20.03.2017, 00:01  

L’étrange cavale terroriste de Ziyed, l’assaillant d’Orly

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Un homme connu des services de renseignements français a semé la panique samedi matin tôt à l’aéroport parisien d’Orly. Il a finalement été abattu par la sécurité.

 20.03.2017, 00:01   L’étrange cavale terroriste de Ziyed, l’assaillant d’Orly

Par JEAN CHICHIZOLA

FRANCE - Les enquêteurs se penchent désormais sur l’entourage du délinquant récidiviste. Le danger terroriste islamiste est toujours présent.

Une tuerie évitée par le courage et le sang-froid de trois aviateurs de l’opération Sentinelle. L’attaque perpétrée samedi matin à l’aéroport parisien d’Orly, qui s’est soldée par la mort de l’assaillant, rappelle que le danger terroriste islamiste est toujours présent. Et qu’il peut prendre les formes les plus diverses. Car le «parcours violent et destructeur» de Ziyed B., pour...

Une tuerie évitée par le courage et le sang-froid de trois aviateurs de l’opération Sentinelle. L’attaque perpétrée samedi matin à l’aéroport parisien d’Orly, qui s’est soldée par la mort de l’assaillant, rappelle que le danger terroriste islamiste est toujours présent. Et qu’il peut prendre les formes les plus diverses. Car le «parcours violent et destructeur» de Ziyed B., pour reprendre les propos du procureur de la République de Paris, François Molins, a en apparence plus à voir avec une cavale terroriste meurtrière qu’avec un projet d’attentat mûrement réfléchi.

Le simple rappel des faits intrigue: après avoir passé une partie de la nuit avec son cousin dans un modeste bar-restaurant de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), ville où il a eu des attaches, ce délinquant multirécidiviste (neuf mentions à son casier judiciaire pour violences, outrages, recels) retourne à son domicile de Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise).

Il tire et prend la fuite

Samedi matin à 6h55, quand des policiers arrêtent sa Clio, roulant vite et tous feux éteints, Ziyed B. est a priori en règle, car il respecte les obligations du contrôle judiciaire auquel il est soumis depuis septembre 2016 pour une affaire de vols par effraction. Il tire pourtant sur un policier, touché au visage, avec son pistolet 9 mm Flobert à grenaille, une arme dangereuse à bout portant mais qui n’est pas une arme appréciée des terroristes. Il prend ensuite la fuite.

A-t-il déjà décidé de perpétrer une attaque? Plutôt que de foncer sur l’aéroport Charles-de-Gaulle à quelques minutes en voiture, l’homme reprend en tout cas la route pour… retourner dans le bar de Vitry à 30 km de là. Il prend même le temps de téléphoner à son père et lui confie qu’il a fait «une bêtise».

Arrivé à Vitry, il profère des menaces, tire sans faire de victimes et laisse sur place son téléphone. Ce n’est qu’ensuite, après avoir volé un véhicule, qu’il se rend à Orly Sud pour y attaquer une patrouille de Sentinelle en proclamant: «Je suis là pour mourir au nom d’Allah. De toute façon, il va y avoir des morts.» Une attaque résolue à l’issue de ce que François Molins qualifie d’une «sorte de fuite en avant avec un processus de plus en plus destructeur qui va visiblement crescendo.»

Condamné à deux reprises

Les enquêteurs de la section antiterroriste de la brigade criminelle, de la sous-direction antiterroriste et de la direction générale de la sécurité intérieure s’efforcent à présent de résoudre cette énigme. En détaillant la personnalité de l’assaillant, son état physique (était-il sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue?), mais aussi psychologique (a-t-il laissé un message ou un testament?), au moment des faits. Et en travaillant, notamment par l’analyse de son téléphone portable, sur son «environnement», son entourage et ses contacts éventuels, directs ou électroniques, avec la mouvance islamiste radicale.

Selon son père, entendu samedi, comme son frère et son cousin, dont les gardes à vue se sont prolongées hier, Ziyed B. buvait et fumait du cannabis. Un paquet de cigarettes a été retrouvé (avec un coran et 750 euros) sur son cadavre. Quelques grammes de cocaïne ont été découverts à son domicile, et l’intéressé a été condamné à deux reprises en 2009 pour trafic de stupéfiants (à 3 et 5 ans de prison). Décrit comme un homme renfermé, Ziyed B. avait été repéré comme «radicalisé» en prison en 2011-2012. Mais il n’était pas fiché S: une perquisition administrative réalisée en 2015 à son domicile n’avait donné aucun résultat, et aucun signe de départ ou de velléité de départ vers une terre de djihad n’a été pour l’heure détecté.

Dans sa singularité, le cas de Ziyed B. illustre en tout cas le propos d’un spécialiste de la lutte antiterroriste pour qui «le danger aujourd’hui est double: le passage à l’acte en France de personnes qui ne peuvent plus rejoindre l’État islamique et le retour de djihadistes “commandités” pour commettre des attentats sur notre sol». Le Figaro


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