05.08.2017, 00:09

Femmes et chasseuses à la fois

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Ginette Lang, 63 ans, de Courchavon, est infirmière retraitée et Célia Ioset, 25 ans, de Glovelier, est employée de banque, elles ont décidé de commencer la formation de chasseuse.

 05.08.2017, 00:09 Femmes et chasseuses à la fois

Par Lena Wuergler

LOISIRS Rencontre avec deux Jurassiennes qui entament la formation de chasse.

Elégamment vêtues, toutes deux d’une chemise blanche et d’un pantalon droit, les deux femmes se ressemblent. Blondes et portant de grandes lunettes, Célia Ioset et Ginette Lang ont tout de la femme moderne, active et citadine. La première a 25 ans et est employée de banque. La seconde vient de prendre sa retraite d’infirmière. Des univers de travail a...

Elégamment vêtues, toutes deux d’une chemise blanche et d’un pantalon droit, les deux femmes se ressemblent. Blondes et portant de grandes lunettes, Célia Ioset et Ginette Lang ont tout de la femme moderne, active et citadine. La première a 25 ans et est employée de banque. La seconde vient de prendre sa retraite d’infirmière. Des univers de travail a priori bien éloignés de leur nouvelle passion: la chasse. Les deux Jurassiennes ont en effet décidé de se lancer, depuis mai, dans la formation pour l’obtention d’un permis de chasse. Et ce alors que ce monde reste encore principalement dominé par la gent masculine. Rencontrées à Porrentruy, elles ont accepté d’évoquer leurs motivations, leurs appréhensions et leur amour pour la nature.

Qu’est-ce qui vous a motivées à vous lancer dans cette formation?

Célia Ioset (C.I.): Mon père est chasseur et j’ai toujours aimé l’accompagner. Mon frère a aussi passé son permis récemment. C’est en quelque sorte une tradition familiale qui dure depuis plusieurs générations. J’ai toujours vécu dans cet Environnement.

Ginette Lang (G.L.): Personne dans ma famille ne chasse, mais mon compagnon s’y est initié il y a quelques années. Si j’ai voulu commencer les cours, c’est avant tout pour mieux comprendre ce qu’est réellement la chasse, au-delà des préjugés. On dit souvent des infirmières qu’elles ne font que des piqûres et que les chasseurs ne veulent que tuer des animaux. Je sais que la première idée est fausse. J’ai pensé que la seconde devait l’être aussi et ai voulu en savoir plus.

Qu’est-ce qui vous attire dans cette pratique?

C.I.: Ce qui me plaît, c’est d’être dans la nature, loin des technologies et du stress du travail. J’apprécie aussi énormément l’ambiance de la chasse, quand on doit monter une stratégie de groupe ou qu’on s’installe autour d’un feu, en famille. Enfin, j’aime le contact avec les chiens de chasse, le fait de collaborer avec eux. C’est vraiment un beau moment quand ton chien chasse avec toi.

G.L.: A l’inverse de Célia, je suis complètement novice. Je suis avant tout motivée par ma curiosité. Depuis longtemps, je marche beaucoup dans la forêt et vois plein d’animaux. J’ai simplement envie de mieux connaître cet univers.

L’infirmière panse les plaies, le chasseur en crée. N’est-ce pas incompatible?

G.L.: Quand quelqu’un écrase un chevreuil sur la route, il ne culpabilise pas, bien que les voitures tuent bien plus que la chasse. En plus, le gibier garde une chance de survie devant un fusil, pas devant une voiture ou un abattoir. Il n’y a pas de raison que la chasse soit plus problématique, d’autant plus qu’elle est nécessaire pour réguler les populations et éviter des maladies ou la consanguinité.

C.I.: Il ne faut pas oublier non plus que le tir ne constitue qu’une petite fraction de la chasse. Quelques secondes seulement par an. On passe aussi du temps à faire honneur à l’animal qu’on abat.

Comment ont réagi vos collègues de travail de la banque?

C.I.: Ils ont été surpris, épatés que je le fasse. Mais il n’y a pas eu de réactions négatives. Je crois que c’est parce que nous vivons dans une région où c’est assez connu, où presque tout le monde compte une personne dans son entourage qui pratique la chasse.

G.L.: Mes proches ont dit que cela ne les étonnait pas, car je m’intéresse systématiquement à ce que je ne connais pas. Mes collègues ne sont pas au courant, car j’ai commencé la formation une fois arrivée à la retraite. Avant, je n’avais simplement pas le temps. Mais je pense qu’ils diraient aussi qu’ils ne sont pas surpris.

La chasse continue à traîner une mauvaise réputation. Malgré cela, vous ne vous en cachez pas…

C.I.: J’aimerais vraiment réussir à faire en sorte que les gens aillent plus loin que leurs préjugés. Que cette mauvaise réputation change.

G.L.: J’ai déjà pu voir que l’image du chasseur alcoolique est, par exemple, complètement fausse. Quand nous allons en forêt, nous ne buvons pratiquement pas d’alcool. On a un fusil dans les mains, quand même! Après, pour certains, l’objectif de la chasse reste de ‘canarder’, comme on dit. Mais c’est une minorité qui porte préjudice à la grande majorité, constituée de gens très écologiques, qui surveillent la forêt, repèrent les problèmes et les signalent.

Le milieu de la chasse reste encore majoritairement masculin. Avez-vous ressenti une forme de rejet?

C.I.: Pas pour l’instant. Mais j’ai peur qu’on me teste durant la formation pour me pousser à prouver que j’ai autant de force qu’un homme. Une fois que j’aurai mon permis, je pourrai les rembarrer parce que j’aurai montré que j’en suis tout aussi capable.

G.L.: Je ne pourrais pas accepter qu’on me fasse des remarques simplement parce que je suis une femme blonde. Si cela arrivait, je suis du genre à regarder les gens dans les yeux pour régler le problème. Je ne me laisse pas faire. Mais j’ai l’impression que les gens sont de moins en moins surpris de voir des femmes. Il y a peut-être de petits groupes que cela dérange, mais les mentalités changent gentiment.

Large majorité d’hommes

En 2017, 386 chasseurs jurassiens ont demandé un permis de chasse à ce jour, pour seulement neuf chasseuses. Célia Ioset et Ginette Lang sont les deux seules femmes inscrites à la formation cette année. Depuis 2011, sept femmes se sont inscrites aux cours, contre 57 hommes.

Selon Pierre-Alain Lachat, président de la commission d’instruction de la Fédération cantonale jurassienne des chasseurs (FCJC), on observe depuis quelques années une légère augmentation de la proportion de femmes. «Elle a commencé depuis que la chasse s’est popularisée et que les femmes ont commencé à s’intéresser de plus en plus aux hobbies de la gent masculine.»

Un nouveau regard

Selon lui, ces dames sont toujours bien reçues et, même, particulièrement appréciées. «Elles amènent un nouveau regard sur la chasse et contribuent à sa promotion en montrant que cette activité n’est pas uniquement réservée aux hommes.» Les femmes ne sont pas les seules nouvelles et inhabituelles recrues du milieu. D’après Pierre-Alain Lachat, la chasse attire des profils toujours plus différents. «Avant, elle était réservée aux gens qui travaillaient déjà en lien avec la nature, comme les agriculteurs, les forestiers, les paysagistes, etc. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de citadins, de gens qui n’ont rien à voir avec la nature mais qui ressentent le besoin de se ressourcer.» Célia et Ginette en sont de parfaits exemples.


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