19.05.2017, 00:01  

«Ma culture de la chanson française est déglinguée»

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 19.05.2017, 00:01   «Ma culture de la chanson française est déglinguée»

Par olivier Nuc

BENJAMIN BIOLAY - Avec «Volver», le chanteur, arrangeur et acteur français donne une suite moins solennelle à «Palermo Hollywood», sorti l’an passé.

Un an après «Palermo Hollywood», le chanteur livre «Volver», un disque plus touffu, qui prouve que l’artiste n’est pas prêt à être rangé dans une case, aussi prestigieuse soit-elle.

«Volver» n’est pas vraiment la suite de «Palermo Hollywood»?

Non, mais il y a un socle commun entre les deux albums: les chansons que j’ai laissé reposer. Il y en a...

Un an après «Palermo Hollywood», le chanteur livre «Volver», un disque plus touffu, qui prouve que l’artiste n’est pas prêt à être rangé dans une case, aussi prestigieuse soit-elle.

«Volver» n’est pas vraiment la suite de «Palermo Hollywood»?

Non, mais il y a un socle commun entre les deux albums: les chansons que j’ai laissé reposer. Il y en a que je n’ai pas retouchées, comme «Volver» ou «La mémoire», et d’autres qui ont beaucoup changé. Il y a aussi deux ou trois nouvelles que j’ai écrites entre la Toscane et Rome.

Il s’agit d’un album plus léger et plus spontané. Pourquoi?

«Roma» (Amor), c’était le prétexte pour faire un truc avec mes amis Illya Kuryaki & The Valderramas, des rappeurs argentins. Autrefois, je ne me serais jamais permis de sortir une chanson comme «Hypertranquille». Il ne s’agit pas de ma première tentative, j’ai presque un album entier de musique urbaine. C’est une forme que j’adore pour me défouler dans l’écriture.

«Hypertranquille» suscite beaucoup de commentaires…

Oui, les gens me disent: «Il y en a une, franchement, monsieur Biolay…» J’ai aussi des amis qui m’ont déconseillé de la laisser sur l’album. C’est une chanson débilissime mais cool. C’est une autre ambiance. J’ai toujours adoré les effets sur les voix. Cette chanson me fait penser à Doc Gynéco, dont le premier album reste un classique.

Vous semblez vous être affranchi de ce qu’on pense de vous…

C’est dans mon ADN musical: il y a des malentendus qui se règlent quelques années après, qui sont incontrôlables quand on est aussi agité que moi musicalement. Il n’est pas question pour moi de refaire «La Superbe» un jour, ce serait ennuyeux. Le critère esthétique et le côté bien comme il faut sont de moins en moins présents dans mon cahier des charges. Après «La Superbe», je ne voulais plus faire de trucs chiadés. Ça met une distance entre toi et les gens, ça crée un mur artificiel.

Un album par an, le rythme idéal?

J’aimerais pouvoir sortir huit ou dix chansons tous les ans, comme les artistes urbains, ce serait une superhygiène. J’admire quelqu’un comme Alain Souchon pour sa fraîcheur et son amour de la chanson. J’ai peur de le perdre. Et puis ma culture de la chanson française est très empirique. Je me rattrape comme je peux mais je dois avouer que Barbara, je connais trois tubes seulement. Je viens de découvrir ce qu’a fait Véronique Sanson sur ses premiers albums, ç’a été une claque énorme. Je suis très content d’avoir une culture déglinguée de la chanson française. En dehors du classique, je me suis fait ma culture musicale à partir de l’âge de 12 ans avec mon cousin Stéphane. Il y avait une émission de radio à Lyon qui passait The Smiths, Lords of the New Church aussi bien que les Beastie Boys ou 2 Live Crew.

Cette légèreté nouvelle est-elle synonyme de plaisir?

Elle nécessite plus de plaisir et plus de travail aussi, notamment en matière de textes. J’ai sué sang et eau sur ces chansons, comme un peintre qui galère sur le bleu du ciel. Une chanson pas finie, ça s’entend tellement! Dans le passé, j’en ai laissé filer certaines pour ne pas devenir fou, ne pas m’abîmer pour rien. Il existe plusieurs catégories de chansons: les chefs de clan, les loseuses, les moutons et les passe-plats. Assembler un album, c’est comme faire le montage d’un film.

Pourquoi avoir repris «Avec le temps», de Ferré?

Ça faisait longtemps que j’avais envie de la chanter. J’aime bien les choses un peu mensongères. Elle finit quand même par un énorme mensonge: «A la fin on n’aime plus», alors qu’il a passé quatre minutes à expliquer qu’il était fou d’elle! Je pense que Léo a galéré sur la fin. Ce mensonge est la plus belle déclaration d’amour qui soit. Je me souviens d’une superbe version d’Henri Salvador, en concert. La chanson le dépassait complètement. Elle est plus grande que tout le monde. On entend les mouettes de Paris sur ma version, ça m’a fait penser à l’île de Léo.

Vous semblez plus sensible au temps qui passe sur les textes du disque. Pourquoi?

La disparition d’Hubert (ndlr: Mounier, en mai dernier) m’a beaucoup atteint. Nous n’avions que dix ans d’écart… C’était un jeune homme qui portait encore les stigmates de l’enfance. Je me suis dit: «Ce n’est pas possible que ça aille aussi vite.» Et puis je voulais le remettre en selle, qu’il refasse un disque d’or. Dans ces moments-là, je maudis la centralisation. En France, si tu fais de la musique en vivant à Lyon, tu es mort et enterré. Il a dû louper des tas d’occasions, même si c’était un choix sain de rester à la maison. Moi, j’ai très vite compris qu’il me faudrait monter à Paris. Je savais bien que je ne ferais pas de tubes, que ce serait plus long. Surtout, je voulais devenir réalisateur de disques… Et pour ça, il faut être ici. «Le figaro»

«Volver» Benjamin Biolay, Universal, sortie aujourd’hui 19 mai


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