09.07.2017, 16:00  

Zone d'ombre sur l'éclairage nocturne dans la campagne neuchâteloise

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Fin juin, en pleine nuit, le député écologiste Laurent Debrot a mesuré l’intensité lumineuse sur le passage pour piétons situé devant le Service cantonal des automobiles, à Malvilliers.

Pollution nocturne - En pleine campagne neuchâteloise, des candélabres illuminent des giratoires et des passages pour piétons quasi inutilisés la nuit.

C’est le milieu de la nuit à Malvilliers. La route est déserte. Pas un chat à l’horizon. Pourtant, des lampadaires particulièrement puissants illuminent le giratoire et le passage pour piétons situés devant le Service cantonal des automobiles. Pollution lumineuse inutile? Gaspillage d’électricité?

Un citoyen se poste au milieu de la route pour effectuer quelques mesures. "C’est le niveau d’éclairage le plus fort que j’aie enregistré sur un passage pour piétons: 350 lux! Or, sachant que ce...

C’est le milieu de la nuit à Malvilliers. La route est déserte. Pas un chat à l’horizon. Pourtant, des lampadaires particulièrement puissants illuminent le giratoire et le passage pour piétons situés devant le Service cantonal des automobiles. Pollution lumineuse inutile? Gaspillage d’électricité?

Un citoyen se poste au milieu de la route pour effectuer quelques mesures. "C’est le niveau d’éclairage le plus fort que j’aie enregistré sur un passage pour piétons: 350 lux! Or, sachant que ce passage n’est quasi jamais utilisé la journée et que les bureaux du service des autos ferment en fin d’après-midi, on se demande à quoi peuvent bien servir ces lampadaires."

"350 lux, c'est vraiment excessif"

Ce promeneur nocturne n’est autre que Laurent Debrot, député vert au Grand Conseil neuchâtelois. Muni de son appareil de mesure de l’intensité lumineuse, il sillonne régulièrement le canton pour lister ce qu’il considère comme des aberrations. "En général, je mesure entre 50 et 60 lux pour des passages cloutés. Mais une intensité de 350 lux, c’est vraiment excessif. J’ai répertorié beaucoup de ronds-points éclairés durant toute la nuit, en pleine campagne, à des endroits où il n’y a pratiquement pas de passage."

Laurent Debrot effectue des mesures dans le village de Villiers, au Val-de-Ruz. Crédit photo: association Lamper

Il regrette cet "excès de sécurité" qui génère une forte pollution lumineuse, nocive pour la nature.

Animaux désorientés

Laurent Debrot est le secrétaire de Lamper, l’Agence suisse pour la protection de l’environnement nocturne. Cette association se bat pour la modération, voire l’extinction de l’éclairage public. Son objectif: réduire la consommation d’énergie et la pollution lumineuse néfaste aux animaux et aux hommes.

En effet selon les scientifiques, l’excès d’éclairage nocturne cause notamment des problèmes de reproduction, de désorientation ou de collision chez les chauve-souris, les papillons, les oiseaux ou les amphibiens. Quant aux humains, ils peuvent souffrir de perturbations du sommeil et de l’horloge interne.

Scan ouvert à la discussion

Comment expliquer une telle intensité lumineuse devant le Service des automobiles et de la navigation (Scan)? "Lors de la construction du bâtiment à Malvilliers, c’est le Scan qui a dû faire construire le giratoire, à sa charge", explique Philippe Burri, directeur du service. "Puis on a donné cette installation à l’Etat. Le giratoire appartient maintenant aux Ponts et Chaussées."

C’est donc l’Etat de Neuchâtel qui insiste pour un éclairage nocturne des passages piétons et de certains giratoires. "Personnellement, je suis plutôt d’accord avec Laurent Debrot et je me pose aussi des questions sur l’utilité de cet éclairage en pleine nuit, sachant que le passage pour piétons ne mène qu’au bâtiment du Scan", indique Philippe Burri. "Je suis ouvert à la discussion. Avec l’Etat, nous nous mettrons autour d’une table pour évoquer ce problème."  

Villes pas encore prêtes

Laurent Debrot constate que dans les campagnes neuchâteloises, l’éclairage nocturne, qui est en principe du ressort des communes, est "souvent excessif. On ne le remet pas en cause en soirée, mais au cœur de la nuit, quand il n’y a plus personne dans les rues. C’est très important d’éteindre dans ces zones rurales, pour préserver l’environnement."

L'association Lamper a répertorié une pollution lumineuse très importante autour de la gare des Hauts-Geneveys. 

Et dans les villes? L’association  ne se focalise pas sur les grandes localités, explique Laurent Debrot: "Elles ne sont pas prêtes à pratiquer l’extinction, pour des raisons sociales."

 

L'obscurité séduit aussi

Trois villages neuchâtelois ont fait le choix de couper l’éclairage public durant la nuit, pour des raisons écologiques. Le Cerneux-Péquignot a fait figure de pionnier en 2011, suivi du Pâquier en 2013 puis de Valangin en 2015. Les communes de Val-de-Ruz, de Milvignes et des Brenets étudient également cette option. "Nous effectuons un travail de sensibilisation auprès des communes pour les encourager à passer à l’extinction", explique Laurent Debrot. 

Au Cerneux-Péquignot, ça fonctionne

Quels sont les avantages de l’obscurité nocturne? Des problèmes de sécurité ont-ils été constatés? Pour Laurent Isch, président de la commune du Cerneux-Péquignot, l’extinction des lampadaires est très positive: "Cette mesure nous a permis de réduire de 40 pour cent notre consommation d’énergie. Et nous n’avons constaté aucune hausse des incivilités ou des infractions. Cette mesure est entrée dans les mœurs, nous sommes un petit village rural, avec peu de vie nocturne, ce qui contribue à ce que la mesure soit bien acceptée par la population."

Au Cerneux-Péquignot, les lampadaires sont éteints, durant la semaine, de minuit à 5h (ou 5h30 à l’heure d’hiver), et à partir de 1h le weekend: "On se calque sur les horaires de bus. En cas de manifestation, on maintient l’éclairage public." Laurent Isch considère que cette mesure est "proportionnelle à la situation du village: si je vivais dans une ville, je réfléchirais différemment."

Illuminer ou pas? La loi suisse ne dit rien  

Les interprétations divergent sur l’éclairage des passages pour piétons en Suisse. La raison: il n’y a pas de base légale à ce sujet. Selon le Service cantonal des Ponts et Chaussées, "les traversées piétonnes doivent être éclairées", car la sécurité prime. Le service se base sur une norme fédérale qui a valeur de recommandation, mais dont on peut s’écarter si on démontre qu’il y a peu de passage la nuit.

De son côté, l’association Lamper évoque une décision du Tribunal fédéral selon laquelle une zone de tranquillité doit être respectée dès 22h, en matière de bruit comme de pollution lumineuse.

En ce qui concerne l’éclairage des giratoires, il n’est soumis à aucune loi, norme ou recommandation. "Des lampadaires sont installés lorsque c’est nécessaire pour la sécurité", indique le service cantonal. Quant à l’opportunité d’installer des détecteurs automatiques, elle est étudiée à Berne et en Argovie, mais pas dans le canton de Neuchâtel. 


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