20.03.2017, 00:01  

Comme une vague d’émotions

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En compagnie de Sylvia Morel, présidente du Conseil communal de La Chaux-de-Fonds, Yvan Bourgnon passe son test de «suissitude» en dégustant un cervelas grillé. Entre les deux, la plaque, tout juste dévoilée à l’entrée de Daniel-Jeanrichard 22.
Par stéphane devaux

LA CHAUX-DE-FONDS - Les frères Bourgnon ont été honorés par «leur» ville.

Temps de marin samedi soir à La Chaux-de-Fonds. Mais il fallait plus que de la pluie et du vent pour désarçonner ce dur au mal et au froid qu’est Yvan Bourgnon. De l’émotion, en particulier, celle qui a saisi l’assistance lorsqu’a été dévoilée la plaque, à l’entrée du 22 de la rue Daniel-Jeanrichard, en son honneur et en...

Temps de marin samedi soir à La Chaux-de-Fonds. Mais il fallait plus que de la pluie et du vent pour désarçonner ce dur au mal et au froid qu’est Yvan Bourgnon. De l’émotion, en particulier, celle qui a saisi l’assistance lorsqu’a été dévoilée la plaque, à l’entrée du 22 de la rue Daniel-Jeanrichard, en son honneur et en l’honneur de son frère aîné Laurent, disparu en juin 2015 lors d’une plongée sous-marine en Polynésie.

Grand frère exemplaire

L’un et l’autre sont nés à La Chaux-de-Fonds. Laurent en 1966, car ses parents, Charles et Suzanne, y tenaient une boulangerie, là même où François Kolly a pignon sur rue depuis 25 ans. Yvan en 1971, sa mère étant revenue accoucher dans la cité des Montagnes, après que le couple eut décidé, deux ans auparavant, de partir et de naviguer sur les océans.

Samedi, le cadet était de retour dans «sa» ville. Emu par l’accueil et forcément un peu submergé par les souvenirs. Celui de Laurent, d’abord, «un grand frère exemplaire avec qui j’ai eu la chance de partager dix ans de ma vie. On faisait tout ensemble, on vivait sous le même toit, on se levait ensemble, on préparait le bateau ensemble. On ne vivait que pour la compétition.» Ensemble, les frangins remportent la Transat en double Jacques-Vabre, en 1997. Laurent s’adjuge deux fois la Route du Rhum, exploit unique, en 1994 et 1998.

Faire son deuil

Un an et demi après la disparition de ce frère «qui faisait l’unanimité partout», Yvan Bourgnon a encore de la peine à en parler. «Aujourd’hui, j’arrive à garder les bons souvenirs de lui. Mais c’est difficile; c’est brutal, une disparition.» Ironie de l’histoire, lorsqu’il a appris l’accident dont son frère venait d’être victime, Yvan bouclait tout juste son tour du monde sur son catamaran de sport, «le tour du monde le plus dangereux qui ait jamais été fait», au cours duquel il a failli à plusieurs reprises perdre la vie.

Il s’est rendu immédiatement en Polynésie, pour participer aux recherches. Vaines hélas. «Si j’avais appris ce drame coincé en pleine mer, j’aurais encore eu plus de peine à faire mon deuil. J’aurais sans cesse culpabilisé.»

Les souvenirs, ce sont aussi ceux de ses parents (aujourd’hui octogénaires, établis en Loire-Atlantique), des vacances chaux-de-fonnières, la neige, la luge, le patin. «C’est ici qu’a démarré notre histoire. Pour mes parents, La Chaux-de-Fonds, c’est 25 ans de leur vie», explique-t-il, la voix apaisée. Et ce tour du monde, entrepris alors qu’il était enfant. C’est aussi pour revivre ce parcours, revoir ces contrées qu’il développe ce projet, un peu fou, d’une traversée du globe sur un petit rafiot de rien du tout, un catamaran de sport de 6m30, sans cabine, sans assistance électronique.

Apprendre la patience

«C’est comme ça que j’ai appris la voile, sans assistance, avec simplicité. C’est la démerde, tu fais appel à tes sens, ton intuition. Tu apprends à regarder, à écouter.» Un défi fou, entamé le 5 octobre 2013, achevé le 23 juin 2015, après 220 jours de mer et 55 000 kilomètres, seul face aux tempêtes, aux coups du sort (sept mois d’attente au Sri Lanka après avoir fracassé son bateau sur des rochers), aux pirates et aux cargos. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est en Suisse romande ces jours. Pour partager avec le public qui court dans les salles voir «En équilibre sur l’océan», le documentaire réalisé par Sébastien Devrient à partir des images d’Yvan (voir ci-dessus les trois qu’il commente pour nous). Fort, brut, intense. Vrai.

«Moi qui étais toujours en mode compétition, j’ai dû apprendre à me relâcher, à accepter des compromis. Je suis revenu avec des qualités de patience et de gestion du long terme que je n’avais pas. Je suis plus posé, moins «chien fou». Je vieillis aussi...», lâche-t-il, un sourire complice au milieu de sa barbe broussailleuse, blanchie au soleil des tropiques.

Pas rangé pour autant. Cet été, il reprend la mer pour deux mois. Objectif: le Grand Nord. Le passage du nord-ouest entre Pacifique et Atlantique. Cinquante jours au cœur d’éléments hostiles, entre froid, glaces et ours polaires. Et toujours sur son même catamaran...

INFO +

The Sea Cleaners:

Une campagne de crowdfunding est ouverte en Suisse jusqu’au 15 avril sur www.wemakeit.com. Informations sur ce site ou sur www.theseacleaners.org.

Netttoyer la mer

«Si on ne modifie pas nos habitudes, quelle planète va-t-on laisser à nos enfants? On sait déjà qu’en 2050, on va rejeter trois fois plus de plastiques en mer qu’aujourd’hui.»

Pour Yvan Bourgnon, il y a donc urgence à agir. Il a pris la barre de l’association «The Sea Cleaners». Les nettoyeurs de mer. Le but? Mettre à l’eau en 2021, 2022 au pire, un catamaran géant, muni à l’arrière d’un rateau de 72 mètres de large, qui piège les macrodéchets ramenés à bord (l’engin a une capacité de stockage de 600 m3), puis à terre pour y être ensuite traités.

«Il nous faut encore deux ans d’études et deux ans de construction pour avoir le premier bateau. Notre objectif final, c’est d’en construire une centaine, pour être vraiment efficaces, sur toute la surface du globe.»

Mais le projet va plus loin. Il comprend l’étude des courants, afin de cartographier le parcours de ces déchets et d’en identifier les origines. Enfin, le navigateur compte sur la «puissance médiatique» apte à interpeller la population. Et les décideurs.


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