15.06.2017, 01:43

«Nous perdons un grand homme»

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Le 12décembre 2013, le canton fête le futur président de la Confédération 2014 et son épouse Friedrun Sabine.

 15.06.2017, 01:43 «Nous perdons un grand homme»

Par léo bysaeth, nicolas Willemin et sophie Winteler

CE QU’ILS DISENT La démission de Didier Burkhalter a suscité nombre de réactions.

De droite à gauche, nombreux sont les hommes et femmes politiques à avoir côtoyé Didier Burkhalter ou collaboré à un moment où à un autre avec lui. Quelques réactions à chaud.

Laurent Favre

Président du gouvernement neuchâtelois, Laurent Favre relève que le Conseil d’Etat tient à exprimer sa «gratitude à l’égard de l’homme d’Etat qui sert les...

De droite à gauche, nombreux sont les hommes et femmes politiques à avoir côtoyé Didier Burkhalter ou collaboré à un moment où à un autre avec lui. Quelques réactions à chaud.

Laurent Favre

Président du gouvernement neuchâtelois, Laurent Favre relève que le Conseil d’Etat tient à exprimer sa «gratitude à l’égard de l’homme d’Etat qui sert les institutions depuis des décennies et dont la recherche du consensus a toujours constitué une vertu cardinale au cœur de son action. Nous saluons l’engagement de Didier Burkhalter pour la rénovation de la voie bilatérale et donc pour la prospérité du pays. Nous soulignons le rôle qu’il a joué pour la paix en Europe de l’Est lors de sa présidence de l’OSCE. C’est un conseiller fédéral qui porte haut les valeurs démocratiques de la Suisse sur le plan international et qui contribue à faire rayonner le canton de Neuchâtel. Nous regrettons de perdre un conseiller fédéral de haut rang et d’une telle valeur.»

Raphaël Comte

Le sénateur neuchâteloisRaphaël Comte fait part tout d’abord de sa «grande surprise» et de sa «tristesse». La Suisse, regrette-il, perd avec Didier Burkhalter «un excellent conseiller fédéral, qui a fait une excellente présidence». Dans le «très chaud dossier» européen, le ministre démissionnaire a «toujours eu une position très claire de défense des accords bilatéraux». Si je devais ne lui reconnaître qu’une seule qualité? «C’est le mot respect qui me vient à l’esprit. Respect des institutions, de la population, de ses fonctions. Et il a fait de la politique en restant concentré, consciencieux, sans vouloir en tirer un bénéfice personnel ni tirer médiatiquement la couverture à lui.»

Monika Dusong

Ancienne conseillère communale à Neuchâtel et ancienne conseillère d’Etat, la socialiste Monika Dusong ne cache pas sa tristesse en apprenant le départ de Didier Burkhalter. «Nous perdons un grand homme d’Etat. Je regrette sa décision», confie-t-elle.

Et de poursuivre: «Il avait une vision et une orientation claire pour construire des ponts et chercher des solutions globales. Mais je pense que le combat stérile et doctrinaire, courant dans le monde politique actuel, n’est pas sa tasse de thé. Et je pense que cela l’a découragé. Il a toujours mis l’intérêt général au-dessus de ses intérêts particuliers. Si nous étions en France, il serait Macron-compatible!»

DIDIER BERBERAT

Homme de gauche, le conseiller aux Etats Didier Berberat«regrettera beaucoup le conseiller fédéral Didier Burkhalter, à titre personnel déjà, puisque nous nous connaissons depuis très longtemps, mais aussi sur le plan politique, pour son ouverture sur le monde.» Le sénateur neuchâtelois socialiste salue «l’action internationale» du conseiller fédéral libéral-radical et retient «tout ce qui qu’il a fait pour le développement, la démocratie, la défense des droits humain, la lutte contre la peine de mort», comme son rôle «dans plusieurs initiatives de paix».

Daniel Perdrizat

Ancien conseiller communal de Neuchâtel, membre de Solidarités, Daniel Perdrizat n’hésite pas une seconde à dresser un portrait flatteur de celui qui fut son collègue à l’exécutif durant une année. «Oui, c’est un adversaire politique, mais c’est une personne exceptionnellement brillante et d’une vive intelligence. J’ai particulièrement apprécié sa force de travail et sa vista politique. Par ailleurs, nous sommes tous les deux d’Auvernier, ce qui crée forcément des liens. Lors de son arrivée au Conseil fédéral, beaucoup de médias ont ironisé sur l’élection d’une souris grise. Il a surpris tout le monde, développant les qualités que je lui connaissais. Par son action, il a cloué le bec à ses détracteurs, ce qui m’a réjoui. Il a été un conseiller fédéral brillant qui a fait rayonner la Suisse bien davantage que beaucoup de ses prédécesseurs.»

violaine blétry- de Montmollin

La conseillère communale PLR de Neuchâtel se souvient qu’«en mai2009, jeune maman, j’avais accepté le poste de présidente du PLR neuchâtelois tout nouvellement fusionné car il n’y avait pas d’élection dans les deux années à venir. Deux mois plus tard, Didier Burkhalter annonçait sa candidature! Jusqu’à son élection, nous avons fait un intense lobbying. C’est là que j’ai appris à le connaître.

