15.04.2017, 00:55

Jean-Yves Robert, converti au bio

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 15.04.2017, 00:55 Jean-Yves Robert, converti au bio

AGRICULTURE Malgré les difficultés de l’activité agricole, des fils de paysans succèdent chaque année à leurs parents, en explorant des pistes nouvelles.

«Paysan, c’est plus d’heures de travail qu’un menuisier et moins de revenus, mais une meilleure qualité de vie.» Eleveur de vaches allaitantes, Jean-Yves Robert, fils et petit-fils d’agriculteurs, a repris en 2012 le domaine des Bressel à son père Claude-Eric. Mais cette transmission du patrimoine familial ne coulait pas de source.

«Un truc de farfelus»

«A 16 ans, en...

«Paysan, c’est plus d’heures de travail qu’un menuisier et moins de revenus, mais une meilleure qualité de vie.» Eleveur de vaches allaitantes, Jean-Yves Robert, fils et petit-fils d’agriculteurs, a repris en 2012 le domaine des Bressel à son père Claude-Eric. Mais cette transmission du patrimoine familial ne coulait pas de source.

«Un truc de farfelus»

«A 16 ans, en aucun cas je n’aurais voulu être agriculteur: trop de travail, peu de vacances… Je n’avais aucune passion pour ce métier!» Menuisier ébéniste de formation, il change d’avis à l’approche de la trentaine. «J’ai réalisé que j’étais beaucoup plus stressé que mes parents… Moins fatigué physiquement, mais beaucoup plus psychiquement. Et puis, la perspective d’être mon propre patron, de pouvoir fixer mes objectifs, m’a séduit.» En 2008, il change de voie professionnelle et passe un CFC d’agriculteur.

Mais s’il reprend le domaine familial, situé sur les hauteurs de La Sagne, tout près du Crêt-du-Locle, il opère un virage, en passant au bio. «Au départ, je croyais que c’était un truc de farfelus. Ensuite, si je l’ai fait, ce n’était pas pour l’aspect écologique, mais parce que j’ai été convaincu du potentiel par un de mes professeurs. De plus, il y a une grosse demande, et c’est gratifiant de produire quelque chose que les gens désirent. Aujourd’hui, je ne reviendrais pas en conventionnel. En faisant du bio, nos terres ne se dégradent pas. On refait des céréales de montagne où peuvent se réfugier les lièvres et les faons sans crainte d’être dérangés de mai à septembre. J’ai vu que c’était possible de produire en harmonie avec la nature.»

Pesticides et cancers

Aux Bressel, 55 bêtes sont élevées sous le label Natura Beef. Des simmentals, la vache indigène suisse, et des limousines croisées avec des montbéliardes. Ce, depuis la fin des années 1990, quand Claude-Eric Robert a vendu le contingent laitier, vu la chute du prix du lait. L’exploitation comptera aussi bientôt quelque 2000 poules (notre article du 30 mars).

Le domaine, soit 40 hectares de champs et pâturages et huit hectares de forêt, est exploité par la famille depuis 1902. «A l’époque, nous n’avions que la moitié de la surface, et cela suffisait à faire vivre une famille de cinq enfants. En 1900, la taille moyenne des exploitations en Suisse était alors de quatre hectares», relève Claude-Eric Robert. On ne parlait pas d’agriculture biologique au temps de son père et son grand-père. Il fallait être le plus productif possible et le recours aux produits chimiques ne choquait personne. «Sur les emballages des produits du style Round up, il était noté que c’était biodégradable… Il y avait même un petit oiseau sur l’étiquette», se souvient le paysan. Des produits qui pourraient bien être la cause du cancer de la vessie qu’il a développé en 2011. «Monsanto ne le reconnaîtra jamais. Mais les médecins m’ont expliqué que les agriculteurs faisaient partie des métiers à risque, tout comme les peintres et les coiffeurs, également exposés aux produits chimiques.»

Travail à la main

Produire du bio implique une autre façon de travailler. «Ce qui fait un peu peur, c’est la lutte contre les mauvaises herbes, qui se fait à la main, racine par racine… Sans le parachute des produits chimiques, on doit beaucoup plus anticiper pour éviter la propagation.»

