14.07.2017, 00:01  

L’avenir des réseaux discuté

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Les agriculteurs des Franches-Montagnes ont rencontré Yann-David Varennes, de la Fondation rurale interjurassienne (à gauche).
Par Lena Wuergler

JURA - Les agriculteurs participant au réseau écologique des Franches-Montagnes ont pu exprimer leurs doutes lors d’une séance d’information aux Montbovats.

CONTEXTE
Les agriculteurs suisses peuvent recevoir des subventions pour leurs contributions à la préservation de la biodiversité. Parmi les mesures soutenues se trouvent les réseaux écologiques. Soit des zones d’agriculture extensive, sans engrais et avec des fauches tardives. Le réseau des Franches-Montagnes existe depuis 2010 et devra être reconduit en 2018. Hier, s’est tenue une séance d’information à ce sujet.

 

Les sept agriculteurs forment un cercle. Debout devant la...

CONTEXTE
Les agriculteurs suisses peuvent recevoir des subventions pour leurs contributions à la préservation de la biodiversité. Parmi les mesures soutenues se trouvent les réseaux écologiques. Soit des zones d’agriculture extensive, sans engrais et avec des fauches tardives. Le réseau des Franches-Montagnes existe depuis 2010 et devra être reconduit en 2018. Hier, s’est tenue une séance d’information à ce sujet.

 

Les sept agriculteurs forment un cercle. Debout devant la ferme de Patrick Gigon, aux Montbovats, ils discutent réseaux écologiques. «Je trouve dommage que les pâturages d’estivage ne soient pas comptés dans le bilan écologique parce que, sur le fond, ils sont entretenus exactement comme des pâturages boisés», relève David Gogniat, de Lajoux, en regardant le responsable de la Fédération rurale interjurassienne (FRI) présent. «C’est vrai que c’est une particularité des Franches-Montagnes, où les pâturages communaux sont exploités par les agriculteurs sans pourtant pouvoir être inscrits aux réseaux», reconnaît Yann-David Varennes, de la FRI.

Adapter les mesures

Ce dernier est venu rencontrer les paysans pour la deuxième séance d’information de la semaine consacrée aux réseaux écologiques des Franches-Montagnes. Alors que personne n’est venu à celle de mardi, organisée à la tourbière de la Saigne au Noirmont, celle d’hier a rassemblé sept agriculteurs de la région, sur les 197 que compte le réseau franc-montagnard.

L’objectif de cette réunion est de faire le bilan. En effet, la première période de huit ans arrive à son terme et le réseau devra être reconduit début 2018. «Pour nous, c’est l’occasion de voir ce qui fonctionne bien ou mal et de tenter d’adapter les mesures demandées en fonction de vos remarques», précise Yann-David Varennes à la petite assemblée.

Le groupe se déplace ensuite en bloc à travers les champs, pour aller observer les pâturages de Patrick Gigon dédiés à la préservation de la biodiversité. «Quand vous venez ici le soir, c’est rempli de grenouilles», indique-t-il en pointant du doigt une zone humide. «Les criquets ensanglantés apprécient particulièrement ces milieux», ajoute Yann-David Varennes. «Or, il s’agit justement d’une des espèces cibles que les réseaux écologiques cherchent à valoriser.» Dans l’herbe, le chant des orthoptères vient comme confirmer ses paroles.

L’impasse des campagnols

Le biologiste tient aussi à informer les participants qu’une mesure possible, en zone humide, consiste à ne faucher qu’en septembre, tout en épargnant un tiers de la surface. «On appelle cela des prés à litière. Je vous le dis parce que c’est encore peu connu dans les Franches-Montagnes, où seuls douze hectares sont exploités de la sorte.» Au total, le réseau des Franches-Montagnes compte près de 850 hectares. Ce qui en fait le plus grand du Jura. 70% des agriculteurs y participent. «Pour les années à venir, notre but n’est pas de convaincre les 30% restants, mais plutôt d’augmenter la qualité écologique des surfaces déjà inscrites», souligne Yann-David Varennes.

Arrivé à l’entrée d’une grande prairie cernée de haies, le petit groupe s’arrête. Patrick Gigon déclare qu’il aimerait bien inscrire les haies dans le réseau, et ainsi recevoir des paiements directs supplémentaires, mais qu’un facteur très concret l’en empêche. «Cela voudrait dire qu’on devrait laisser plusieurs mètres non fauchés en bordure. Seulement, ces bandes herbeuses sont des refuges à campagnols, qui détruisent nos cultures.» Idem pour les 10% de prairies non fauchés ou pour les tas de bois à laisser au milieu du champ. «C’est le seul endroit où j’ai trouvé des campagnols!», confirme Patrick Frésard, de Montfaucon.

