. J’ai trois prénoms, et le deuxième est Marie, comme plusieurs de mes sœurs. Je suis partie de cette idée pour raconter une histoire d’enfant. Toutes ces Marie sont très proches, et voient que leur mère n’est plus proche de ses Marie à elle. Cette nouvelle interroge le passage à l’âge adulte, comment on arrive à être soi-même et à se détacher de l’entourage proche. C’est un peu le même thème que «Les enfants». Ils doivent se débrouiller seuls. Cette nouvelle interroge l’amour filial. Est-ce que ça dure? Est-ce qu’on peut se passer de l’amour des parents? C’est ce que tout le monde vit: on se détache des parents. Je montre ce cheminement. Mais les parents peuvent ne pas aimer comme ils voudraient, il y a un empêchement. C’est le thème de l’abandon et de la séparation, qu’on retrouve dans d’autres nouvelles.

Comment l’expliquez-vous?

Eh bien, je ne l’explique pas! J’ai eu beaucoup de peine à composer ce recueil, parce que je trouvais que les textes étaient très étrangers les uns aux autres, et maintenant je vois qu’ils ont des thèmes voisins.

Pourquoi certains narrateurs sont-ils pluriels, comme dans la nouvelle où toutes les femmes parlent à tous les hommes?

Quand on écrit, on recherche son identité. On se met dans des rôles, on dit «je» à la place de quelqu’un. Quand je dis nous, c’est une identité plus flottante et plus vaste que j’essaie d’embrasser. J’ai grandi dans une grande famille, nous étions neuf, donc je connais la sensation d’un grand groupe. J’ai essayé une identité plus vaste, plus générale et moins personnelle, au lieu d’un petit je.

INFO +

A lire: «Hermine blanche et autres nouvelles», Noëlle Revaz,Gallimard, 286 pages. A voir: «Les trois petits cochons» de Noëlle Revaz, théâtre du Pommier les 18 mars à 17h, le 19 à 11h (dès 5 ans).


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