17.03.2017, 00:01  

A Sonvilier, il se convertit au bio

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Après avoir mûrement réfléchi, Wilfred Schnegg a entrepris, cet automne, les démarches pour une reconversion dans l’agriculture biologique .
Par aude zuber

JURA BERNOIS - Les agriculteurs sont toujours plus nombreux à s’y mettre.

En Suisse, le nombre d’exploitations agricoles diminue et leur taille augmente. Et dans la région, le bio reprend des couleurs. Le Jura bernois compte 73 exploitations agricoles bio contre 61, dix ans plus tôt. Wilfred Schnegg, de Sonvilier, n’échappe pas à ces tendances. Il a récemment augmenté la superficie de son exploitation et entrepris les démarches pour une reconversion à l’agriculture biologique.

Arrondir les fins de mois

Après l’obtention d’un CFC d’agriculteur, Wilfred Schnegg et sa femme ont repris, en 1994, la ferme de son père. A l’époque, sa surface était limitée à 15 hectares. Mais les revenus dégagés par cet espace étaient insuffisants pour en vivre. «Ce n’était pas assez grand pour mettre un nombre important de vaches», commente l’agriculteur. C’est pourquoi, en parallèle à sa propre activité agricole, Wilfred Schnegg a travaillé dans d’autres fermes. Il a également ouvert un garage de montage de pneus. L’homme est un passionné de mécanique. A la fin de sa scolarité, il avait souhaité effectuer un apprentissage de mécanicien en machines agricoles, mais n’ayant pas immédiatement trouvé une place, il a décidé de suivre les traces de son père.

Puis, en 2010, une première occasion lui a permis d’agrandir son domaine. Son voisin, également agriculteur, partait en retraite et lui a proposé de reprendre sa parcelle. Une deuxième opportunité s’est présentée peu de temps après: la commune a mis des terres en location. Sans hésiter, Wilfred Schnegg a saisi l’offre. Son exploitation agricole est ainsi passée de 15 à 57 hectares.

Cet automne, il a entrepris sa reconversion à l’agriculture biologique. La procédure dure au minimum deux années civiles, durant lesquelles toutes les conditions bio doivent être appliquées. Le candidat doit aussi multiplier les inscriptions auprès des organismes de contrôle et de certification, de Bio suisse et de la marque de certification Demeter. Le suivi d’un cours d’introduction à l’agriculture est également requis. C’est une formation de deux jours proposée par la Fondation rurale interjurassienne (FRI).

Une différence minime

Quelles motivations ont incité Wilfred Schnegg à passer à l’agriculture biologique? Le quadragénaire n’a pas pris cette décision à la hâte: «Avec ma femme, on y pensait depuis un moment. On a d’abord pris conscience de certaines choses, notamment que notre approche extensive à l’agriculture était proche de celle biologique», déclare-t-il.

Pratique extensive

Pourquoi avoir opté pour une pratique extensive et non intensive? Il répond qu’il n’a pas eu le choix. Sa ferme, à Sonvilier, est située en altitude (classée en zone de montagne) et ses terres exploitables sont fortement inclinées. Il explique avec résilience: «Même en utilisant une grande quantité d’engrais, le rendement ne serait pas très différent que si je n’en mettais pas. Mon sol est aride et n’absorbe pas de la même manière qu’en plaine.» L’agriculture conventionnelle ne serait-elle donc pas si éloignée de la pratique bio? Selon Wilfred Schnegg, il n’y a pas «des montagnes» entre ces deux types d’agriculture. Cela s’explique par un cadre légal strict. «L’agriculture conventionnelle en Suisse équivaut aux labels bio européens», dit-il en rigolant.

Prix pour la viande

L’aspect financier a également joué un rôle. Une prime à la surface et un prix spécial pour la viande sont octroyés. «A la vente, on reçoit environ 90 francs de plus par bête. Par contre, le prix d’achat est plus élevé, car la vache doit provenir d’une exploitation biologique.» Il estime que les producteurs de céréales ont un réel intérêt financier à se reconvertir, contrairement à l’élevage de vaches mères où les aides sont moins importantes.

Il évoque aussi des arguments sanitaire et environnemental: «C’est mieux pour la nature de ne pas utiliser de pesticides et il y a aussi moins de risque pour la santé de l’agriculteur. Car on évite la manipulation de produits chimiques», conclut-il.

paiements directs: déshonorant?

Les prix agricoles suisses sont supérieurs à ceux de l’UE. Cela s’explique notamment par la surface agricole du pays qui est très restreinte. Il en découle des coûts de production élevés. Pour soutenir les agriculteurs, la Confédération met en place des conditions-cadres, notamment des paiements directs. Wilfred Schnegg regrette d’avoir besoin de telles aides pour vivre.

«C’est déshonorant de recevoir une rétribution insuffisante en échange de produits de qualité, et encore plus que cela soit la Confédération qui doive compenser», s’insurge-t-il.

Ce système crée un rapport de pouvoir asymétrique entre la Confédération et les agriculteurs. «Ils peuvent modifier le paysage agricole en faisant pression sur nous. Par exemple, en supprimant une aide financière dans un domaine de production et en l’ajoutant à un autre.»


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