Il a beaucoup hésité à se présenter. Il savait le poids de la charge et il était important que s’il accepte, sa famille soit à ses côtés. Seul, on ne fait pas grand-chose si on n’est pas entouré de ses proches. Depuis, je pense à lui, à ce couple emblématique, quand je dois faire des choix, à mon niveau. Lors de mon élection au Conseil communal, il m’a écrit une lettre qui m’a beaucoup touchée. Il a fait du bien à la Suisse et en a été un formidable ambassadeur à l’étranger.»

jean-frédéric jauslin

Ambassadeur de Suisse à l’Unesco à Paris, le Neuchâtelois Jean-Frédéric Jauslin a appris avec une grande surprise la démission de son ministre: «Comme tout le personnel des affaires étrangères, nous avons reçu cette nouvelle par messagerie et tout le monde a été très surpris par ce départ.» léo bysaeth, nicolas Willemin et sophie Winteler

A deux doigts de renoncer

Il y a huit ans, presque jour pour jour, le 12 juin 2009, quand Pascal Couchepin annonce sa démission, tout le monde, à Berne comme à Neuchâtel, pense immédiatement à Didier Burkhalter pour succéder au Valaisan. Mais le Neuchâtelois n’est pas homme à brûler les étapes: «J’ai d’abord une réflexion à mener, expliquait-il alors au correspondant de «L’Express»/«L’Impartial». Il en va de l’intérêt de mon parti et du pays, mais aussi de ma vie familiale.»

Quelques jours plus tard, le 3 juillet, il explique dans nos colonnes qu’il est un peu surpris de tous les soutiens neuchâtelois qui le poussent à se présenter: «J’avais sous-estimé cet aspect. Il y a clairement un aspect régional et cela constitue un élément supplémentaire dans ma réflexion.» Avant de préciser: «Je peux prendre ma décision librement.»

En début de semaine suivante, il donne une interview à notre correspondant à Berne pour lui indiquer qu’il... renonce à se présenter au Conseil fédéral! L’entretien est mis en page et prêt à partir à l’imprimerie quand il se ravise et demande de reporter la publication. Le 8 juillet au soir, il annonce au PLR neuchâtelois qu’il est prêt à se lancer: «Ce qui m’a finalement convaincu est lié à la spécificité de la charge de conseiller fédéral, telle que je la vois: l’importance du travail du gouvernement avant sa médiatisation, la recherche du consensus pour le bien de tous plutôt que la personnalisation excessive des idées.»

Le 28 août, le groupe libéral-radical décide de présenter la double candidature de Didier Burkhalter et du Genevois Christian Lüscher. Deux jours plus tard, il déclare dans nos colonnes: «Je ne fais pas une campagne par rapport aux autres. D’ailleurs, on ne devrait pas faire de campagne pour être élu au Conseil fédéral.» Interrogé sur le fait qu’il était à deux doigts de renoncer, il explique: «Je me suis rendu compte que les raisons pour ne pas y aller étaient en fait justement les raisons pour y aller.» nwi

D’Auvernier à Berne

Né le 17 avril 1960, Didier Burkhalter grandit à Auvernier. A l’Université de Neuchâtel, il étudie les sciences économiques, licence à la clé. Il exerce ensuite différentes activités dans le monde politique et le secteur privé.

Depuis 1985, le politicien neuchâtelois est membre du Parti radical, aujourd’hui PLR (libéraux-radicaux). En 1991, il est élu au Conseil communal de Neuchâtel, dont il a été membre jusqu’en 2005. A ce titre, on lui doit notamment la réalisation du complexe de la Maladière (centre commercial, stade, caserne du SIS, salles de sport, etc.). Il siège également au Grand Conseil neuchâtelois de 1990 à 2001

Il accède au Conseil national en 2003, puis au Conseil des Etats en 2007. Le 16 septembre 2009, les Chambres fédérales élisent Didier Burkhalter au Conseil fédéral. De 2009 à 2011, il dirige le Département fédéral de l’intérieur. Depuis le 1er janvier 2012, il est à la tête du Département fédéral des affaires étrangères.

Le 4 décembre 2013, l’Assemblée fédérale élit le Neuchâtelois président de la Confédération pour l’année 2014. Cette même année, il préside aussi l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui traite notamment du conflit en Ukraine, ce qui lui vaut de rencontrer les grands de ce monde.

Domicilié à Neuchâtel, Didier Burkhalter est marié et père de trois enfants. PHO


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