19.05.2017, 00:01  

Le corps d’une putain comme impossible rêve américain

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Dans la pièce, Jean-Pierre Gos incarne le père, un mendiant nommé Hoyamer, et Yves Jenny joue son fils, Hoyamal, vivant lui aussi dans la rue.

 19.05.2017, 00:01   Le corps d’une putain comme impossible rêve américain

Par Lola le testu

NEUCHÂTEL - Benjamin Knobil met en scène la dernière pièce d’Hanokh Levin.

C’est une histoire de chair fanée, de solitude et d’espoir. De désir aussi, et de haine, un peu. «C’est une histoire de famille» précise Benjamin Knobil, le metteur en scène de «La putain de l’Ohio», pièce grinçante et poétique jouée jusqu’à dimanche au théâtre Tumulte, à Neuchâtel. Pour Benjamin Knobil, «cette pièce est absolument sans concession». «La putain de...

C’est une histoire de chair fanée, de solitude et d’espoir. De désir aussi, et de haine, un peu. «C’est une histoire de famille» précise Benjamin Knobil, le metteur en scène de «La putain de l’Ohio», pièce grinçante et poétique jouée jusqu’à dimanche au théâtre Tumulte, à Neuchâtel. Pour Benjamin Knobil, «cette pièce est absolument sans concession». «La putain de l’Ohio», créée en 1997, est la dernière œuvre du dramaturge israélien Hanokh Levin. «Quand il écrit, Levin est déjà malade, il a un cancer des os. Alors il n’a pas pris de gants. C’est une pièce humaine, qui parle de la vie et de la mort, avec un humour fou. Pour moi, c’est sa meilleure pièce, elle est certes crue, mais surtout touchante et drôle».

Dans «La putain de l’Ohio», on est clochard de père en fils. A l’aube de ses 70 ans, le père, interprété par Jean-Pierre Gos, choisit de s’offrir une prostituée, jouée par Zina Balmer. Malheureusement, le vieux est lâché par son corps flétri. Généreux, il décide de refiler la passe à son fils. S’ensuivent des engueulades en cascades et des réflexions sur la vie qui flirtent avec la philosophie. «Ce qui me touche, c’est que c’est l’histoire d’un père et d’un fils qui se retrouvent» explique Benjamin Knobil. A ce trio ne manque qu’un personnage, la pute américaine, une autre prostituée qui est, elle, absente de la scène: «La putain de l’Ohio, c’est une femme et c’est surtout un rêve. Le rêve d’une société où tout est gratuit». Avec un rire, le metteur en scène lausannois ajoute: «C’est là tout l’humour incroyable de Hanokh Levin, de dire que ce rêve inaccessible et impossible, en réalité, c’est une pute».

Entre obscénité et humour

Ce rêve inaccessible, c’est une lueur d’espoir pour les personnages plongés dans une violence exacerbée. Mais Benjamin Knobil souligne qu’il s’agit ici d’une violence de situation, indirecte: «On reste dans un théâtre de texte. D’une seconde à l’autre, on a la larme à l’œil, on est saisi de stupeur.»

Rangée dans la catégorie des comédies crues d’Hanokh Levin, la pièce oscille entre obscénité crasse et humour décapant, désarmant. «Il faut que la pièce soit drôle, vulgaire, crue, sans être dérangeante pour le spectateur. C’est cet équilibre qui a été difficile à trouver. Il y a dans cette pièce un humour jubilatoire qui en renverse toute la crudité.»

Dans ce huis clos sur le fil, le metteur en scène a pu compter sur ses acteurs, Zina Balmer, qui a été la première à lui parler de la pièce, Yves Jenny et Jean-Pierre Gos. «J’ai trois extraordinaires comédiens, donc tout est allé très vite», lâche Benjamin Knobil. «Avec Zina, on a tout de suite pensé à Yves Jenny et à Jean-Pierre Gos pour les rôles». Au point d’attendre une année que ce dernier termine sa tournée avec la pièce «La mouette», mise en scène par le célèbre Thomas Ostermeier. «Jean-Pierre Gos, c’est quand même un trésor national!» précise Knobil.

Si le metteur en scène devait résumer la pièce en une phrase, ce serait: «Comment vivre dans la rue avec une société économique qui broie les hommes». Hanohk dépeint une société impitoyable. Le dramaturge s’est toujours soulevé contre la bien-pensance de son pays. Une révolte qui est toujours d’actualité d’après Benjamin Knobil. «Le conformisme, c’est tout ce que la société actuelle met sous le tapis, comme la vieillesse avec la déliquescence du corps, le rapport à la mort, à la tristesse et au désir. C’est cela que Hanokh Levin dénonce en mettant en avant une humanité médiocre et pourtant touchante.»

INFO +

Neuchâtel - Serrières, théâtre Tumulte, vendredi 19 et samedi 20 mai à 20h30, dimanche 21 mai à 17h. Réservations: 032 725 76 00 et theatre@tumulte.ch


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