29.07.2017, 00:11

Nouveau palais pour le film roi

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 29.07.2017, 00:11 Nouveau palais pour le film roi

CINÉMA La septantième édition du Locarno Festival s’ouvre mercredi prochain.

Fringant septuagénaire, le Locarno Festival (c’est ainsi qu’il faut désormais le nommer) s’ouvre mercredi prochain. Ses responsables le disent résolument tourné vers le futur, avec notamment l’inauguration du Palacinema. Sis à l’est de la Piazza Grande, ce nouveau palais dédié à l’image en mouvement, qui aura vu sa construction souvent différée, est appelé à devenir le centre névralgique...

Fringant septuagénaire, le Locarno Festival (c’est ainsi qu’il faut désormais le nommer) s’ouvre mercredi prochain. Ses responsables le disent résolument tourné vers le futur, avec notamment l’inauguration du Palacinema. Sis à l’est de la Piazza Grande, ce nouveau palais dédié à l’image en mouvement, qui aura vu sa construction souvent différée, est appelé à devenir le centre névralgique de la manifestation, laquelle y aura bientôt ses bureaux. Plus important encore, le Palacinema abrite trois salles flambant neuves qui sont déjà opérationnelles et dont la plus vaste compte 500 sièges. Dans le même registre immobilier, est aussi vantée la rénovation de l’ex-Rex rebaptisé GranRex.

Le cinéma au centre

Le ton est donc à une certaine allégresse refondatrice, légitimée il est vrai par la mise en circulation du nouveau billet de vingt francs où se déploie l’écran géant de la Piazza: on ne peut imaginer plus grand signe de reconnaissance! Partant, l’on annonce une septantième édition à 360° (attention aux torticolis) tournoyant entre septième art, cuisine, Musique, tourisme, débats de société… Heureusement, Carlo Chatrian, directeur artistique du Locarno Festival, est là pour remettre l’église au milieu du village, pardon, le cinéma au centre de l’événement. Et de ce point de vue (à 180°celui-là), il y a sans doute lieu de se réjouir!

Les deux sélections principales qui innervent le festival participent en effet pleinement de l’esprit défricheur de Locarno: peu ou pas de noms connus du grand public, de nombreuses premières œuvres et des revenants qui ne laissent pas d’intriguer… Il en va ainsi de la Compétition internationale où le cinéma américain indépendant, absent l’an passé, fait une réapparition remarquée avec quatre films sélectionnés, dont le documentaire de Travis Wilkerson, le prometteur «Did You Wonder Who Fired the Gun?» qui voit son auteur chercher à faire la lumière sur un meurtre raciste perpétré par son arrière-grand-père, quelque quarante ans auparavant.

A divers titres, les dix-huit films concourant en compétition ont de quoi faire saliver le festivalier qui aura su s’extirper des guinguettes locarnaises, en particulier l’intrigant «La telenovela errante», œuvre posthume du très regretté Raúl Ruiz, qui a été terminé par sa femme Valeria Sarmiento six ans après la mort du réalisateur chilien. Idem pour «Mrs. Fang», où le Chinois Wang Bing, l’un des plus grands documentaristes de notre temps, relate les derniers jours d’une vieille dame souffrant de la maladie d’Alzheimer. Comme le concours des Cinéastes du présent semble à l’envi, l’affaire se présente plutôt bien pour l’amateur de cinéma exigeant, sans parler des films de la section Signs Of Life, véritable laboratoire où s’ourdit le cinéma d’auteur du futur!

Une Piazza attractive

Attraction reine du festival, le cinéma à ciel ouvert de la Piazza Grande remettra d’aplomb les spectateurs un brin ébranlés par ces diverses aventures perceptives avec des toiles plus accessibles mais nullement déshonorantes, à l’exemple du film de la soirée d’ouverture «Demain et tous les autres jours» de Noémie Lvovsky, qui s’attache aux pas émouvants d’une petite fille dévorée par l’amour fusionnel de sa mère divorcée.

