21.03.2017, 00:01  

Le FBI discrédite les accusations d’espionnage de Donald Trump

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Le directeur du FBI, James Comey, a déclaré sous serment qu’«aucune information n’étaye les tweets» de Donald Trump accusant Barack Obama  de l’avoir mis sur écoute avant l’élection.
Par PHILIPPE GÉLIE

ÉTATS-UNIS - Le directeur de l’agence affirme qu’«aucune information n’étaie» l’allégation selon laquelle Barack Obama aurait espionné la Trump Tower.

Un épisode typiquement «trumpien» a connu, hier, une forme d’épilogue – partiel et provisoire. Comparaissant devant la commission du renseignement de la Chambre des représentants, James Comey, le directeur du FBI, a déclaré sous serment: «Aucune information n’étaye les tweets» de Donald Trump accusant Barack Obama de l’avoir mis sur écoute avant l’élection. «Et je suis autorisé à vous dire que la réponse est la même en ce qui concerne le département de la Justice dans toutes ses composantes.»

Cette déclaration prudente, qui confirme à mots pesés ce que toute la communauté du renseignement affirme depuis deux semaines, est en réalité explosive. Elle revient à suggérer que le président des Etats-Unis a menti de manière répétée aux Américains, qu’il a accusé son prédécesseur d’un crime fédéral sans fondement ni preuve et qu’il s’est fait l’écho d’une théorie conspirationniste en connaissance de cause. Un embarras causé par Donald Trump lui-même, dans lequel il n’a cessé de s’enliser malgré de multiples occasions de rectifier le tir.

Rafale de tweets

Le samedi 4 mars, à 8h35 du matin, le président lâche une bombe sur Twitter: «Viens juste de découvrir qu’Obama avait mis mes communications sur écoutes à la Trump Tower juste avant la victoire. Rien trouvé. C’est du maccarthysme» Puis: «Quelle bassesse! C’est Nixon/Watergate. Sale type (ou malade)!» Donald Trump est exaspéré par de nouvelles révélations sur les contacts entre son entourage et des responsables russes durant la campagne. Elles obligeront son ministre de la Justice, Jeff Sessions, à se récuser de l’enquête sur les piratages informatiques russes, après avoir contraint à la démission son conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn.

Le directeur du FBI demande aussitôt au département de la Justice de démentir ces allégations, en vain. De la Maison-Blanche, Donald Trump n’a qu’un coup de fil à donner pour se faire remettre l’éventuel mandat de surveillance émis par une cour spéciale «Fisa» (Foreign Intelligence Surveillance Act), sans lequel toute écoute de citoyens américains est illégale. Mais le président et son conseiller de presse, Sean Spicer, préfèrent entretenir pendant seize jours une furieuse polémique, tentant d’impliquer les services secrets britanniques – des excuses suivront – avant d’insister sur le «point commun» avec Angela Merkel, qui fut victime d’écoutes de la NSA. Le patron de cette agence, l’amiral Mike Rogers, a affirmé, hier, que la rumeur d’une sous-traitance des écoutes aux Britanniques n’avait «aucun sens».

Anticipant le démenti, Donald Trump a réorienté le tir juste avant l’audition du Congrès dans une nouvelle rafale de tweets: «Pas de preuve de collusion entre le président et la Russie – info bidon!» «Une fabrication des démocrates pour excuser leur échec». « Le vrai sujet sur lequel le Congrès et le FBI devraient enquêter, ce sont les fuites de documents classés secrets. Il faut trouver les bavards!»

En fait, ces questions font déjà l’objet de multiples enquêtes qui se chevauchent depuis l’été. Elles visent à découvrir l’ampleur des manœuvres russes, dénoncées dans un rapport du renseignement, le 6 janvier, comme «destinées à nuire à Hillary Clinton et à aider Donald Trump», à identifier les membres de l’équipe Trump entrés en contact avec des responsables russes et la nature de leurs conversations, à établir s’il y a eu collusion entre la campagne Trump et le Kremlin – le soupçon le plus grave –, à vérifier si l’équipe Trump a été mise sur écoutes par l’Administration Obama, enfin à découvrir qui a transmis aux médias des informations confidentielles.

Hier, lors la première séance publique sur ce complot à plusieurs étages, James Comey a, dans une rare admission, «confirmé que le FBI enquête sur tout lien ou coordination entre la campagne Trump et des responsables russes». Mais les élus républicains se sont surtout focalisés sur les fuites, tandis que les démocrates se concentraient sur les allégations d’écoutes et le soupçon de collusion avec Moscou. «Soyons clairs», a déclaré d’emblée Devin Nunes, le président républicain de la commission. «Nous savons qu’il n’y a pas eu d’écoutes de la Trump Tower. Toutefois, il est toujours possible que d’autres activités de surveillance aient été utilisées contre le président et ses collaborateurs.» Sans en être la cible, Michael Flynn avait été piégé par des écoutes de l’ambassadeur de Russie à Washington.

Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Charles Schumer, a estimé que Donald Trump avait «gravement endommagé sa crédibilité» et devait «des excuses à Barack Obama». Une perspective improbable de la part d’un homme qui a mis cinq ans à accepter l’acte de naissance publié par l’ancien président. Le Figaro


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