21.03.2017, 00:01  

Optimiser la récupération

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Par brigitte rebetez

MÉDECINE DU SPORT - Entretien avec deux médecins orthopédistes spécialisés.

Comment optimiser la récupération d’un sportif blessé? Comment récupérer après une chirurgie orthopédique? Deux questions auxquelles le Dr Vincent Villa, spécialiste en orthopédie, traumatologie et médecine du sport à l’hôpital de la Providence, à Neuchâtel, apportera des réponses à l’occasion d’une conférence organisée la semaine prochaine (lire encadré). En préambule, il constate que l’hyper-sollicitation est une cause fréquente de complications: trop souvent, les sportifs continuent à s’entraîner quand ils sont blessés. «C’est difficile de leur faire comprendre que la douleur est un signal d’alarme à prendre au sérieux. Par ailleurs, pour augmenter la performance, des périodes de repos sont indispensables!»

Pour améliorer la récupération d’un sportif après blessure, l’objectif est de rééquilibrer les muscles, stimuler les récepteurs, soigner les contractures. Cela passe par des séances de physiothérapie, d’ostéopathie et/ou de massages. L’électrostimulation peut être utilisée pour la récupération de la force musculaire. «En phase aiguë, après une chirurgie notamment, la cryothérapie (traitement par le froid) appliquée localement s’avère utile: elle diminue l’œdème, les saignements et les douleurs post-opératoires. Les patients consomment par conséquent moins d’antalgiques», explique le Dr Villa.

Mobilisation précoce

La récupération post-opératoire a passablement évolué ces vingt dernières années. Lever et mobilisation (physiothérapie) interviennent plus précocement pour solliciter les muscles. Quant aux attelles, on y recourt moins longtemps qu’auparavant. Additionnées à la cryothérapie, ces mesures permettent de récupérer plus vite. En revanche, insiste le spécialiste, «le temps de rééducation est incompressible: sportif de pointe ou pas, il n’y a pas de raccourci possible pour la réadaptation. Pour une lésion ligamentaire du genou, il faut compter avec une convalescence de six mois avant de pouvoir reprendre le sport.»

Pluridisciplinaire, la rééducation est personnalisée, car chaque patient est différent. Adapté aux spécificités de chacun, le programme est réévalué à plusieurs reprises durant la période de réadaptation.

Lésions du genou

Egalement orateur à la conférence, le Dr Alain Perrenoud, spécialiste en orthopédie et traumatologie à la clinique Montbrillant, à La Chaux-de-Fonds, s’exprimera sur les lésions traumatiques du genou (entorses, déchirures ligamentaires et du ménisque, lésion du cartilage, fractures ou luxations de la rotule). Pas spécifiques à la course à pied, ces blessures peuvent être provoquées par des chutes ou accidents de ski, football, hockey, etc.

Toujours plus fréquente, la chirurgie du ligament croisé antérieur est pratiquée pour protéger le genou de lésions méniscales secondaires et prévenir une arthrose précoce.

En 30 ans, les techniques opératoires (grâce à l’arthroscopie notamment), les connaissances biologiques et la rééducation sont devenues plus pointues.

Meilleure compréhension de la pathologie

«On a une meilleure compréhension de la pathologie, ce qui a débouché une chirurgie moins invasive. Autrefois, on opérait rarement des patients au-delà de 30 ans, se souvient le Dr Perrenoud. Aujourd’hui de nombreuses personnes font du sport jusqu’à un âge avancé et il nous arrive de les opérer pour une lésion du ligament croisé antérieur. Mais la décision découlera toujours d’une pesée d’intérêts: plusieurs paramètres (âge, état physique et biologique, mode de vie, type de profession) entrent en ligne de compte.»

L’évolution est aussi significative dans le traitement des déchirures accidentelles d’un ménisque. Lorsqu’une intervention chirurgicale est nécessaire, dans la plupart des cas, seul 20 ou 30% de cette structure fibrocartilagineuse est retirée, alors qu’auparavant l’ablation était totale. «Nous essayons de sauver un maximum de tissu méniscal pour éviter que le patient ne développe une arthrose précoce», explique le chirurgien orthopédiste. Cela dit, les traitements des traumatismes du genou ne se résument pas forcément à la chirurgie: c’est le cas des déchirures partielles du ligament collatéral interne, d’une majorité de luxations de la rotule et de certaines lésions accidentelles du cartilage.

L’entraînement de Jonathan Raya

Deuxième au classement général du BCN Tour 2016, Jonathan Raya se prépare activement pour sa saison 2017. Ancien hockeyeur de première ligue et vététiste, le Vallonnier de 34 ans est aujourd’hui un coureur aguerri avec plusieurs victoires à son palmarès, dont le marathon du Défi du Val-de-Travers. Il s’expliquera sur sa préparation physique au quotidien et livrera des conseils lors d’une conférence publique le 28 mars (voir encadré).

