14.02.2017, 00:01  

Et maintenant, que faire de l’HNE?

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Dimanche, quelques instants après que le résultat soit tombé: au centre, Sylvia Morel, à gauche, son collègue Théo Bregnard, à droite son collègue Marc Arlettaz et entre les deux, Claude-André Moser.
Par léo bysaeth

HÔPITAUX - La votation de dimanche ne met pas fin au débat, bien au contraire.

«Je pense que Madame de Vos Bolay doit s’en aller, si on veut pouvoir commencer à discuter sereinement.»

Au lendemain de la votation qui imposera une répartition spatiale des missions hospitalières sur deux pôles urbains neuchâtelois – Montagnes et Littoral –, la présidente du Conseil communal de La Chaux-de-Fonds, Sylvia Morel, annonce la couleur: la présidente du Conseil d’administration de...

«Je pense que Madame de Vos Bolay doit s’en aller, si on veut pouvoir commencer à discuter sereinement.»

Au lendemain de la votation qui imposera une répartition spatiale des missions hospitalières sur deux pôles urbains neuchâtelois – Montagnes et Littoral –, la présidente du Conseil communal de La Chaux-de-Fonds, Sylvia Morel, annonce la couleur: la présidente du Conseil d’administration de l’Hôpital neuchâtelois doit prendre la porte. En fait-elle une condition sine qua non à la reprise d’un dialogue avec le Conseil d’Etat et les cadres de l’HNE? «Disons que c’est une forte recommandation!»

HNE encore, ou bien?

Sylvia Morel, comme son collègue Théo Huguenin-Elie, continue de parler de «l’avenir de l’HNE». Pourtant, le texte de l’initiative votée par le peuple indique que «chacun des sites est autonome d’un point de vue financier, décisionnel (direction et conseil d’administration) et stratégique.»

Comme écrit dans la brochure de vote distribuée à tous les citoyens, qui n’a pas été contestée par les initiants, accepter l’initiative impliquait «de dissoudre l’HNE pour revenir à des hôpitaux indépendants.» Il s’agit donc bien désormais de déconstruire l’HNE, lequel n’a, par définition, plus d’avenir.

Président du Groupe interpartis pour l’hôpital (GTIH), Claude-André Moser donne la clé de l’apparente contradiction, un simple imprécision de langage, selon lui. «En disant ‘HNE’, ils se réfèrent au fait qu’il y aura toujours un établisssement hospitalier cantonal.» Car, «il faudra une instance qui chapeaute les deux directions et une institution à créer pour chapeauter les deux hopitaux, en modifiant la loi sur l’Etablissement hospitalier multisite.»

Quant à faire ce travail avec ou sans Pauline de Vos Bolay Claude-André Moser nuance: «Ce n’est pas forcément bien d’exiger son départ immédiatement. Mais ça doit venir d’elle-même, elle devrait en tirer les conclusions au moment où elle aura accompli sa tâche pour rendre la transition possible.»

Nous aurions voulu entendre le conseiller d’Etat Laurent Kurth, notamment sur cette attaque frontale contre la présidente du Conseil d’administration. Il a décliné notre invitation à réagir, précisant que «le Conseil d’Etat fera le point sur le dossier mercredi (demain).»

«Avec le Conseil d’Etat qui chapeaute le tout»

Sylvia Morel précise sa vision de la gouvernance du nouveau système: «Nous voulons une direction qui gère chaque site, avec le Conseil d’Etat qui chapeaute le tout. Il s’agit de se répartir en bonne intelligence les missions qui peuvent l’être.» Pour poursuivre un tel but, «il n’est juste pas possible de continuer avec les gens qui sont actuellement à la direction de l’HNE».

La présidente de la Ville aimerait qu’une première réunion se tiennent avant les élections du 2 avril. «Il s’agit de trouver une porte de sortie qui satisfasse tout le monde.» Pour ce faire, il faudra rencontrer le Conseil d’Etat, qui devra faire des propositions. Elle insiste, comme le suggère ci-contre le PDC, pour que le GTIH soit associé dès le début.

«La priorité est à la sécurité sanitaire», insiste Sylvia Morel. «Mais tout le monde ne met pas la sécurité à la même place, c’est pour cela qu’il faut peut-être discuter sans la présidente du conseil qui prétend que l’hôpital était sûr alors qu’il ne l’est toujours pas.»

«Source d’inquiétude»

Pauline de Vos Bolay, de son côté, ne reste pas inactive. Elle a adressé hier un courrier à tous les collaborateurs de l’HNE au lendemain du vote, qui ouvre, selon elle, la voie à la «déconstruction» de l’HNE.

Pour la présidente du Conseil d’administration, «ce vote marque une absence de confiance dans les institutions, mais également la saturation autour d’un débat hospitalier dont les enjeux complexes n’ont pas été transmis de façon suffisamment claire».

Elle ajoute que ce vote est «une source d’inquiétude» et marque le début «d’une nouvelle ère d’incertitude et de débats». Selon elle, «la réalisation de l’initiative laisse présager de quelques embûches». Elle demande aux collaborateurs «d’assurer le meilleur accueil et les meilleurs soins possibles aux patients». Avant de les invitter à deux séances d’information le lundi 27 février, à La Chaux-de-Fonds, puis à Pourtalès.

Et le nouvel hôtel judiciaire?

