21.04.2017, 00:01  

Un peloton serré devant l’Elysée

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Les candidat(e)s se bousculent dans l’espoir d’entrer sous les honneurs au palais de l’Elysée. Pour autant, plusieurs d’entre eux ont déjà annoncé qu’ils n’y habiteraient pas, rompant ainsi avec toute une tradition.
Par Pascal Baeriswyl

Ouf! Rarement, campagne présidentielle française n’aura paru si longue, si débridée. Si soumise au feuilleton des révélations judiciaires, aux coups de théâtre amplifiés par la grosse caisse des médias et des réseaux sociaux. Jamais les candidats issus des primaires des deux grands partis de gouvernement n’auront vu leur légitimité à ce point mise à mal: soit par une spectaculaire...

Ouf! Rarement, campagne présidentielle française n’aura paru si longue, si débridée. Si soumise au feuilleton des révélations judiciaires, aux coups de théâtre amplifiés par la grosse caisse des médias et des réseaux sociaux. Jamais les candidats issus des primaires des deux grands partis de gouvernement n’auront vu leur légitimité à ce point mise à mal: soit par une spectaculaire chute dans les intentions de vote (cas Hamon), soit par une lourde atteinte au crédit moral du candidat (cas Fillon).

Cette campagne où les questions de fond ont été tardivement abordées lors des grands shows télévisés a donc fait émerger des figures revendiquant, chacune à sa façon, sa nouveauté, son refus du système traditionnel, ou encore sa rupture (réelle ou fantasmée) avec le système économique international et ses contraintes.

Enfin, cette campagne a permis, une fois encore, à une flopée de «petits candidats» (Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou, Jean Lassalle, François Asselineau, Nathalie Arthaud, Jacques Cheminade) de faire «un tour de piste». En d’autres termes, d’être ce poil à gratter qui fait le sel de chaque élection présidentielle en pays gaulois.

Au cœur de l’avalanche de programmes, de propositions hétéroclites, de promesses de meeting, difficile d’esquisser une lame de fond thématique. Les débats-TV ont d’ailleurs prouvé que si chaque candidat(e) fait montre de s’opposer à ses rivaux, elle se retrouve parfois aussi sur les mêmes positions que ses adversaires, de gauche, de droite ou d’ailleurs…

Etrange convergence

De fait, l’un des rares points de convergence entre les prétendant(e)s à l’Elysée (à l’exception notoire d’Emmanuel Macron) a été une défiance plus ou moins grande, voire définitive, à l’égard de l’Union européenne. Paradoxe, c’est précisément le seul adepte d’un certain euro-optimisme qui a gardé les faveurs de la cote ces dernières semaines.

Seulement voilà: après le Brexit, après l’élection surprise de Donald Trump, la science des sondages est aujourd’hui – à l’image des hommes politiques – en pleine crise de confiance.

Alors, des quatre favoris pronostiqués avant ce premier tour – Macron (donné hier à 24%), Le Pen (23%), Fillon (19%), Mélenchon (19%) – qui participera au duel final? Dernière revue d’effectif avant la réponse attendue, dimanche soir.

Macron, l’inattendu

Presque inconnu il y a encore cinq ans, le natif d’Amiens, aujourd’hui âgé de 39 ans, a gravi quatre à quatre les marches du succès. Au point de se retrouver aujourd’hui aux portes du palais de l’Elysée. Quel chemin parcouru pour le jeune inspecteur des Finances, protégé de Jacques Attali, qu’il rejoindra en 2007 au sein de la commission pour la libération de la croissance, installée par Nicolas Sarkozy. Après un passage par la banque d’affaires, celui qui fut membre du PS entre 2006 et 2009, revient à la politique par le biais du Hollandisme.