«Je cours presque toute l’année, mais à certaines périodes beaucoup plus qu’à d’autres. En parallèle, je m’efforce de pratiquer d’autres sports – vélo, ski, ski de fond, peaux de phoque, natation et hockey sur glace – car il est très important de faire travailler d’autres groupes musculaires et éviter de solliciter toujours les mêmes articulations, tendons et muscles.

Je pratique régulièrement du renforcement musculaire, un atout pour les compétitions mais également dans la vie de tous les jours. Travailler les muscles permet de corriger les défauts de posture et d’améliorer le maintien. J’avais auparavant des problèmes de sciatique que j’ai pu faire disparaître en me gainant.

Etre à l’écoute de son corps est primordial quand on pratique du sport: si j’ai une douleur dans une jambe, je mettrai la course momentanément entre parenthèses et j’irai plutôt nager, faire du vélo ou je me concentrerai sur des exercices qui sollicitent le haut du corps.»

Le programme de Jonathan Raya inclut aussi des périodes de récupération et des sessions de massage. C’est essentiel avec un calendrier de courses qui comprend les semi-marathons de l’Harmony Geneve Marathon et la StraLugano en mai ainsi que le Trail de l’Absinthe en juin.

Avant de s’élancer dans une course telle que le BCN Tour, un échauffement complet est recommandé à la fois pour éviter les blessures et d’être prêt pour l’effort. Il permet aux systèmes musculaire, cardio-vasculaire et nerveux de se mettre progressivement en action. Un bon échauffement comprend cinq phases. Le point avec Jessica Nzamba, physiothérapeute à l’hôpital de la Providence et triathlète «S’échauffer permet de diminuer le risque de lésions (claquage, élongation, tendinite ou entorse), d’améliorer l’effort physique et à effets favorables sur la récupération».

Phase 1 Trottiner au minimum 10 minutes. L’objectif est d’augmenter progressivement la température du corps. S’il fait froid, ce temps peut être un peu plus long. Cette étape vise à stimuler le système cardio-vasculaire et le prépare à fournir un effort important. Echauffés, les muscles sont mieux irrigués, plus aptes à la performance.

Phase 2 Mobiliser les articulations qui seront sollicitées pendant la course. Tourner les chevilles et les épaules, effectuer des flexions, extensions et rotations des genoux et des hanches dans leurs amplitudes sous-maximales. L’objectif est d’améliorer la lubrification des articulations et de stimuler leurs récepteurs proprioceptifs.

Phase 3 Cinq minutes d’étirements dynamiques (pas d’étirements passifs, en revanche!) Ces mouvements répétés constituent une bonne mise en condition des muscles et des tendons. Cibler les mollets, les ischios-jambiers, les quadriceps.

Phase 4 Série d’exercices qui préparent aux mouvements plus spécifiques effectués durant la course: sautillements et montée de genoux par exemple.

Phase 5 Conclure l’échauffement par 3-5 petits sprints ou accélérations progressives. L’idée est de monter en puissance, histoire de propulser le coureur dans le vif du sujet. Par exemple, courir deux fois sur une centaine de mètres en augmentant progressivement le rythme, puis une dernière fois en adoptant la vitesse de la course. Conclure l’échauffement à dix minutes du départ de la course au plus tard, pour éviter que l’organisme se refroidisse. Attention, le fait de transpirer ne signifie pas que le corps est prêt à l’effort!

Bon à savoir: l’importance de l’échauffement croît avec l’âge parce que les tendons perdent de leur élasticité tandis que les muscles sont moins endurants.

L’échauffement est primordial

Conférence: conseils et témoignage

Une conférence publique aura lieu mardi 28 mars à 18h au faubourg de l’Hôpital 65 (ex-bâtiment du Scan), à Neuchâtel, dans le cadre du partenariat médical des courses BCN Tour, Cressier-Chaumont et Raiffeisen Trans. Elle réunira quatre orateurs: le Dr Vincent Villa, orthopédiste et spécialiste en médecine du sport à l’hôpital de la Providence, parlera de la récupération optimisée du sportif; le Dr Alain Perrenoud, spécialiste en orthopédie et traumatologie à la clinique Montbrillant, s’exprimera sur les lésions traumatiques du genou; Jessica Nzamba, physiothérapeute et triathlète, expliquera comment s’échauffer de manière optimale avant une course à pied; Jonathan Raya, ancien hockeyeur et 2e au classement général du BCN Tour 2016, évoquera son expérience en tant que coureur aguerri.

Entrée libre sur inscription, jusqu’au 27 mars, par e-mail (sjaggi@providence.ch) ou par téléphone (032 720 31 57). Places limitées.


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