16.05.2017, 00:01  

Le bruit nocif pour les animaux

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L’excès de bruit ne nuit pas seulement à la santé humaine. La faune sauvage en est elle aussi victime.
Par MARIELLE COURT

BIODIVERSITÉ - La pollution sonore empêche les bêtes de communiquer entre elles.

Les effets nocifs de la pollution sonore sur la santé humaine sont connus depuis longtemps: sommeil perturbé, risque cardiovasculaire, retard d’apprentissage… On commence à bien mesurer aujourd’hui que l’excès de bruit est tout aussi nuisible pour la faune sauvage.

Est-ce en raison de ces images toujours impressionnantes de grands cétacés immobilisés sur les plages? Les chercheurs ont depuis quelques années...

Les effets nocifs de la pollution sonore sur la santé humaine sont connus depuis longtemps: sommeil perturbé, risque cardiovasculaire, retard d’apprentissage… On commence à bien mesurer aujourd’hui que l’excès de bruit est tout aussi nuisible pour la faune sauvage.

Est-ce en raison de ces images toujours impressionnantes de grands cétacés immobilisés sur les plages? Les chercheurs ont depuis quelques années établi des liens entre ces échouages et le bruit en mer dû aux sonars des navires, aux moteurs ou encore aux extractions minières. Sur la terre ferme, la première grande publication sur le sujet est plutôt récente.

Elles chantent plus fort

En 2003, des scientifiques montrent dans la revue «Nature» comment les mésanges des villes – pour se faire entendre de leurs congénères – sont obligées d’adopter un chant plus aigu que celles des campagnes, dont les vocalises n’entrent pas en concurrence avec le bruit urbain.

En ville, les animaux peuvent aussi chanter plus fort pour couvrir le bruit généré par les activités humaines. C’est ce que l’on appelle l’effet Lombard, lorsqu’on élève instinctivement la voix en entrant dans une pièce bruyante pour couvrir le bruit environnant. Depuis, une centaine d’études ont été publiées sur ce même thème concernant d’autres oiseaux ou encore des batraciens.

Mais tous ces travaux ou presque «sont consacrés aux effets des nuisances sonores sur la communication acoustique», souligne Thierry Lengagne, chercheur au Laboratoire d’écologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés (CNRS/université Claude-Bernard Lyon-I). En revanche, les conséquences du bruit sur la santé de la faune sauvage n’ont été que très peu étudiées.

Expérience sur les rainettes

C’est pour explorer cette voie que l’équipe de Thierry Lengagne a mené une expérience très révélatrice publiée dans «Conservation Biology». «Nous sommes allés chercher des petites rainettes vertes, des mâles, dans des zones totalement exemptes de bruit de circulation», raconte le spécialiste.

Avant de mener leur expérimentation, les scientifiques ont mesuré dans la salive des grenouilles le niveau de corticostérone afin de déterminer leur état de stress. «Puis nous avons séparé nos rainettes en différents groupes», poursuit le chercheur. Une partie a été placée dans une salle «contrôle». Outre la bonne température, la nourriture adéquate, ces grenouilles pouvaient entendre tous les soirs les bruits de chœurs enregistrés autour de leur mare. Dans une salle voisine, un autre groupe bénéficiait des mêmes conditions, à une différence près: «Un haut-parleur diffusait nuit et jour le bruit d’un trafic routier, soit l’équivalent de 40000 voitures par jour avec des pics le matin et le soir. En seulement dix jours, nous avons mesuré une hausse de 63% de l’hormone du stress», précise le scientifique.

Un stress qui s’est directement traduit par une baisse de l’efficacité du système de défense immunitaire des batraciens. Les animaux soumis au bruit avaient une moins bonne capacité de guérison quand on leur injectait un produit réactif dans la patte.

Grenouilles moins sexy

Autre découverte de l’étude, le bruit impacte les capacités de séduction des mâles. Car les chercheurs ont observé que le sac vocal d’un mâle stressé s’éclaircissait, perdant sa franche coloration orange-rouge. Or, une grenouille mâle avec un sac vocal orange foncé indique aux femelles qu’elle est en très bonne santé et, donc, à choisir pour la reproduction. le figaro

Les parcs naturels américains très concernés

Unique en son genre par son ampleur, l’étude menée par une équipe de chercheurs américains sur le bruit dans les zones naturelles protégées des Etats-Unis n’est pas très encourageante. Publiée le 5 mai dans la revue «Science», elle montre que dans plus de 60% des zones observées, les bruits générés par les hommes sont deux fois plus élevés que les bruits naturels. Pis, dans 21% de ces lieux supposés être des havres de paix pour toutes les espèces, le bruit d’origine humaine était jusqu’à dix fois plus important. Les chercheurs ont effectué des relevés dans 492 sites et mesuré le bruit pendant des millions d’heures.

«Ce qui est impressionnant, car très rare, c’est d’avoir dressé une carte sonore des milieux naturels à l’échelle d’un très grand pays», commente Jérôme Sueur, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle, spécialiste en acoustique et biodiversité. Pour extrapoler les mesures à un plus grand nombre de sites, l’équipe américaine installée à Fort Collins dans le Colorado a estimé les excès de bruit à partir d’une modélisation se basant sur les transports, le développement urbain et l’extraction minière. «Jusqu’à présent on s’occupait assez peu de cette pollution sonore», poursuit le chercheur du Muséum alors qu’elle «peut avoir des conséquences importantes sur la faune sauvage, telles que la possibilité pour les animaux d’entendre leurs prédateurs approcher ou même influencer leur capacité à s’accoupler», note l’équipe dans «Science».

«La prochaine fois que vous vous promenez dans une forêt, faites attention aux bruits qui vous entourent, au débit de la rivière, au vent dans les arbres au chant des oiseaux, ces bruits sont aussi magnifiques que ce que vous pouvez admirer avec vos yeux et mérite notre protection», rappelle Rachel Buxton, principal auteur de l’étude de «Science».


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