16.03.2017, 00:01  

Les héros volants prennent la plume

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Par Joël Jenzer

BERTRAND PICCARD ET ANDRÉ BORSCHBERG - Ils ont parcouru 43

Porté par l’énergie solaire, sans apport de carburant, Solar Impulse a marqué les esprits. En juillet 2016, ce drôle d’avion a bouclé un tour du monde par étapes, qui a duré plus d’une année, après treize ans de préparatifs, de doutes, d’espoirs, de revers et de succès.

Bertrand Piccard et André Borschberg, les deux pionniers, pilotes tour à tour de cet engin à une seule place, ont encore uni leurs efforts pour rédiger «Objectif soleil», un livre dans lequel ils racontent cette histoire incroyable, dévoilant jusqu’à leur rivalité durant cette longue aventure.

Aujourd’hui bien assis sur terre, André Borschberg, pilote de chasse, ingénieur et cofondateur de Solar Impulse, et Bertrand Piccard, initiateur du projet, psychiatre et explorateur bien connu, évoquent cet ouvrage, dont ils se sont partagé la rédaction, comme ils l’ont fait avec le siège de leur avion.

Ecrire, une activité nouvelle pour André Borschberg, peu habitué à l’exercice, contrairement à son collègue Piccard, qui, en as de la communication, résume l’affaire d’une formule: «L’ingénieur est devenu écrivain et le pilote de ballon est devenu pilote d’avion!»

L’aventure de l’intérieur

Bertrand Piccard a très vite saisi l’enjeu d’un tel ouvrage: «On s’est dit: il faut qu’on écrive un livre qui étonne le lecteur, parce que raconter une histoire qui est déjà relatée dans les médias, ce n’est pas intéressant.» Les deux aventuriers ont donc décidé de dévoiler des choses sur eux-mêmes, sans masquer leurs côtés plus sombres. Bertrand Piccard: «Se livrer complètement est la seule manière de se rapprocher du lecteur. Si on lui montre qu’on fait une aventure glorieuse, lisse, et qu’on fait croire que c’est facile, on passe pour des surhommes, qui sont distants du lecteur.»

En pilote de chasse chevronné, André Borschberg use d’une métaphore parlante pour illustrer le sens de ce livre: «Les gens connaissent ce que les médias ont traduit de cette histoire, les moments forts, le lancement du projet, la présentation du premier avion, le premier vol de vingt-quatre heures, le deuxième avion, le départ du tour du monde, l’arrivée… Donc, vous voyez les sommets des montagnes, ce qui émerge. Mais entre les sommets, il y a des vallées. Et comme le projet se vit de l’intérieur, il se vit dans les vallées. Et les vallées, c’est quoi? C’est les problèmes, les obstacles, les difficultés. Il fallait avoir suffisamment d’énergie pour, du fond de la vallée, remonter au sommet, redescendre au prochain problème… C’est ça que l’on montre dans le bouquin.»

Rivalité dévoilée

Ce qui surprend à la lecture du livre, c’est que les deux auteurs n’ont pas hésité à parler de leur rivalité, qui est ressortie parfois de façon très nette au cours de leur longue aventure. «Pour nous, c’était fondamental d’en parler», explique Bertrand Piccard. «C’est cette rivalité-là qui nous a permis de nous améliorer. Ce que nous avons compris dans cette histoire, c’est que quand vous êtes en rivalité avec quelqu’un, il ne s’agit pas d’essayer d’être meilleur que l’autre, il s’agit d’être meilleur que soi-même. Donc, j’ai progressé grâce à André, et André a progressé grâce à moi, et, tous les deux, depuis quatorze ans maintenant qu’on se connaît, on a été complètement changés par l’influence de l’autre.»

André Borschberg abonde dans ce sens, faisant référence au fait qu’il n’y avait qu’une seule place dans l’avion. «Je pense que tous les deux, nous nous sommes rendu compte que donner la possibilité à l’autre de se réaliser, c’était maximiser les chances de succès.»

Un projet de société

Au-delà de l’aventure humaine et de l’exploit de réaliser un tour du monde sans carburant, la mission Solar Impulse s’inscrivait dans un projet de société visant à démontrer qu’il est possible de développer les technologies propres. Aujourd’hui, plus d’un an après l’exploit, les retombées, selon Bertrand Piccard, sont énormes: «Je donne beaucoup de conférences pour des institutions, l’Agence internationale de l’énergie… toutes ces institutions qui essaient de faire bouger la société, et Solar Impulse a une place à part entière là-dedans.»

«Avant d’être solaire, Impulse est électrique. Et Airbus fait la même chose en traversant la Manche avec un avion électrique», renchérit André Borschberg. «Cela montre leur détermination d’entrer dans ce domaine-là. Les technologies auxquelles on a pensé il y a quinze ans sont les technologies qui sont maintenant dans les plans de développement des grandes industries aéronautiques.»

«Objectif Soleil», Editions Stock, 356 pages, Fr. 29.60


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