Enfin, à l’image de cette édition fort peu bling-bling, les «film celebrities» annoncées ont encore une apparence humaine, à l’instar des Vanessa Paradis, Mathieu Amalric, Adrian Brody, Nastassja Kinski, Matthieu Kassovitz, Sabine Azéma, Vincent Macaigne et autre Olivier Assayas qui sera président du jury.

INFO +

Locarno Festival, du 2 au 12 août.

www.pardo.ch

Jacques Tourneur, cinéaste de la peur

Après la rétrospective de l’an passé, qui avait fait resurgir tout un pan réprouvé du cinéma de l’ex-République fédérale d’Allemagne, Locarno fait de nouveau très fort en proposant une quasi-intégrale de l’œuvre de Jacques Tourneur (1904-1977) qui fera battre à tout rompre le cœur des cinéphiles. Considéré à tort comme un réalisateur de série B, ce cinéaste américain d’origine française a contribué de façon essentielle à l’émergence d’un cinéma réflexif, qui s’interroge sur lui-même, ses fins et moyens, où l’incertitude est reine, jusqu’au vertige…

Ce travail de modernisation, Tourneur l’a mené très discrètement en s’infiltrant dans le cinéma de genre à budget réduit: film noir, de pirates, de guerre, fantastique, western, il a investi tour à tour tous ces canons hollywoodiens réconfortants pour, subrepticement, leur conférer une forme inquiétante, où le héros perd peu à peu son statut rassurant, jusqu’à renoncer à élucider les mystères auxquels le film le confronte, comme l’a expliqué l’essayiste Jacques Lourcelles dans un article très éclairant.

Vous l’aurez compris, le soussigné est un admirateur fervent de l’œuvre de Tourneur. De façon subjective, il vous recommande parmi les trente-trois longs-métrages présentés à Locarno trois titres légendaires. En premier lieu, bien sûr, «Cat People» (1942), un film-clef de l’histoire du cinéma fantastique, où le réalisateur invente tout un art de la suggestion, parvenant à un paroxysme de tension en ne montrant presque rien. A noter que Nastassja Kinski viendra présenter à Locarno le «remake» de ce chef-d’œuvre que réalisa le cinéaste Paul Schrader en 1982. Autre joyau de la période où Tourneur travailla pour la société RKO, «The Leopard Man» (1943) tient du cauchemar parfait, qui nous fait littéralement plonger au plus profond de l’abîme qui nous tient lieu d’identité!

Enfin, dans le registre du film noir, «Out Of The Past» (1947), avec Robert Mitchum, Jane Greer et Kirk Douglas, constitue aussi une œuvre fondamentale, mêlant à la perfection tous les ingrédients du genre, dont le poids d’un passé non résolu qui empiète fatalement sur le présent… Bref, un immense cinéaste méconnu à (re) découvrir!

Suisse en demi-teinte

Cette année à Locarno, notre cinéma fait un peu figure de parent pauvre, sur le plan compétitif s’entend. D’ordinaire, le directeur artistique sélectionne en Compétition internationale au moins deux productions helvétiques. Pour l’édition 2017, seul «Goliath» de Dominik Locher, qui narre la dérive d’un futur père de famille addict aux anabolisants, a trouvé grâce aux yeux de Carlo Chatrian. La sélection de «Ta peau si lisse» du cinéaste canadien Denis Côté (primé à plusieurs reprises à Locarno), un documentaire très prometteur sur les adeptes du culturisme coproduit par la Suisse, atténuera toutefois la peine des cinéphiles patriotes!

Le constat vaut aussi pour le concours des Cinéastes du présent où n’a été retenu que «Dene wos guet geit» («Ceux qui vont bien»), premier long-métrage de fiction du réalisateur alémanique Cyril Schäublin, qui raconte les arnaques d’une jeune employée d’un centre d’appels zurichois. Heureusement, La Semaine de la critique, elle aussi compétitive, rétablit l’équilibre en proposant deux documentaires suisses: «Das Kongo Tribunal» de Milo Rau, vrai-faux procès du pillage meurtrier dont est toujours victime le Congo, et «Favela Olímpica» du réalisateur chaux-de-fonnier Samuel Chalard, sur lequel nous reviendrons très prochainement.


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