21.03.2017, 00:01  

Le camarade Fritz se souvient de Lénine

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LA CHAUX-DE-FONDS - Il y a 100 ans, un militant écoutait Vladimir Ilitch Oulianov au Cercle ouvrier de la rue du Premier-Mars. Portrait de ce témoin avec Charles de la Reussille.

«Oh oui, Fritz Moser était très ému quand il racontait qu’il avait écouté Lénine à La Chaux-de-Fonds. Un peu comme un ancien joueur de football qui se souvient de son plus beau but...»

Ancien permanent du Parti ouvrier et populaire, et aussi entraîneur de foot et de hockey, Charles de la Reussille (le père de Denis) a recueilli les...

«Oh oui, Fritz Moser était très ému quand il racontait qu’il avait écouté Lénine à La Chaux-de-Fonds. Un peu comme un ancien joueur de football qui se souvient de son plus beau but...»

Ancien permanent du Parti ouvrier et populaire, et aussi entraîneur de foot et de hockey, Charles de la Reussille (le père de Denis) a recueilli les confidences de ce Fritz Moser, un militant de la première heure. Ses souvenirs, ainsi que quelques anecdotes sur les luttes ouvrières du 20e siècle, éclairent d’un œil local la conférence, demain soir, célébrant le 100e anniversaire de cette fameuse conférence du 18 mars 1917. Quelques mois avant la révolution bolchevique.

Personne n’aurait pu soupçonner

«Oui, Lénine en personne, si humble, que personne en ce temps-là, n’aurait pu soupçonner l’œuvre gigantesque que ce simple homme a préparée et qui allait avoir très bientôt l’occasion de l’entreprendre pour l’accomplir», a écrit Fritz Moser, dans un livre quasiment ronéotypé, que Charles de la Reussille chérit un peu comme une bible, du moment qu’il révèle l’action d’un ancien camarade. D’ailleurs, le bouquin s’appelle «Le camarade Fritz», tome I en l’occurrence.

Que venait faire Lénine à La Chaux-de-Fonds? Parler de la Commune de Paris, l’insurrection libertaire de deux mois qui finit en semaine sanglante. Le Cercle ouvrier de la rue du Premier-Mars 15 – une autre révolution –, devenu le Cercle catholique qui a également disparu, célébrait le 40e anniversaire de ces événements. Réfugié à Zurich, Lénine, que l’on appelait encore Vladimir Ilitch Oulianov, a fait sa causerie en allemand. C’était un dimanche après-midi.

Placé en Suisse alémanique

Fritz Moser savait l’allemand. Il était issu d’une famille pauvre du Val-de-Ruz et avait été placé en Suisse alémanique, raconte Charles de la Reussille. Ce qu’il a retenu de la conférence? «Que les ouvriers devaient s’organiser pour être plus forts», a-t-il écrit. Dans «L’Impartial» du 10 avril 1957, 40 ans après l’événement, on lit que Lénine précisa à La Chaux-de-Fonds que «l’erreur des communards fut de ne pas s’être emparé immédiatement des banques, du nœud de communications, etc. (...)». Il avait autour de lui des militants chaux-de-fonniers mais aussi des exilés allemands et russes et... des joueurs de jass! Dans une salle à côté, des députés socialistes au Grand Conseil tenaient réunion. Ernest-Paul Graber, conseiller national socialiste de 1912 à 1943 et cofondateur du quotidien chaux-de-fonnier «La Sentinelle», est venu un moment «exalter en français la révolution communarde», rapporte encore «L’Impartial».

Café-auberge de tempérance

Fritz Moser apporte une précision anecdotique, mais savoureuse. On savait que Lénine avait probablement passé la nuit à La Chaux-de-Fonds. Le témoin affirme que c’était dans un café-auberge de tempérance – ah, les ravages de l’alcool... – tenu par un certain Willy Sahli, un camarade hors parti qui pratiquait aussi l’agriculture. C’était à la rue du Parc 31, au coin du parc de l’Ouest et de la rue du Dr-Coullery (le médecin des pauvres qui avait fondé une section locale de l’Association internationale des travailleurs, créée à Londres entre autres par un certain Karl Marx).

Pour Lénine, c’est à ce moment que la petite histoire rejoint la grande. Ce serait à La Chaux-de-Fonds qu’il aurait reçu de sa femme Kroupskaïa, restée à Zurich, le télégramme lui demandant de rentrer en Russie. Le tsar venait d’abdiquer. Vladimir Ilitch Oulianov a apparemment rejoint Pétrograd (Saint-Pétersbourg) en traversant l’Allemagne en wagon plombé. Ernest-Paul Graber était invité au périple qui aboutira à la Révolution dite d’Octobre, comme Charles Naine, avocat-journaliste à «La Sentinelle». Mais ils n’ont pas été de l’aventure.

