12.06.2017, 01:25

On a testé le jeu de quilles en bois

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 12.06.2017, 01:25 On a testé le jeu de quilles en bois

LA SAGNE Un sport d’adresse d’antan inauguré hier au Grand Sommartel.

RAPPEL DES FAITS
L’association intercantonale des joueurs de boules Grand jeu neuchâtelois, qui fête ses 70 ans cette année, a inauguré hier l’unique jeu de quilles extérieur du canton, réhabilité sur un ancien site du Grand Sommartel. Ce, grâce au soutien d’entreprises et diverses institutions. L’occasion de tester le jeu, inscrit à la liste des traditions vivantes suisses.

 

Mis à disposition du public, gratuitement et sans réservation, un jeu à...

RAPPEL DES FAITS
L’association intercantonale des joueurs de boules Grand jeu neuchâtelois, qui fête ses 70 ans cette année, a inauguré hier l’unique jeu de quilles extérieur du canton, réhabilité sur un ancien site du Grand Sommartel. Ce, grâce au soutien d’entreprises et diverses institutions. L’occasion de tester le jeu, inscrit à la liste des traditions vivantes suisses.

 

Mis à disposition du public, gratuitement et sans réservation, un jeu à neuf quilles neuchâtelois flambant neuf attend désormais les joueurs à deux pas de l’auberge du Grand Sommartel. Il s’agissait hier de l’essayer....

Premier constat, en soulevant la fameuse boule, on se demande s’il ne faudrait pas lester ses baskets... C’est qu’elle pèse son poids, la boule. Neuf kilos. Soit un pack de six bouteilles d’un litre et demi, 17% de mon propre poids, ai-je calculé... Le truc à ne pas se laisser tomber sur le pied. A coup sûr, j’allais m’envoler avec!

Heureusement, même si les femmes ne sont pas légion dans ce jeu, il y a des modèles pour dames, de six kilos seulement.

«La pratique n’est pas dangereuse», m’a assuré Claude-Alain Vuillème, président de l’association intercantonale. Pas de risque d’y laisser son pouce préhenseur qu’on enfile dans la boule. «Même pas un ongle».

J’ai donc tenté le coup, motivée par un défi de taille à relever: faire un «neuf», soit renverser les neuf quilles disposées en losange au bout du pont de 15 mètres, mais en veillant à ce que celle placée le plus en avant tombe la première. Un truc impossible à faire. En compétition, ce n’est pas arrivé plus d’une dizaine de fois depuis que le jeu existe!!! En 30 ans de pratique, Claude-Alain Vuillème n’y est jamais parvenu. Idem pour Lucien Tynowski et Daniel Pellaton, autres chevilles ouvrières de l’association.

Les conseils des pros

Et c’est vrai qu’en regardant le pont à deux pans, incliné comme le toit d’une ferme neuchâteloise, on comprend que le coup demande une vraie maîtrise. Ou un vrai coup de bol. Et c’est plutôt sur ce dernier point que je misais. La chance du débutant, dit-on, J’ai donc écouté religieusement les conseils des «pros». Surtout rester droit, ne pas se baisser comme au bowling, prendre appui d’un pied sur le montant, puis viser un point sur l’un des bords du pont. Après, chacun sa technique. Certains impriment une rotation à la boule, d’autres pas.

Le jeu a fait perdre la boule à certains paysans

J’ai eu beau faire. Ma boule s’est lamentablement échouée dans la rigole à chaque essai, sans jamais effleurer la moindre quille... «J’ai connu la même chose les six premiers mois où j’ai commencé», m’a consolée Claude-Alain Vuillème, en me gratifiant d’un conseil: «Pour être un bon joueur, il faut être régulier et pointilleux.» Un vrai challenge pour un jeu de bistrot ai-je pensé tout haut... «Ah non!», a sursauté Lucien Tynowski. «Ce n’est pas parce que le jeu se pratique dans les bistrots qu’on picole tout du long! Comme la pétanque ou les fléchettes, c’est un jeu d’adresse! Et d’ailleurs, quand j’étais gamin, il fut une époque où on n’entendait pas un mot durant le jeu. C’était du sérieux.» Le jeu a même fait perdre la boule à quelques-uns. «Les paysans pariaient leur bétail, voire leur domaine... Certains y ont perdu leur ferme!»

Pour ma part, j’ai eu l’impression d’avoir gagné quelques centimètres au bras droit... «En championnat, une partie compte 22 coups. A la fin de la journée, on a donc soulevé quelque 200 kilos. On sent bien notre bras», a admis Claude-Alain Vuillème. «Mais on équilibre en portant notre verre de blanc avec l’autre», a-t-il glissé.

Il est là le secret.

INFO +
Plus de renseignements sur: www.quilles.ch

 

Plus que cinq jeux

Il fut un temps où chaque restaurant neuchâtelois abritait son jeu de quilles, avec son pont de bois, ciré comme le parquet d’une maison bourgeoise. De même, chaque métairie des Montagnes possédait sa piste de plein air.

Chaque semaine, les Montagnons se mesuraient dans diverses compétitions: la Course suisse, le Challenge de l’Impartial, le Championnat de l’Intercantonale etc. L’occasion pour les gosses de gagner quelques centimes en renquillant, soit en remettant les quilles en place et en renvoyant les boules au lanceur. La région connut quelques fameux champions, tel le Loclois Charles Tynowski, père de Lucien, un des rares à avoir réussi un de ces fameux «neuf»!

Détrôné par le bowling dans les années 1960, le jeu de quilles a peu à peu disparu. Aujourd’hui, on les compte sur les doigts d’une seule main. Il n’existe plus que quatre jeux intérieurs dans tout le canton, un à Evologia, à Cernier, et trois à La Chaux-de-Fonds, à la Recorne, à la Cheminée et au Tunnel. Celui inauguré hier à La Sagne est l’unique jeu en plein air de tout le canton. On peut l’utiliser librement ou se faire initier, en contactant l’association intercantonale. A noter la grande compétition ouverte à tous, à Evologia le dernier week-end de septembre. A découvrir également à Fête la Terre, les 19 et 20 août.

Réalisé d’après la lune et le Messager boiteux

Difficile, au 21e siècle, de trouver un fabricant de boules. Aujourd’hui octogénaire, Maurice Maître, paysan menuisier de Soubey, fut l’un des derniers artisans à en tourner, jusqu’à ce qu’il cesse, faute de commandes. Il conseillait alors de choisir du charme, un bois extrêmement dur. Une fois la boule tournée, on y perce trois trous, un pour le pouce et deux autres pour la poignée.

La fabrication du pont est aussi toute une affaire. Celui du Grand Sommartel a été réalisé par Pierre-André Evard, de Valangin, dans un sapin minutieusement choisi. L’arbre doit avoir poussé sur un plat, pas sur un coteau, pour que le cœur ne soit pas décentré. La date où il a été coupé, comme celle à laquelle il a été scié, a été fixée d’après le calendrier lunaire, celui du zodiaque et les indications du messager boiteux. Dès lors, toutes les chances sont réunies pour qu’il dure un maximum de temps, sans pourrir ni se déformer. Soit une quinzaine d’années, estiment les spécialistes.


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