21.03.2017, 00:01  

Angela Merkel réclame la fin des provocations turques

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«Nous n’allons pas tolérer que tous les tabous tombent sans respect pour la souffrance de ceux qui ont été poursuivis et assassinés durant  le national-socialisme», a déclaré Angela Merkel.
Par Nicolas Barotte

ALLEMAGNE - La chancelière menace d’interdire les rassemblements pro-Erdogan.

Trop, c’est trop. Angela Merkel a décidé de riposter aux provocations et aux coups de menton de Recep Tayyip Erdogan. «Les comparaisons avec le nazisme doivent cesser», a déclaré la chancelière allemande hier, lors d’une conférence de presse.

La veille, en meeting électoral, le président turc s’en était pris directement à elle. «Tu appliques des méthodes nazies», a-t-il lancé devant ses supporteurs, furieux que des rassemblements en faveur du oui au référendum institutionnel du 16 avril aient été interdits en Europe.

S’il remporte ce scrutin, Recep Tayyip Erdogan renforcera son pouvoir. Cette dérive autoritaire inquiète au sein de l’Union européenne. Le président n’en a cure, puisqu’il a continué durant son meeting sur le même ton. «S’ils n’avaient pas honte, ils remettraient à l’ordre du jour les chambres à gaz et les camps. Seulement, ils n’osent pas encore», a-t-il accusé. Pour Berlin, ces discours sont «inacceptables». «Nous n’allons pas tolérer que tous les tabous tombent sans respect pour la souffrance de ceux qui ont été poursuivis et assassinés durant le national-socialisme», a regretté Merkel.

Retour à la raison

Les Turcs résidant en Europe ont le droit de voter au référendum du 16 avril. La plus forte communauté se trouve en Allemagne, où ils sont environ 1,4 million. Ils constituent un vivier électoral déterminant pour Erdogan, alors que le scrutin s’annonce plus serré qu’il ne le pensait. En jouant sur la fibre victimaire et nationaliste, il espère mobiliser.

À Berlin, on hésite sur la réponse à donner. «À qui cela profitera-il vraiment si nous répliquons dans le même registre, sur le même ton que celui du chef de l’État turc?», s’est interrogé hier le porte-parole du ministre des Affaires étrangères. «Cela sert surtout les intérêts du président turc», a-t-il assuré. La diplomatie allemande, préoccupée par le respect de l’accord Europe-Turquie sur les migrants, espère toujours un retour à la raison après le 16 avril.

D’autres réclament une riposte radicale. À la CDU, certains suggèrent de revenir sur la possibilité de double nationalité, une mesure accordée en 2013. Il y a quelques jours, le ministre des Finances Wolfgang Schäuble émettait l’idée de suspendre les aides financières tant que le journaliste de «Die Welt», Deniz Yücel, serait incarcéré. Quant à la CSU, elle préconise le retrait des militaires de la Bundeswehr stationnés en Turquie.

Angela Merkel ne peut pas rester inerte. Elle ne désespère pas de ramener un peu de mesure dans les relations germano-turques. Hier, elle a prévenu Ankara que son gouvernement «se réservait le droit de réexaminer les autorisations de meetings données à des responsables turcs».

Leur participation à des réunions électorales en Allemagne «n’est possible que dans le respect des principes de la Loi fondamentale», stipule un document officiel transmis aux autorités turques. Il y a une dizaine de jours, le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavusoglu avait remis une liste d’une trentaine de meetings auxquels des responsables devaient se rendre en Allemagne.

Menace officielle

De manière plus ou moins assumée, plusieurs réunions ont déjà été annulées en Allemagne. Deux fois, Mevlüt Çavusoglu s’est vu refuser une tribune le 7 mars. Mais pour des raisons de sécurité dans les salles louées. Le ton est monté. En Sarre, où se tiennent des élections régionales dimanche, la ministre-présidente CDU Annegret Kramp-Karrenbauer a annoncé la semaine dernière son intention d’interdire les rassemblements électoraux turcs dans son Land.

En lançant une menace officielle, le gouvernement prend le risque d’exacerber la colère des partisans d’Erdogan en Allemagne, alors que le bras de fer prend déjà d’autres dimensions. Le patron du renseignement intérieur (BfV), Hans-Georg Maassen, s’est alarmé d’un «risque d’escalade violente entre les nationalistes turcs» et leurs adversaires, notamment les militants du PKK.

Pour Recep Tayyip Erdogan, Berlin soutiendrait les opposants à son régime. Il a déjà accusé Angela Merkel de tolérer «des terroristes» sur son territoire. Son gouvernement a aussi protesté contre les déclarations dans le «Spiegel» de Bruno Kahl, le patron du renseignement extérieur: le président du BND a contesté les affirmations d’Ankara attribuant la tentative de putsch du 15 juillet au mouvement güleniste. «La Turquie a essayé de nous en convaincre sans réussir», a-t-il confié au magazine. le figaro


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