En 2012, il devient secrétaire général adjoint de l’Elysée. A l’été 2014, il est nommé ministre de l’Economie à la place d’Arnaud Montebourg. Il sera notamment l’artisan de la «loi pour la croissance, l’activité, et l’égalité des chances économiques», qui a pour objectif de «déverrouiller» l’économie française, en modifiant notamment la réglementation sur le travail le dimanche, les professions réglementées, ou encore les transports. Au printemps 2016, le jeune premier lance son propre mouvement, En marche!, avant de quitter le gouvernement le 30 août de la même année. Macron a compris que les Français sont mûrs pour une recomposition fondamentale du paysage politique.

La suite des événements va lui donner raison. A droite, François Fillon est à la fois trop libéral sur l’économie et trop conservateur sur les mœurs pour une partie de son camp. Du côté du PS, Hollande n’est pas en situation de se représenter, et c’est Hamon qui remporte la primaire. Or le Brestois est lui aussi un candidat clivant, trop marqué à gauche pour une large partie de l’électorat social-démocrate.

Résultat: malgré un programme longtemps flou et quelques bévues, Macron s’impose au printemps comme le grand favori de la compétition. Moyennement à l’aise lors des débats télévisés, le leader d’En marche a vu sa cote s’éroder dans la dernière ligne droite, alors que dans le même temps Jean-Luc Mélenchon montait en puissance. Il demeure cependant bien placé pour participer à un second tour dont il serait alors le favori: il est alors donné vainqueur par les instituts de sondages au soir du 7 mai, quel que soit son adversaire. Benjamin Masse

Le Pen, l’héritière

Difficile d’échapper à un destin politique quand on est la fille de Jean-Marie Le Pen. La benjamine des filles Le Pen s’y est bien essayée: titulaire du diplôme d’avocat, elle exerce au barreau de Paris pendant plusieurs années, de 1992 à 1998.

Mais l’attrait du combat électoral est finalement le plus fort: à partir du début des années 2000, elle va s’y consacrer exclusivement. C’est en 2002 que les Français la découvrent véritablement. Elle multiplie alors les mandats: conseillère régionale, conseillère municipale, elle est aussi députée européenne depuis 2004.

En 2011, elle se présente à la succession de son père à la tête du mouvement, face à Bruno Gollnisch, longtemps dauphin de Jean-Marie Le Pen. Mais ce dernier a choisi son camp et sa fille l’emporte avec 67% des voix des militants. Cette mère de trois enfants, deux fois divorcée et parfois décrite comme «fêtarde», prône une politique de «dédiabolisation», afin d’étendre le spectre électoral de son parti. L’effet le plus visible est de se désolidariser des saillies outrancières – en particulier antisémites – de son père, qui sera même exclu du parti, à l’issue d’un psychodrame familial dont le clan a le secret, à l’été 2015.

Le discours sur l’immigration demeure cependant le même, accompagné d’un emballage souverainiste dont son lieutenant Florian Philippot, qui prend une place grandissante au sein du mouvement, se fait le porte-parole.

Une stratégie qui va connaître des succès – le FN est le premier parti de France aux élections européennes de 2014 – mais aussi des échecs. En 2012, à la présidentielle, Marine Le Pen n’obtient «que» 17,9% des voix, loin derrière les deux premiers. Le plafond de verre – qui fait qu’une majorité de Français continue à rejeter ses thèses – demeure en place. En 2017, alors que les astres semblaient s’aligner en sa faveur, elle a paru patiner dans la dernière ligne droite: peu à l’aise dans les débats télévisés, sa sortie sur le «Vel d’Hiv» a aussi eu pour effet de brouiller son message de dédiabolisation. Dans un tweet, son père a finalement annoncé qu’il la soutenait, et voterait pour elle. On n’échappe pas à son passé. BMA

france

Au terme d’une campagne totalement inédite, dominée par les affaires, plusieurs candidat(e)s peuvent encore prétendre faire partie des deux finalistes. Tension et suspense assurés jusqu’à dimanche soir. A lire également en page suivante.


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