20.03.2017, 00:01  

La Fête du théâtre allèche le public

Abonnés
chargement
1/9  
Par lucas vuitel

FÊTE DU THÉÂTRE - A Neuchâtel comme à La Chaux-de-Fonds, la scène neuchâteloise a démontré son dynamisme, son foisonnement et sa créativité tout au long d’une semaine riche en découverte.

Pari gagné pour les institutions théâtrales et près de 20 compagnies indépendantes. Samedi au Théâtre du Passage, à Neuchâtel et au TPR-Heure bleue, hier, le public s’est pressé aux portes ouvertes organisées en point d’orgue de la Fête du théâtre qui se tenait depuis mardi et à laquelle ont participé ces deux institutions, ainsi que le Théâtre du...

Pari gagné pour les institutions théâtrales et près de 20 compagnies indépendantes. Samedi au Théâtre du Passage, à Neuchâtel et au TPR-Heure bleue, hier, le public s’est pressé aux portes ouvertes organisées en point d’orgue de la Fête du théâtre qui se tenait depuis mardi et à laquelle ont participé ces deux institutions, ainsi que le Théâtre du Pommier et le Centre de culture ABC.

La formule a séduit. Emmené par petits groupes, le public est parti à la découverte des coulisses, tout en se régalant des présentations concoctées par près d’une vingtaine de compagnies indépendantes. Des sous-sols aux bureaux, en passant par le foyer du personnel, la buanderie, l’atelier, la fosse d’orchestre, tout a été montré.

Les guides, des comédiens pour la plupart, enrichissaient l’accueil. En costumière, la québécoise Marie-Claude Gignac donnait quelques trucs pour effacer les taches. Thomas Steiger, en concierge suisse-allemand revêche, livrait sa conclusion sous la forme d’une citation de Jacob Grünfeld: «Dans chaque église, il y a toujours quelque chose qui cloche.» Jacob Grünfeld? Ah, oui, en traduction littérale: Jacques Prévert...

Vincent Held, de Théâtre Pro Neuchâtel, salue la formule, qui a permis de «faire connaître au public la vitalité et la richesse» de la scène indépendante régionale.

Directeur du CCN-Théâtre du Pommier, Roberto Betti est enchanté du succès de cette «semaine conviviale pendant laquelle nous avons pu constater un public plus métissé que d’habitude». La formule au chapeau, qui a démontré la générosité du public «a permis à de nombreuses personnes ‘d’essayer’ ou ‘d’oser’ venir dans un théâtre avec plus de liberté.»

Hôte des compagnies indépendantes en ses murs, le directeur du Théâtre du Passage, Robert Bouvier, a «aimé l’originalité des propositions, la liberté de ton des artistes évoquant leur compagnie.» C’était «joyeux, inventif, proposé avec humilité», relève-t-il.

«NoShow», un spectacle canadien qui rit jaune

Sournoise et malheureusement bien réelle, la précarité des artistes est au cœur du «NoShow» créé par le collectif canadien Nous sommes ici et le Théâtre DuBunker. Avec ce constat affligeant: «Nous avons présenté un spectacle avec 400 artistes. C’est devenu une véritable success story avec une critique dithyrambique et des salles combles à chaque représentation. Au bout de trois ans, nous avons été contraints de tout arrêter, car chaque artiste recevait un salaire minimum. Décidément, notre situation n’est pas viable, jamais...»

Preuve par l’acte. Au Passage, le public est amené, dans la discrétion de l’isoloir, à définir la valeur à accorder au spectacle qu’il va découvrir: de 0 (culte du dimanche) à 116 francs (opéra), en passant notamment par la place de cinéma à 18 fr. ou le match de Xamax FCS à 30 francs. A la représentation du jeudi, les 137 spectateurs présents ont versé 3578 francs – 24 d’entre eux n’ont cependant rien donné –, soit 26 fr. chacun. Déduction faite des frais, la somme de 681 francs revient à la troupe et permet de payer décemment trois artistes seulement. Après une quête dans la salle pour rattraper le coup, quatre d’entre eux donneront finalement le spectacle, alors que trois autres se mettront en grève.

Le cadre ainsi planté permet de naviguer entre deux univers, celui de la salle et celui de l’extérieur où les grévistes essaient de faire partager leur combat au moyen de moult affiches dénonçant leurs conditions. En langage canadien, cela donne «Le théâtre est dans marde». Et nous voilà partis pour deux heures et demie d’émerveillement au travers de situations parfois interactives complètement déjantées qui oscillent entre humour, sarcasmes, sensibilité à fleur de peau, malaises et rires souvent très jaunes.

Il y a aussi ce parallèle plein d’émotion avec la trilogie Millénium de Stieg Larsson, récompensé à titre posthume pour son œuvre exceptionnelle; une reconnaissance dont il n’aura jamais profité. A la fin, les comédiens mettent l’accent sur la notion d’acharnement, celle-là même qui conduit à s’attacher à une cause avec excès, la leur. En sont-ils coupables? La réponse est sortie tout droit de la solidarité manifestée par les spectateurs qui, d’un seul cœur, ont rejoint les grévistes pour crier haut et fort leur attachement à toute forme de culture. pierre-alain favre

Le public, c’est la clé

Directeur du théâtre du Passage, Robert Bouvier est heureux qu’une institution comme celle qu’il dirige puisse manifester son soutien au théâtre d’ici. La Fête du théâtre atteint son but si elle encourage le public à se rendre au théâtre. «J’aime que les salles soient pleines», lance-t-il. Pour cela, il faut varier les genres, donner des spectacles répondant aux attentes des différents publics. «Aucun genre n’est indigne de se présenter dans ce théâtre.» Ce qui n’interdit pas d’être exigeant sur la qualité, bien au contraire. L’outil qu’est le Passage, avec ses deux salles, permet de programmer les représentations en fonction de l’objectif.


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour la lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top