19.05.2017, 00:01  

Il écrit des polars en naviguant

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Claude-Eric Hippenmeyer, grand voyageur devant l’Eternel et ancien prof de maths, a écrit son «Inconnue» en forme d’équation.

LA CHAUX-DE-FONDS - Claude-Eric Hippenmeyer, ancien directeur du gymnase, ancien animateur à l’Union cadette, est un grand voyageur qui aime la mer et le calme des cabines de cargos.

Etre là dehors sur le pont du bateau, en pleine nuit, à contempler la Croix du Sud... Sans aucune pollution lumineuse, juste les constellations dans toute leur splendeur. C’est un spectacle qu’un homme n’oublie pas, raconte Claude-Eric Hippenmeyer, ancien directeur du gymnase de La Chaux-de-Fonds, et auteur de romans policiers. Quoique, précise-t-il, «je ne me prends pas du tout pour un écrivain».

Il vient de publier «L’inconnue», deuxième épisode des enquêtes du commissaire Thierry Cartier, qui fait suite à «Une ceinture de dollars».

Claude-Eric Hippenmeyer, c’est l’homme qui écrit dans sa cabine de cargo, en sillonnant les mers du globe, bien qu’il soit Montagnon pur sucre. L’amour du voyage, il l’a presque depuis toujours et l’a pleinement réalisé depuis sa retraite. Sur la mer, et en cargo. Pourquoi? Il ne sait pas!

Or, durant ces longues traversées, on a tout le temps d’écrire. «La cabine est confortable, avec canapé, fauteuil, frigo, mais pas d’internet ni de radio ni de télé, rien. C’est l’endroit idéal pour entrer dans une histoire et y rester nuit et jour!»

«Je me surprenais moi-même»

Il avait déjà commencé une petite histoire lors de son deuxième voyage en mer. Et puis lors de son premier tour du monde en 2013, «pendant cinq mois, j’avais le temps d’écrire quelque chose de plus consistant». Dont acte, avec «La ceinture de dollars». L’idée, c’était de croiser son expérience de voyageur avec une intrigue policière: faire voyager son héros dans tous les coins où il arrivait lui-même. «Quand le commissaire Cartier est sur la Muraille de Chine, j’y suis vraiment!»

Avant de commencer son roman, Claude-Eric Hippenmeyer n’avait aucune idée du scénario. «Comme c’était un polar, on trouvait un cadavre bien sûr. Mais qui a tué et pourquoi... Je n’avais aucun plan. C’était l’histoire et les escales qui décidaient. Le livre s’est fait en écrivant. Je me surprenais moi-même!»

Pourquoi un polar, soit dit en passant? «Comme l’idée était de faire passer le héros partout, le plus simple était d’imaginer une enquête». Claude-Eric Hippenmeyer aime bien les romans policiers, Simenon surtout, et plus jeune, il appréciait les privés américains genre Chandler. «Mais je préfère Kerouac ou Proust». Avec un coup de chapeau à son ancien prof Yves Velan «qui sans doute n’est pas étranger à mon désir d’écrire. Mais c’est le voyage qui m’a poussé à l’écriture».

Claude-Eric Hippenmeyer a beau avoir parcouru les voies maritimes du nord au sud, d’est en ouest, (et ce n’est pas fini), il est bien de La Chaux-de-Fonds, et n’a pas la moindre intention de déménager. Il faut dire que cette ville, il s’y est engagé. Comme conseiller général socialiste pendant 20 ans, comme prof, puis directeur au gymnase (il a contribué à mettre le lycée en place). Et puis comme présidant d’Arcs en Scène, et à bord des Ecolades.

«C’est le premier danger»

Et comme ancien animateur à l’Union cadette. Il avait d’ailleurs contribué à créer le «Bar Bu» de célèbre mémoire quand Beau-Site n’avait pas encore été investi par le TPR.

De tous ces voyages, que retient-il? Quelle image de la planète? «Cela relativise beaucoup nos petits problèmes d’ici». Mais surtout, «je suis frappé par le développement démographique fulgurant, ces mégapoles où on a l’impression qu’il n’y a plus de limites. C’est le premier danger, tous les autres découlent de cela. Les démographes disent que ça va se tasser, mais ce n’est pas vrai. Je l’ai constaté. Il y a un renouveau du religieux», partout, qui ne favorise pas les campagnes de planning familial... Son troisième roman se passera dans une petite ville de Bolivie qui comptait 30 000 habitants en 1940. «On en est à un million 700 000 habitants aujourd’hui. Vous imaginez La Chaux-de-Fonds passer à cette situation?»

Un livre-équation

Le X, c’est l’inconnue à résoudre dans une équation. Pour trouver la solution, il faut y aller étape par étape, tout faire passer par l’entonnoir. «L’inconnue», c’est cela même. «On met une énigme en équation et d’étape en étape, on la résout. Ça s’est construit comme ça dans ma tête sans que j’en sois conscient».

Ce polar, deuxième épisode des aventures du commissaire Thierry Cartier, on le lit avec plaisir. On a envie de savoir pourquoi un chef de cabinet parisien est mort de la sorte, et que faisait cette jeune fille nue sur son divan, et pourquoi sa femme, grande bourgeoise catholique s’est muée en cougar amatrice de beaux jeunes gens.

De Paris au Guatemela et au Belize, les univers se succèdent, la moiteur, les moustiques, la misère, la grande bourgeoisie, les beaux quartiers... Toutes choses que Claude-Eric Hippenmeyer a connues. Y compris les grands bourgeois? «Pas besoin d’aller à Paris», il y a aussi de grandes familles à La Chaux-de-Fonds. Sinon, «tous les bistrots que je cite à Paris existent, je les connais», y compris le haricot de mouton du Pré Verre.


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