Mais il y a des techniques. Si les Robert cultivent des céréales à longues pailles, c’est justement pour que leur ombre nuise au développement des mauvaises herbes. Ils produisent des céréales d’automne panifiables, de l’épeautre et du seigle, résistants au froid et aux maladies. Et du blé de printemps, de l’orge et des pois pour le fourrage. «Nos grands-parents en ont fait de tout temps, avant d’arrêter pour des raisons économiques. En importer était meilleur marché. Mais produire sur place ce que l’on consomme, c’est le meilleur moyen d’arriver à nos objectifs bio», apprécie Jean-Yves.

La difficulté, c’est de gérer les besoins en main-d’œuvre. L’hiver, un seul homme suffit pour tout faire, alors que, l’été, il faudrait être deux ou trois. Les semaines de Jean-Yves comptent une cinquantaine d’heures de travail. «Mais je ne reviendrai pas en arrière», lance-t-il en souriant.

L’évolution de l’agriculture depuis un siècle dans le canton de Neuchâtel

Dans le canton de Neuchâtel comme ailleurs, les milieux agricoles ont connu maints bouleversements. En 1905, 17,5% de la population travaillait dans l’agriculture, contre 2,17% en 2012. Le nombre de paysans a été divisé par deux dès les années 1950 (8,78%).

Cette diminution de main-d’œuvre a suivi le processus de modernisation. Si le nombre d’exploitations agricoles a chuté, la production, elle, a pris l’ascenseur.

Ainsi, la production de lait a presque triplé, passant de 30 millions de litres par année en 1944 à 86 millions en 2010, alors que les producteurs sont moins nombreux. «Dans les années 1990, nous avions plus de 80% de producteurs de lait alors qu’aujourd’hui nous sommes à 60%», relève Yann Huguelit, directeur de la Chambre neuchâteloise d’agriculture et de viticulture (Cnav). «En 30 ans, une spécialisation dans une production a été mise en œuvre compte tenu des évolutions de la politique agricole. Ainsi, les vaches allaitantes, chevaux, cerfs et autres petits ruminants ont été privilégiés par certaines exploitations qui ont abandonné la production laitière.»

En 15 ans, le nombre de vaches allaitantes élevées dans le canton a été multiplié par quatre. On compte aussi davantage de chevaux (+15%), de moutons (+50%) et de chèvres (+37%). Seul le nombre de porcs a diminué, de 17%. «La diminution est liée aux difficultés du marché ainsi qu’à la mise aux normes des porcheries. Le canton de Neuchâtel a limité la perte car les porcs permettent la mise en valeur du petit lait des fromageries», précise-t-il.

La taille des exploitations a plus que doublé, passant d’une moyenne de 16,7 hectares en 1965 à 37,43 hectares en 2011. Mais Yann Huguelit relativise ces données. «Elles ne tiennent pas compte des formes d’association entre agriculteurs qui faussent les données notamment de moyenne par exploitation et de surface exploitée par exploitation. Effectivement, entre 1990 et 2000, une promotion pour les collaborations en agriculture a été mise en œuvre. Pour le canton de Neuchâtel, nous recensons un peu moins de 100 associations sur 800 exploitations, ce qui est important en comparaison suisse.»

Sur ces 800 exploitations, on compte 500 producteurs de lait, dont plus de 50% produisent pour le gruyère AOP (on en comptait quatre fois plus en 1944), une centaine de producteurs de vaches allaitantes, 50 vignerons, une centaine en productions animales autres, telles que poules ou gibier, et 50 agriculteurs sur de grandes cultures, sans bétail. De plus en plus de paysans passent au bio. «Pour l’évolution des productions bio, c’est surtout dans la viticulture et les grandes cultures que la conversion est la plus importante ces dernières années», note Yann Huguelit.

série

Quel avenir pour l’agriculture au 21e siècle? Alors que la société d’agriculture de La Chaux-de-Fonds fêtera ses 150 ans cette année, le nombre de paysans a été divisé par quatre depuis les années 1950. Pourtant, des jeunes reprennent chaque année l’exploitation familiale, en tentant de nouvelles pistes. L’agriculture biologique en est une, comme en témoigne la famille Robert, aux Bressel, à laquelle nous consacrons le premier volet de notre série.


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