18.03.2017, 00:01  

Neuchâtel doit renvoyer une migrante et son nourrisson

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L’Erythréenne qui vient d’accoucher refuse d’être renvoyée vers l’Italie, où elle n’a reçu aucune aide.

ASILE - Enceinte, l’Erythréenne avait traversé la Méditerrannée et l’Italie.

Les yeux embués, la voix tremblante, une jeune erythréenne livre son récit, face à la presse neuchâteloise: enceinte et accompagnée de sa fille d’une année, cette migrante a traversé le Soudan, la Libye, la Méditerranée et l’Italie, pour atteindre Neuchâtel à la fin de l’année passée, très affaiblie. Sur la route de l’exil, elle a été victime d’humiliations...

Les yeux embués, la voix tremblante, une jeune erythréenne livre son récit, face à la presse neuchâteloise: enceinte et accompagnée de sa fille d’une année, cette migrante a traversé le Soudan, la Libye, la Méditerranée et l’Italie, pour atteindre Neuchâtel à la fin de l’année passée, très affaiblie. Sur la route de l’exil, elle a été victime d’humiliations et de violences, emprisonnée avec sa fille en Libye, quotidiennement maltraitée: «Je devais rester assise à même le sol, à chaque fois que je me levais, j’étais battue», témoigne la jeune femme.

Cette Erythréenne, qui a accouché fin novembre dans le canton de Neuchâtel, est priée de quitter la Suisse avec ses enfants, en vertu des accords Dublin. Les autorités fédérales exigent qu’elle retourne en Italie, sa première terre d’entrée en Europe, pays où les autorités l’avaient pourtant laissée plusieurs semaines dans la rue, sans soins, faute de place dans les centres d’accueil.

«L’espoir de cette femme, c’est de retrouver son mari, qui avait fui au Soudan pour échapper au service militaire, et son fils aîné, resté en Erythrée avec ses grands-parents», explique Marianne Ebel, au nom de l’association «Droit de rester Neuchâtel». Harcelée par les autorités erythréennes qui recherchaient son mari, la jeune Africaine avait choisi de fuir son pays, l’idée du couple étant de se retrouver en Europe dès que possible.

Faire cesser ces renvois

L’association Droit de rester s’insurge contre ces décisions de renvoi toujours plus fréquentes à l’encontre de migrantes qui ont vécu des violences durant leur exil et arrivent en Suisse très affaiblies.

L’association estime que la Confédération, tout comme les cantons chargés d’exécuter les renvois, bafouent régulièrement des conventions internationales protégeant les droits fondamentaux. «Nous dénombrons de plus en plus de renvois vers l’Italie, pays totalement dépassé et incapable d’assurer un accueil digne à ces migrants», s’inquiète Caterina Cascio.

Face à cette situation, le mouvement baptisé «Appel d’Elles», lancé le 7 mars dans le canton de Vaud, s’étend à Neuchâtel. Il demande aux autorités fédérales de «reconnaître les violences faites aux femmes dans leur parcours migratoire comme raison d’entrée en matière immédiate sur leur demande d’asile», de «prendre en charge les femmes et enfants victimes de séquelles dues aux violences subies dans leur pays d’origine ou sur leur parcours migratoire», et enfin de «stopper immédiatement les renvois de femmes et d’enfants vers l’Italie ou tout autre pays qui n’est pas en mesure d’assurer leur protection».

Excès de zèle de la Suisse

L’appel a déjà été signé par 1 400 personnes, dont de nombreuses personnalités issues des milieux académiques, politiques, juridiques et associatifs. Parmi celles vivant ou travaillant dans le canton de Neuchâtel figurent Anne Bisang, directrice du Théâtre populaire romand, Christine Gaillard, conseillère communale en Ville de Neuchâtel, ou encore Ellen Hertz, directrice de l’institut d’ethnologie de l’Université de Neuchâtel.

«Notre appel ne s’adresse pas seulement aux autorités fédérales. Nous demandons au canton d’intervenir auprès de la Confédération pour exiger des preuves que les renvois vers l’italie ne mettent pas en danger les personnes refoulées», ajoute Marianne Ebel. «Nous assistons à un véritable excès de zèle de la Suisse dans les renvois Dublin.»

Pas d’expulsion immédiate

Serge Gamma, chef du Service cantonal des migrations, rappelle que les décisions de renvoi relèvent exclusivement de la Confédération et que les cantons ont la «tâche ingrate» de les exécuter. «Nous n’avons aucune possibilité de remettre en cause ces décisions.» Les cantons sont d’ailleurs sanctionnés s’ils n’exécutent pas les expulsions prévues.

Serge Gamma ajoute toutefois que «compte tenu de l’état de santé de cette femme erythréenne et du fait qu’elle allaite son bébé, il n’y a pas d’urgence à organiser ce renvoi maintenant».

N’y a-t-il donc aucun espoir pour cette maman d’obtenir l’asile en Suisse? Si la situation de cette femme devait évoluer, notamment sur le plan médical, le Secrétariat d’Etat aux migrations pourrait «éventuellement être amené à reconsidérer sa décision», explique Serge Gamma.


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