21.03.2017, 00:01  

Le jardin pourrait être réinstallé

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 21.03.2017, 00:01   Le jardin pourrait être réinstallé

NEUCHÂTEL - Le dallage du cloître de la Collégiale suscite une avalanche de critiques, dans le public, mais aussi chez les spécialistes. Le Conseil communal va lancer une consultation populaire.

«Moche», «consternant», honteux», «lamentable»... Les réactions des lecteurs à la pose de dalles dans le cloître de la Collégiale de Neuchâtel pour remplacer le jardin qui existait depuis la fin des années 1950 (notre édition du 15 mars) ont été aussi vives que nombreuses. Plus de 300 commentaires ont...

«Moche», «consternant», honteux», «lamentable»... Les réactions des lecteurs à la pose de dalles dans le cloître de la Collégiale de Neuchâtel pour remplacer le jardin qui existait depuis la fin des années 1950 (notre édition du 15 mars) ont été aussi vives que nombreuses. Plus de 300 commentaires ont fleuri sur la page Facebook d’Arcinfo.ch, presque tous (très) négatifs. Des lettres de lecteurs vont dans le même sens. Un commerçant de la place a même écrit un courrier au Conseil général et incite ses clients et connaissances à faire de même.

Les critiques ne proviennent pas que de citoyens lambda. Certains spécialistes du domaine ont également fait savoir leur mécontentement. C’est le cas de la Neuchâteloise Martine Rochat, conservatrice-restauratrice à l’Office de la culture du canton du Jura qui, à titre privé, se dit «outrée». «Dans un bâtiment classé, on n’a pas le droit de détruire quelque chose qui n’est pas en mauvais état de conservation, et encore moins de le remplacer par quelque chose de moderne ou de fonctionnel», avance-t-elle. «Et s’ils voulaient vraiment poser des dalles, ils auraient au moins pu utiliser de la pierre d’Hauterive».

La section neuchâteloise de Patrimoine suisse, une association qui défend le patrimoine bâti, a également réagi, par le biais d’un communiqué. «La cour au centre [d’un cloître] forme normalement jardin, ayant souvent en son centre un puits. Cet espace, ouvert sur le ciel, est comme l’atrium de la domus romaine, soit un espace de détente et de recueillement.», peut-on lire dans ce communiqué rédigé par l’historien Patrice Allanfranchini, membre de l’association.

Pour Patrimoine suisse, la réalisation évoque davantage une agora, espace profane, qu’un cloître. En conclusion, l’association émet des doutes quant au respect de la charte de Venise (lire ci-contre) et «ne peut que se désolidariser des décisions prises» par les autorités. Elle suggère que les citoyens «puissent se prononcer».

«Le Conseil communal souhaite être à l’écoute»

Du côté des autorités, le conseiller communal Olivier Arni, responsable du dossier, avoue qu’il est «très surpris par l’ampleur» prise par cette affaire. «Il y a une forte émotion. Avant tout, nous souhaitons être à l’écoute. L’objectif est de ramener de la sérénité dans ce dossier», affirme l’édile. Le Conseil communal s’y penchera lors de sa prochaine séance, qui aura lieu demain.

Olivier Arni entend organiser sans tarder «une consultation auprès de la population», ouverte aux personnes proches du dossier comme aux citoyens intéressés par la problématique. «Ce ne sera pas juste consulter pour expliquer», promet-il. S’il s’avérait que le souhait général était de revenir à un jardin, «le cloître pourrait être restauré à l’état précédent ou en tout cas davantage dans l’état d’esprit d’un cloître». Dans ce cas, le Conseil général devrait être à nouveau consulté et une nouvelle demande de permis de construire déposée.

La charte de Venise

Dans ce dossier très sensible du dallage du cloître, défenseurs et détracteurs du projet invoquent la charte de Venise, un traité adopté en 1964, qui fournit un cadre international pour la préservation et la restauration des objets et des bâtiments anciens. Dans notre édition du 15 mars, Jacques Bujard, chef de l’Office cantonal du patrimoine et de l’archéologie, nous indiquait que la charte était parfaitement respectée. Notamment parce que l’aspect du cloître avait beaucoup changé au fil du temps, le jardin ne datant que de la fin des années 1950.

La section neuchâteloise de Patrimoine suisse n’est pas de cet avis. L’association note que c’est l’importante restauration de Léo Châtelain, au 19e siècle, qui sert de base à la rénovation actuelle. Or la reconstitution du cloître date de cette époque. «Même si cet espace n’est pas très vieux, il s’inscrit désormais dans l’esprit d’ensemble du site tel que le 19e siècle l’a structuré et que l’on conserve aujourd’hui». La charte précise toutefois qu’il est possible «d’autoriser les aménagements exigés par l’évolution des usages et des coutumes». Difficile donc de trancher clairement. «C’est la question du respect par rapport à l’adaptation», note l’historien Patrice Allanfranchini, «ça dépend de l’interprétation».


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