Que faire alors? «Abandonner ces 10%!», lance Patrick Gigon. «Le problème, c’est que ces zones sont vraiment nécessaires pour la survie de certaines espèces, comme des papillons», répond Yann-David Varennes. Impasse. «Nous avons conscience de ce problème et nous effectuons actuellement des comptages de campagnols pour tenter de trouver une solution.»

Craintes de l’avenir

Le paradoxe entre les mesures biodiversité et chasse aux campagnols s’est vite retrouvé au cœur de la discussion du jour. «On devrait tirer le renard parce que c’est un prédateur du lièvre brun, mais en même temps aussi des souris. Les deux sont donc incompatibles», observe David Gogniat.

De retour à la ferme, attablés autour d’un apéritif tête-de-moine, tresse et vin blanc, les agriculteurs poursuivent les débats. Ils craignent notamment les futures coupes budgétaires de la Confédération, qui pourraient faire diminuer de 30% leurs revenus liés aux réseaux écologiques. «Cette année, la baisse a été refusée», les informe Yann-David Varennes. Mais pour la suite? «Le budget est rediscuté chaque année, mais nous avons de bons arguments à faire valoir», tente de les rassurer le biologiste.

En cas de diminution des paiements directs, les paysans ont le droit de se retirer du réseau s’ils le souhaitent. Mais David Gogniat ne l’envisage pas. «C’est quelque chose d’important pour moi de contribuer à sauver la biodiversité. Ce qui est frustrant, c’est qu’on dépend de plus en plus des subventions, alors qu’à l’école, on nous a appris à produire. Ce qu’on voudrait, c’est simplement pouvoir vivre de ce qu’on fait.» Et de souligner un autre paradoxe: toute terre dédiée à la biodiversité ne l’est pas à la culture et entraîne une potentielle hausse des importations de l’étranger.

Pour sauver des animaux du coin

Dans le Jura, la Fondation rurale interjurassienne est mandatée par la Chambre d’agriculture pour gérer les réseaux écologiques du canton. Les exploitants qui y participent doivent appliquer des mesures favorisant certaines espèces-cibles définies à l’avance et sont rétribués en contrepartie pour cette prestation.

Par exemple, pour favoriser le criquet ensanglanté dans les prairies humides, ils ne doivent pas faucher avant le 1er juillet, en laissant 10% de la surface sur pied, ne pas utiliser de conditionneur, ne pas mettre de pâture, ne pas utiliser de produits phytosanitaires, etc.

Les espèces-cibles sont définies en fonction de la région où elles se trouvent. Il s’agit toujours d’animaux considérés de «vulnérables» à «très menacés». Pour les Franches-Montagnes, les papillons «cuivré de la bistorte», «damier de Succise» et «silène», les oiseaux «tarier des près», «râle des genêts» et «pipit farlouse», le lièvre brun, la belette et l’hermine font partie des espèces-cibles.

Le réseau des Franches-Montagnes est le plus grand du Jura, mais pas celui qui reçoit le plus de subventions. «Ici, la plupart des surfaces inscrites sont des pâturages boisés, qui sont subventionnés 500 francs l’hectare, contre 1000 francs pour les prairies», explique Luc Scherrer, biologiste à la Fondation rurale interjurassienne.

Les effets de la première période ne sont pas encore connus. Les inventaires sont en cours.

L’extinction s’accélère

La terre vit actuellement la sixième extinction d’espèces de son histoire. Selon des scientifiques, la perte de biodiversité actuelle serait même plus rapide qu’on ne le pense. Dans une étude publiée le 5 juillet dans la revue «Proceedings of the National Academy of science» (PNAS), ils parlent même d’une «annihilation biologique».

Concrètement, les scientifiques se sont basés sur l’analyse des cartes de répartition géographique de 27 600 espèces d’oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles. Soit un échantillon représentatif de près de la moitié des espèces terrestres connues. Ils ont aussi réalisé des analyses plus détaillées pour 177 mammifères. Le constat: «Nous montrons le très fort déclin de populations de vertébrés, même chez des ‘espèces de moindre importance’», indiquent les chercheurs. Parmi les 177 mammifères analysés, tous ont perdu près de 30% de leur répartition géographique et plus de 40% d’entre elles ont «subi un fort déclin de leur population».

Plus de 50% des animaux ont disparu depuis 40 ans, selon les chercheurs. Un scénario qu’ils qualifient de «prudent». Ils estiment que cette perte massive et rapide de biodiversité va «avoir des répercussions négatives en cascades sur le fonctionnement et les services des écosystèmes» et appellent l’humanité à «remédier à la disparition et décimation de la population anthropique».


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