21.04.2017, 01:04

«Ma mère était un génie, face à elle, je suis Donald Duck!

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 21.04.2017, 01:04 «Ma mère était un génie, face à elle, je suis Donald Duck!

Par ghania adamo

LITTÉRATURE Claude Sarrraute, bientôt 90 ans, publie chez Flammarion «Encore un instant». Un récit de souvenirs et d’espoir, sur fond d’humour assassin.

C’était hier, un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Montparnasse en ce temps-là grouillait de personnalités littéraires parisiennes. Un soir donc, votre servante, qui dînait dans une brasserie du coin, tombe nez à nez avec deux femmes que tout le monde regardait. Elles venaient de terminer leur repas et quittaient le restaurant, l’une très...

C’était hier, un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Montparnasse en ce temps-là grouillait de personnalités littéraires parisiennes. Un soir donc, votre servante, qui dînait dans une brasserie du coin, tombe nez à nez avec deux femmes que tout le monde regardait. Elles venaient de terminer leur repas et quittaient le restaurant, l’une très vieille s’appuyant douloureusement sur l’autre qui affichait sa jeunesse désobéissante dans le regard, et son sourire attendri et taquin. Une mère et sa fille, pas n’importe lesquelles: Nathalie et Claude Sarraute. La première courbée et grave, grande dame des lettres françaises. La seconde légère et droite comme un I, chroniqueuse au quotidien «Le Monde» et journaliste à RTL où sa gouaille et ses réparties assassines détonnaient alors dans la célèbre émission de Philippe Bouvard, «Les Grosses Têtes».

«Je te tutoie»

Aujourd’hui, on retrouve Claude Sarraute, pas dans un restaurant mais dans les pages d’un récit qu’elle publie chez Flammarion sous le titre «Encore un instant». Halte à la mort, dit cette amoureuse de la vie qui va vers ses 90 ans et qui n’a rien perdu de son audace sarcastique. Sa voix au téléphone est chevrotante, mais l’esprit est alerte et le rire toujours prêt à surgir. «Je te tutoie, je le fais avec tout le monde, tu permets mon bébé?», annonce-t-elle d’entrée de jeu. Du coup on s’enhardit, rappelant la scène du restaurant à Montparnasse, avant d’y ajouter cette question: et vous, Claude Sarraute, sur qui vous appuyez-vous aujourd’hui? Elle: «Oh, t’es mignonne toi! J’ai un monsieur formidable à mon service, c’est mon majordome, sans lui je ne peux rien faire. Mais hormis cet appui précieux, j’en ai un autre: la chance. Je suis née un dimanche. Je me lève tous les jours de bonne humeur, je me couche dans le même état d’esprit, il est rare que j’aie le cafard, et si je l’ai je prends un lexomil et ça passe».

Mais il y a un autre remède: les souvenirs… reluisants. Ils effacent d’un trait les blessures de la vie, y compris cette «saloperie d’arthrose» dont souffre l’auteure. Ce sont ces souvenirs-là qui affleurent. A la surface de son récit, écrit avec des mots de tous les jours et une bonne dose d’irrévérence, remonte le passé. Une existence bien remplie: plus d’un demi-siècle de journalisme, avec plusieurs passages dans les émissions ébouriffantes de Laurent Ruquier, mais aussi des amants, des maris. Trois, dont le fils de l’écrivain dadaïste Tristan Tzara, et l’académicien Jean-François Revel. Et en guise de légende: Nathalie Sarraute. Une lignée prestigieuse que la fille revendique en ces mots: «Tu comprends», nous lance-t-elle, «ma mère était un génie, elle a inventé le Nouveau Roman. Moi, à côté d’elle je suis Donald Duck».

Mitterrand l’aimait bien

Les femmes au foyer, les vendeuses, les secrétaires, les superwomen, les machos… elle les a croqués dans ses livres, avec une tonalité volontiers boulevardière. La notoriété. Elle en jouit, mais avec la distance qu’il faut pour ne pas perdre le sens des réalités. Sa mère n’aimait pas les grosses têtes, autant comme attitude que comme émission. «Un jour elle m’a dit: Si tu prononces une seule fois mon nom chez Philippe Bouvard, je ne voudrai plus jamais te revoir».

Côté mondanités, Claude Sarraute est friande d’histoires… surréalistes. Elle raconte comment un jour elle croise François Mitterrand. Mais où? «Aux toilettes, c’était à l’occasion d’une réception», rit-elle. Dans ses inimitables chroniques du «Monde», elle appelait le président «mon Mimi à moi». Lui, trouvait qu’elle avait du talent. «Vous ne pouvez pas l’empêcher d’écrire ce qu’elle veut, elle est trop douée», avait dit au rédacteur en chef le patron de l’Elysée. la liberté

«Encore un instant», Claude Sarraute, éditions Flammarion, 190 pages.


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