21.04.2017, 00:01  

Un pneu autour de la taille, un autre sur le bitume

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PASCAL REBETEZ - L’auteur et éditeur jurassien publie un récit où il est question du poids des ans accumulé autour de la ceinture. Certainement un «Poids lourd» de la littérature du dehors et du dedans.

«C’est en Australie de l’Ouest, à Perth, sur la balance de mon frère que s’enregistre l’énormité: 93 kilos et 300 grammes!» Une entrée en matière, littéralement, pour ce nouveau récit de l’ex-animateur de la RTS. Donner des nouvelles du corps, pour parler du cœur, ainsi procède Pascal Rebetez, qui fait voyager sa mélancolie face au vieillissement en Australie. Il ne suffisait pas à l’ancien homme de radio d’avoir la voix de Nick Cave, il fallait aussi qu’il visite le pays natal du célèbre chanteur. Nous le suivons donc dans ses pérégrinations, chez son frère à Perth, où il se sent «cousin» des aborigènes par son ascendance «du mauvais côté de la croissance». Et sur la Damascus Street qui lui évoque un ancien voyage en Syrie, et où, les yeux crispés, il essaie de ne pas percuter de kangourous. Plus loin, des cocotiers lui rappellent Cali en Colombie où la rivière est impure tant de cadavres y sont balancés par les tueurs à gage. D’impression en souvenir, d’inquiétude existentielle en velléité de régime, notre Georges Clooney national nous balade dans son livre de voyage mobile et immobile. Interview dans un café de Genève où ce faux gros vit en alternance avec le Valais.

Comment est né «Poids lourd»?

C’est ce que je raconte au début du livre. Ce récit est né d’une stupéfaction devant l’affichage sur la balance. Un choc lié au chiffre dans ce qu’il a de symbolique, qui évoque une nouvelle image de moi-même. J’étais entré dans la catégorie des gros. Les gros auxquels je pensais, c’étaient mes grands-pères et tout ce qui pouvait provoquer de la graisse sur l’âme. Ce n’est pas un récit de diététique, parce que je me trouve bien comme je suis, il n’y a pas de raison de paniquer, mais c’est une marque du temps qui passe, c’est l’âge, et la mort en prévision, que je souhaite la plus lointaine possible. Jusqu’à maintenant, il ne s’est rien passé d’irrémédiable dans ma vie, en tout cas rien dont on puisse prendre conscience. Même un mariage n’est pas irrémédiable, on peut divorcer! Il s’agit d’un choc diégétique, comme disent les intellectuels, qui m’a permis de répondre à une envie d’écrire que j’avais depuis longtemps. Comme je suis éditeur, mon temps est accaparé par l’écriture des autres. C’était comme des vacances, de faire cet exercice d’introspection et de reportage.

Il y a beaucoup de flash-backs dans ce récit.

Tout n’est pas calculé. Comme j’étais très loin, aux antipodes, en Australie, j’avais le temps de faire ce travail introspectif, et donc rétrospectif, aussi. J’ai souvent voyagé avant, je me suis mis dans cet état impressionnant de décalage par rapport à la vie, où finalement on se retrouve seul quelque part, c’est aussi le cas en reportage. Le fait d’être en vacances, où on n’a rien d’autre à faire qu’écrire, ça m’a rappelé d’autres moments où j’étais dans cet état, des voyages en Ethiopie et en Colombie. Ce sont le genre de pensées qui viennent et reviennent quand on voyage dans une voiture de location sur des centaines de kilomètres qui se ressemblent, un moment un peu ennuyeux, il faut le dire. Les voyages sont des bornes temporelles. Ils permettent de se situer dans une période de la vie. En allant dans cette introspection, je suis aussi retourné dans mon enfance, parce que l’on retourne toujours d’où l’on vient.

A la fin, vous vous réconciliez avec la mort en vous inscrivant dans une généalogie?

Oui, dans le flot des générations, l’idée de la finitude devient plus concevable, même si elle m’apparaît toujours scandaleuse. Si on se place dans l’histoire humaine, puisque la mienne n’a rien de particulier, si ce n’est que c’est la mienne, on calme son ego. Mais regarder les aïeux est un maigre lot de consolation.

A la fin de ce récit, vous mentionnez les vieux de votre enfance, qui contiennent tous une graine de roman.

J’ai déjà pas mal écrit sur ces personnages de mon enfance, par exemple dans «Les Prochains». Ils constituent un peu ma galerie personnelle, ma collection d’images pittoresques, ma palette de couleurs.

«Poids lourd», Pascal Rebetez, Editions D’autre part, 124 pages, 2017


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