Invité à Moscou en 1961

Fritz Moser, lui, est allé à Moscou en 1961, invité comme vétéran du Parti du travail, l’autre nom du POP, au titre de témoin de cette conférence aux contours très historiques, rapporte Charles de la Reussille. Tout au long de sa vie, ce charpentier de métier, puis machiniste, s’est attaché à mettre en pratique l’organisation ouvrière que prônait alors Lénine (qui était membre du Parti socialiste suisse pendant son séjour helvétique). Aux élections communales de 1936, Fritz Moser est élu premier de la liste du Parti communiste, qui place cinq élus, comme au Locle, juste avant son interdiction dans le canton de Neuchâtel en 1937. Sous la bannière du POP fondé en 1944, il a été, à l’aulne démocratique suisse, de tous les combats de l’époque, souvent sur son vélo de militant: les trois semaines de vacances, l’AVS, le droit de vote des femmes, l’objection de conscience, la guerre du Vietnam... Une autre de ses fiertés? D’avoir hissé le drapeau rouge au sommet de la Maison du peuple de La Chaux-de-Fonds, à la levure du bâtiment en 1923, raconte encore Charles de la Reussille.

INFO +

Lénine à La Chaux-de-Fonds: Un collectif de gauche a fait appel à l’historien genevois Marc Vuilleumier pour une conférence intitulée «18 mars, une commémoration ouvrière oubliée: la Commune de Paris (1871)», et sur la venue de Lénine à La Chaux-de-Fonds. Demain, 20h, brasserie de la Fontaine, 1er étage. Entrée libre.

Balade de 1000 m d’auteur(e)s avec Jules et Jenny Humbert-Droz

C’est un peu un hasard de calendrier si «1000 m d’auteur(e)s», consacre ce samedi sa 12e balade littéraire à un couple également très impliqué dans le mouvement social chaux-de-fonnier: Jules et Jenny Humbert-Droz. L’association qui promeut les auteurs de, ou ayant parlé de, La Chaux-de-Fonds, avec le concept original de lectures de textes au cours d’une promenade en ville, le fait en écho à l’exposition du Musée des beaux-arts sur «L’utopie au quotidien, objets soviétiques 1953-1991».

En écho aussi à Fritz Moser dont il est question ci-dessus, on peut dire que Jules Humbert-Droz a, lui, bien connu Lénine, puisque c’est sur la proposition de celui-ci que le Chaux-de-Fonnier a été nommé secrétaire de l’Internationale communiste en 1923. A quoi on peut ajouter qu’il a encore mieux connu Staline, qui a fini par l’exclure du Parti communiste en 1943. Jules Humbert-Droz a ensuite été le secrétaire central du Parti socialiste suisse de 1946 à 1959.

«Notre axe est si l’on peut dire plus sentimental que politique», précise Annie Junod, l’une des trois fondatrices de 1000 m d’auteur(e)s. Entre Moscou où la famille Humbert-Droz (y compris leurs deux enfants) a vécu et La Chaux-de-Fonds où ils se sont connus et sont revenus vivre leur retraite toujours active, la balade littéraire puise ses extraits dans les mémoires de Jules Humbert-Droz, dont le quatrième tome a été terminé par Jenny, aussi bien que dans les souvenirs de Jenny publiés sous le titre «Une pensée, une conscience, un combat» (aux éditions de la Baconnière à Neuchâtel).

Avec l’appui de Gérard Donzé à la Bibliothèque de la ville, dépositaire du Fonds Jules Humbert-Droz, le petit collectif dit avoir fait des choix dans une histoire terriblement complexe, celle du couple et surtout celle du siècle. On y évoque par exemple les difficiles fiançailles du couple, lui alors étudiant en théologie aux idées radicales, elle fille de bonne famille. Ou les doutes après les procès staliniens de 1936-1938.

«Leur volonté était de voir le monde entier avancer dans le sens du progrès social», commente la présidente de 1000 m d’auteur(e)s, Irène Brossard, qui a bien connu l’esprit vif de Jenny Humbert-Droz, morte à 107 ans.

La balade passera par des lieux qui ont marqué les Humbert-Droz. Le tour a lieu par n’importe quel temps. «Mais nous avons souvent de la chance», glissent les organisatrices.

INFO +

Balade littéraire Jules et Jenny Humbert-Droz: Avec des extraits lus par les comédiens Muriel Matile et Jean-Louis Giovannoni. Rendez-vous samedi à 14h dans la cour de l’Ancien Manège. Durée: deux heures. Gratuit et sans inscription.


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