20.03.2017, 00:01  

Derrière la plume et les pinceaux

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René Myrha et Rose-Marie Pagnard, au sein de l’atelier de création, sis côté nord.
Par Salomé Di Nuccio

LES BREULEUX - Peintre et auteure reconnus, René Myrha et Rose-Marie Pagnard vivent depuis plus de 30 ans aux Franches-Montagnes. Ils se sont livrés à une forme d’introspection.

Myrha, c’est le nom d’une rue de Paris chargée de mémoire, mais aussi le pseudonyme d’un peintre jurassien polymorphe, établi aux Breuleux depuis plus de 30 ans. Sous son patronyme officiel de Pagnard, on connaît surtout son épouse Rose-Marie, écrivain reconnue, auteure d’une douzaine de romans et de critiques littéraires. Au Musée jurassien des arts de Moutier, dès le 25 mars, une rétrospective inédite saluera les sources imaginaires intarissables de René Myrha. Un événement assorti d’une publication, justement cosignée de la plume de Rose-Marie Pagnard. Et si, à quelques jours du vernissage, on découvrait plus intimement ce couple inventif?

Lorsqu’on pousse le portail en fer forgé, c’est la rencontre avec deux hédonistes, qui cultivent un art exigeant en toute simplicité.

A chacun son espace

S’implanter aux Franches-Montagnes, c’était un rêve déjà tâté et accessible pour ces Delémontains, forts aujourd’hui de 56 ans de vie commune. Au terme d’un tiers passé au centre-ville de Bâle, cela devenait presque un besoin. Suite à cette étape décisive pour leur carrière respective, il planait une envie de calme et d’espaces verts. Au sein d’une vieille maison paysanne du 17e, le plasticien plantait le décor. «Notre plaisir a été de la rénover avec une certaine qualité esthétique et sans tricher, à l’aide de matériaux anciens issus de la région. Du sapin pour les portes, par exemple, ou de la pierre calcaire du Jura. En procédant en plusieurs étapes, il nous a été possible de supporter le coût financier.»

Pas de chichis, ni de disposition feng shui autour de leurs ouvrages et ceux d’autrui, mais une répartition harmonieuse et logique des espaces. Le bureau de l’écrivain côté sud; l’atelier de création face au nord, de sorte à jouir de la précieuse lumière chère aux artistes. Bien que chacun préserve son univers, les échanges sont récurrents, incontournables pour nourrir des projets communs ponctuels. Dès le matin, Rose-Marie concerte René et vice-versa. «Ça commence au petit-déjeuner. Après avoir passé chacun une journée dans notre propre atelier, on parle de nos recherches et de nos avancements.»

Discrète popularité

De l’agitation urbaine au milieu rural, l’intégration dépendait de soi. Cela semblait du moins simple pour deux «pacifistes dans le vrai sens du terme», férus de musique classique et de balades bucoliques sans prétention. A ce sujet, Rose-Marie intervient: «Nous ne faisons partie d’aucune société locale. Non pas parce qu’on est contre, mais simplement parce que ce n’est pas notre truc.»

Si elle avait dû couver le moindre doute sur leur cote d’amour, il se serait estompé au printemps dernier. Lors des projections du film «Des ailes et des ombres», réalisé autour de leurs travaux par Claude Stadelmann, il y avait foule au cinéma Lux du village. Encore aujourd’hui, René Myrha en reste pantois. «C’était extraordinaire! On n’imaginait pas que le contact entretenu ici était aussi fort.»

Moins de chair animale

Là où le franches-montagnes galope si près dans les pâturages, le couple a quelque peu repensé son mode de consommer. Plus du tout de viande de cheval pour Monsieur; aucune chair animale pour Madame. «Personnellement, je n’ai pas envie de manger des mammifères qui sont aussi proches de nous», dit-elle. Il n’en va pas de même pour les friandises... Mais alors qu’un plat s’emplit à l’envi, la grande demeure s’est partiellement vidée de sa collection personnelle. Pendant près de deux mois, elle s’imposera au musée de Moutier, dans le cadre d’un nouveau défi professionnel. Car, à l’instar de son épouse auteure, l’artiste-peintre n’est pas près de s’essouffler en terres franc-montagnardes. Ni même de les quitter. «Si l’on devait s’en aller, il est évident que cela nous manquerait.»

Montage futuriste

Sous l’intitulé «René Myrha - Un temps chasse l’autre: œuvres 1967-2017», le Musée jurassien des arts, à Moutier, célèbre 50 ans de travaux signés Myrha. A cette occasion, l’artiste ne voulait pas d’un accrochage traditionnel. Confiant «un an de travail pour réaliser quelque chose de spécial», il a conçu un univers futuriste, où l’on croise une galerie de créatures intrigantes. Miniatures ou monumentales, toutes ont peuplé ses ouvrages phares. Incarnant désormais de nouveaux rôles, elles invitent le visiteur à interagir.

Sous forme de catalogue inédit, un ouvrage éponyme accompagne ainsi l’exposition. Enrichi des textes de Rose-Marie Pagnard, Claude Stadelmann et Valentine Reymond, conservatrice du musée, il recèle également un «pop up», figurine apte à s’animer en trois dimensions.

INFO +

Musée jurassien des arts de Moutier:

Du 26 mars au 21 mai 2017. Vernissage: 25 mars à 18h.

www.musee-moutier.ch


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