13.07.2017, 00:01  

Des gros coups de main pour panser les coups de la vie

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Bénévole aux Promos ou aux jardins communautaires, Roger Hofstetter est «dans toutes les combines».

LE LOCLE - Portrait de Roger Hofstetter, un serviable à l’enfance «désintégrée».

Qu’il prépare la torrée pour diverses associations, pousse le fauteuil roulant d’une grand-maman de la Résidence jusqu’à une fête ou s’active au sein des jardins communautaires, Roger Hofstetter n’est mû que par une seule et même envie: faire plaisir. Il a ainsi imaginé le miloko, un petit bout de bois pour bloquer le couvercle des moloks et faciliter la...

Qu’il prépare la torrée pour diverses associations, pousse le fauteuil roulant d’une grand-maman de la Résidence jusqu’à une fête ou s’active au sein des jardins communautaires, Roger Hofstetter n’est mû que par une seule et même envie: faire plaisir. Il a ainsi imaginé le miloko, un petit bout de bois pour bloquer le couvercle des moloks et faciliter la vie des usagers.

«Je suis connu pour donner des coups de main. J’aime me rendre utile, même quand ce n’est pas très ragoûtant...» Dans le genre, c’est lui qui, depuis 18 ans, se colle aux nettoyages des toilettes de la Fête des promotions. «Depuis le temps, ils pourraient me filer un diplôme...»

Roger Hofstetter n’a pas toujours eu la vie rose. Il accepte volontiers qu’on la raconte dans le journal. «D’autant plus que je ne sais pas lire. Tu peux bien écrire ce que tu veux», lâche-t-il. De fait, né au Locle dans les années 1950, Roger a été élevé par ses grands-parents bernois dans une forêt du côté des Planchettes. Une vie tellement à l’écart, «que je croyais qu’on était seuls au monde».

Il comprend que ce n’est pas le cas le jour où on l’envoie à l’école. Mais c’est bien là la seule chose qu’il saisit, car pour le reste... «J’ai rien compris. Je ne parlais pas la bonne langue. J’ai souffert du racisme anti-bernois. Le racisme entre Suisses. On ne m’a pas intégré. On m’a désintégré.»

Pourtant, fasciné par la nature et les animaux, il se serait bien vu biologiste. «Mais on m’a laissé quatre ans au fond de la classe, avant qu’une institutrice ne s’inquiète de mon cas. C’était trop tard. J’ai rien pu faire.»

Travailler en étant illettré

Pas facile de trouver du boulot en étant illettré. «J’ai travaillé sur les toits ou dans les jardins, à l’usine ou dans la forêt. Mais à 38 ans, on m’a dit que j’étais trop vieux. Et à cause de mes problèmes pour lire et écrire, je n’ai pas pu faire de formation. Je suis allé six fois en stop jusqu’au Valais pour trouver du travail. En vain. Je me suis donc retrouvé aux sociaux. C’est pour ça que je suis dans toutes les combines. Si je peux rendre service, je trouve que c’est naturel.»

Le sort s’acharne sur Roger Hofstetter dans les années 1980. Marc et Virginie, ses deux enfants âgés de 2 et 4 ans, meurent dans l’incendie de la maison mitoyenne du Cercle catholique du Locle. «J’avais enfin quelque chose à moi, j’étais heureux. Et puis j’ai tout perdu. J’étais anéanti.»

Roger perd goût à la vie. «Je ne pouvais plus regarder un feu de la même manière après cela. Puis c’est revenu, gentiment.»

Aujourd’hui, il n’a pas son pareil pour préparer les saucissons à la braise. «La torrée, c’est une forme d’art.» Sa touche personnelle consiste à allumer le feu par le haut, et laisser les braises dégringoler pour le faire prendre en bas. La vie de Roger est au Locle. Des qualités ou des défauts de sa ville, il ne saurait en citer mais il n’est pas prêt à la quitter... «Je suis là, je suis là. C’est comme un arbre.»


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