Dimanche déjà, une fois connus les résultats de la votation sur l’hôpital, bon nombre d’observateurs de la vie politique neuchâteloise se sont interrogés: quelles seront les conséquences de ce scrutin sur une autre votation cantonale, celle qui verra le peuple neuchâtelois se prononcer sur la création d’un hôtel judiciaire cantonal à La Chaux-de-Fonds?

Nous l’avions révélé fin janvier: le comité qui a lancé un référendum contre ce projet (accepté par le Grand Conseil) est parvenu à récolter les 4500 signatures nécessaires. Selon nos informations, il en aurait même 7000... Le comité en dira davantage cette semaine lors du dépôt du référendum au Château.

La décision du peuple neuchâtelois dans le dossier hospitalier va-t-elle donner des ailes à l’hôtel judiciaire ou au contraire avoir des conséquences négatives? «A mes yeux, cela nous donne un argument supplémentaire», répond Michel Bise, membre du comité référendaire, député socialiste et avocat à Neuchâtel. «Tous ceux qui se sont battus pour deux sites de soins aigus, donc pour des soins de proximité, ne peuvent que soutenir notre démarche, qui va dans le sens d’une justice de proximité.» Avant d’ajouter: «Je dis cela, mais je sais très bien que ceux qui se sont opposés aux centralisations dans le domaine hospitalier vont soutenir le nouvel hôtel judiciaire. C’est certes incohérent, mais je ne m’attends pas à autre chose.»

Pour la présidente de la Ville de La Chaux-de-Fonds, il n’y a pas d’incohérence à défendre la centralisation de la justice, après s’être battu contre la centralisation hospitalière. «Ces dossiers ne sont pas du tout comparables. Tout le monde va un jour à l’hôpital, ce n’est pas le cas pour le tribunal.» De plus, juge-t-elle, «le projet se défend de lui-même. Il réduira les frais et permettra une meilleure gestion de la justice.» La Chaux-de-Fonds, qui a «réservé ce terrain magnifiquement situé se battra» pour ce projet qui a encore été amendé pour tenir compte de certaines critiques. Et elle espère que «l’ensemble des Neuchâtelois feront preuve d’ouverture.»

Toujours à propos de textes déposés auprès de la Chancellerie cantonale, on signalera que l’initiative réclamant une maternité à La Chaux-de-Fonds sera peut-être retirée: les Montagnes sont désormais assurées de conserver un hôpital de soins aigus, ce qui était l’objectif premier de cette initiative. PHO - LBY

feuille de route du pdc

Dans le but «d’éviter que de nouvelles scissions interviennent et dans le souci que la volonté des Neuchâteloises et des Neuchâtelois se concrétise par des projets acceptés majoritairement dans tout le canton», le PDC propose la création d’une commission consultative cantonale. Celle-ci serait composée d’un représentant de chaque parti, d’un conseiller communal de chaque commune de plus de 5000 habitants, d’un représentant de chacune des cliniques privées du canton, du président du GTIH et de deux représentants du corps médical, l’un désigné par le Conseil communal de Neuchâtel et l’autre par le Conseil communal de La Chaux-de-Fonds. Cette commission serait associée aux travaux mis en œuvre par le Conseil d’Etat pour «assurer la transition des structures actuelles vers les nouvelles structures.» De nombreux domaines sont concernés: budget d’investissements, intégration du site du Val-de-Travers, répartition des mandats de prestations, règlement des modalités de nomination des responsables administratifs et médicaux, intégration des partenariats public privé.

Laurent Kurth, réélu ou non?

Forcément, le téléphone du Parti socialiste neuchâtelois a sonné, hier... Il en reste, des questions. A commencer par celle de savoir si Laurent Kurth sera réélu le 2 avril prochain. Le député socialiste de Neuchâtel Baptiste Hurni estime que «Laurent Kurth a montré dans cette campagne, même s’il a perdu, tout le sérieux et toute l’intelligence qu’il met dans la politique, et ça devrait convaincre les gens, en tout cas je l’espère. Même si forcément, quand on perd sur un tel projet, on n’en sort pas renforcé... S’il est réélu, je pense que la question se posera de savoir s’il faut qu’il garde ou non les clés de la santé.»

Dans le dossier hospitalier, l’enjeu ne s’est pas fossilisé dans les urnes: «Rédigée en termes très généraux, l’initiative n’est pas directement applicable telle quelle. Elle devra être élaborée. Ce qu’il faut, c’est un projet à même de contenter tout le monde, qui rassemble tous les Neuchâtelois.»

Baptiste Hurni craindrait-il que des élus du Bas se «vengent» sur le volet du report de l’harmonisation de l’impôt des frontaliers, en votation la semaine prochaine au Grand Conseil? Ou lancent un nouveau référendum sur le dossier hospitalier? «J’invite au calme et au respect des minorités de ce canton. Dans le domaine hospitalier en particulier, il y a un attachement régional à ne pas mépriser.»

Une dernière pour la route: cette votation a-t-elle aggravé les tensions internes au Parti socialiste neuchâtelois? «Nous allons travailler à la cohésion cantonale», promet la présidente du PSN Corine Bolay Mercier. «Toute autre attitude serait totalement contre-productive.» vco

contexte

La votation de dimanche ouvre une période d’incertitude pour le système hospitalier cantonal. Du côté des promoteurs de l’initiative et des autorités exécutives communales qui l’ont soutenue, on continue de parler de l’«HNE», tandis que les instances dirigeantes de l’HNE comme le Conseil d’Etat notent que l’initiative implique, comme première étape de la nouvelle ère, de déconstruire cette institution. Tentative de compréhension d’un décalage.


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